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La France ne parvient pas à dupliquer la magie de la Silicon Valley.
La France ne parvient pas à dupliquer la magie de la Silicon Valley.
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Le Nettoyeur

Pourquoi la France ne parvient pas à dupliquer la magie de la Silicon Valley

"Pépites", "jeunes pousses", etc... Le langage utilisé en France pour parler de l'entrepreneuriat de manière soit-disant positive ne révèle en fait que la volonté du gouvernement d'empêcher nos start-up de grossir et de marcher sur les plates-bandes des grosses entreprises et de la fonction publique.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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Le langage que nous employons est souvent bien révélateur, chacun le sait. Mais parfois il peut non seulement être révélateur mais aussi influer sur la manière dont nous pensons. Plus difficile d'employer un concept pour lequel on n'a pas de nom...

C'est pour cela que le langage utilisé en France autour de l'entrepreneuriat est très intéressant. Nous avons une attitude paradoxale par rapport à l'entrepreneuriat. Depuis quelques années, en tous les cas depuis de nombreux coins, il est difficile de ne pas tomber sur quelqu'un qui va chanter des louanges à l'idée de l'entrepreneuriat, de l'innovation, des start-ups, etc.

Mais en même temps, en-dessous de tout ça, se situe toujours un petit refrain lançinant, peut-être inavoué, qui raconte que, en fait, tous ces trucs, c'est de la blague. C'est peut être rigolo, ces histoires de startups, mais dans la vraie vie, les grandes entreprises et la fonction publique, c'est quand même ça qui dure et qui sert à quelque chose. Après tout, la France est un pays où ce qui compte dans la vie c'est d'avoir un statut, et l'entrepeneur est par définition celui qui n'a pas de statut, puisqu'il peut tout perdre du jour au lendemain.

Et puis surtout, les start-up, c'est très sympa, à condition qu'elles restent petites. Tout l'intérêt d'une économie de l'innovation, ce n'est pas, en soi, les start-ups, c'est que quand on a beaucoup de start-ups, on augmente les chances que l'une d'entre elle devienne un des géants de demain. C'est cette magie de la Silicon Valley que l'on n'arrive guère à reproduire en France. Mais voilà : une start-up qui devient un géant de demain, forcément, elle le fait en mangeant sur les plates-bandes des géants d'aujourd'hui. Et ça, en France, on n'aime pas. Des petites start-ups, c'est rigolo, ça fait bien dans le paysage. Une start-up qui deviendrait grande ? Qui se mettrait à mettre en difficulté des entreprises centenaires, avec des énarques au comité de direction et tout ? Vous n'y pensez pas.

Notre langage reflète parfaitement ça. On entend sans cesse parler de “jeunes pousses” : quelque chose de fragile, de petit, de facilement méprisable et, au fond, de pas très important. On met d'ailleurs nos “jeunes pousses” dans des “incubateurs” pour bien renforcer l'image que la start-up et fondamentalement quelque chose de petit, fragile et inconséquent.

Autre expression qui revient sans cesse dans le discours : on parle de “pépite.” Là encore : l'image est parfaite. Une pépite, c'est sympa, c'est joli, on est content de la trouver, mais c'est petit et, en soi, sans valeur.

Pourquoi plutôt ne pas parler de “monstres” ? De “dragons” ? De “tornades” ? De “moteurs” ?

Que sais-je encore ?

Peut-être faudrait-il lancer une grande consultation nationale pour donner des noms aux start-ups qui soient dignes de leur vrai potentiel.

D'ailleurs, y'a peut être une idée de business là-dessous...

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