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Le monde de Noé : les scientifiques ne cessent d’aggraver leurs projections sur le niveau de la hausse des océans au 21è siècle
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Ça monte, ça monte

Le monde de Noé : les scientifiques ne cessent d’aggraver leurs projections sur le niveau de la hausse des océans au 21è siècle

Parce que le réchauffement climatique va perdurer sur des centaines d'années, la fonte des calottes de glace du Groenland et de l'Antarctique n'est pas prête de s'arrêter. Ainsi, le niveau des océans continuera de monter, bien au-delà de la date traditionnellement retenue de 2100.

Gerhard Krinner

Gerhard Krinner

Spécialiste du climat des régions polairesnotamment du bilan de masse des calottes de glace et des processus de surface, Gerhard Krinner est directeur de recherche au CNRS, directeur adjoint du Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (LGGE) et membre du bureau de la section "Système Terre : enveloppes superficielles" du comité national de la recherche scientifique. 

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Atlantico : Ce mardi, un rapport de l'Arctic Monitoring and Assessment Program a revu à la hausse les prévisions de 2013 du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat quant à la montée du niveau des océans d'ici à 2100 : + 52 centimètres dans un scénario modéré du réchauffement climatique et + 74 centimètres dans le cas extrême, soit près du double des précédentes prévisions (+32 centimètres dans le cas d'un réchauffement climatique modéré et +45 centimètres dans le cas d'un réchauffement climatique extrême). Comment expliquer cette différence d'estimations ? 

Gerhard KrinnerIl faut savoir que les travaux du GIEC publiés en 2013 se réfèrent à des travaux scientifiques publiés dans les cinq à sept années précédentes. Dans un certain sens, il est tout à fait normal que les données scientifiques évoluent, surtout dans le domaine du niveau des mers. Ces nouvelles estimations à la hausse sont essentiellement dues à des progrès dans nos connaissances sur la réaction des calottes de glace au changement climatique. Lorsqu'on parle des calottes de glace, on fait référence à l'Antarctique et au Groenland.

Ce qu'il faut savoir surtout, c'est que, quoi qu'il arrive, la montée du niveau des mers ne va pas s'arrêter en 2100. Avec le réchauffement climatique qui va perdurer sur des centaines d'années – parce que le CO2 que nous mettons dans l'atmosphère va y rester longtemps – les calottes de glace, qui sont énormes (pour rappel, l'Antarctique correspond à tout un continent glacé, avec 3 kilomètres de glace au-dessus), vont continuer à fondre. Ainsi, la montée du niveau des mers ne va pas s'arrêter en 2100, mais s'étaler bien au-delà. L'horizon 2100 est trompeur à ce titre. Les estimations données aujourd'hui, grâce à de nouveaux travaux réalisés sur différents processus physiques qui peuvent accélérer la perte de masse des calottes de glace, sont donc plus élevées. Ceci dit, nous savions déjà que le processus de montée du niveau des mers ne s'arrêterait pas en 2100. 

Le processus de fonte de la calotte glacière en Antarctique et au Groenland semblent donc être la principale cause de cette accélération de la montée du niveau des océans. Quels pourraient être les autres facteurs participant à ce phénomène ? 

En ce qui concerne cette révision à la hausse de la montée du niveau des mers, ce sont l'Antarctique et le Groenland qui sont principalement en cause. Nous nous sommes rendus compte que ces deux calottes réagissaient extrêmement vite – plus vite que ce que l'on pouvait penser – au réchauffement climatique. Toutefois, ce ne sont pas les mêmes processus qui jouent dans le cas du Groenland et de l'Antarctique. 

Quelles sont aujourd'hui les principales zones menacées par cette montée du niveau des océans plus importante que prévu ? Qu'en est-il notamment du littoral français ? 

Il y a beaucoup d'effets qui jouent sur la montée du niveau des mers à l'échelle régionale. D'une façon un peu naïve, on pourrait imaginer que lorsqu'une calotte de glace fond, l'eau se distribue alors plus ou moins également partout. Or il y a des changements de circulation du niveau des mers, de température aussi, qui rendent difficiles ces estimations de montée du niveau des mers à des endroits précis. Curieusement, si le Groenland perd de la glace, le niveau des mers va fortement diminuer localement, au niveau du Groenland. Cet effet est dû à l'attraction gravitationnelle. Cela veut donc dire que loin de la calotte de glace qui a fondu, on observe une augmentation plus forte du niveau des mers.  

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