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Seconde guerre mondiale nazisme Adolf Hitler
Seconde guerre mondiale nazisme Adolf Hitler
©FRANCE PRESSE VOIR / AFP

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Les sources ésotériques de "l'islamo-fascisme"

Alexandre del Valle évoque cette semaine avec Pierre Rehov (qui publie son nouveau roman "88") les sources ésotériques de "l'islamo-fascisme". Pierre Rehov ose revenir sur le grand tabou de la synthèse totalitaire du terrorisme, sur la question du nazisme et de l'islamisme à travers son ouvrage.

Alexandre Del Valle

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient dans des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan), La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) ou bien encore Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde (Editions de L'Artilleur). 

Son dernier ouvrage, coécrit avec Jacques Soppelsa, La mondialisation dangereuse, est paru en septembre 2021 aux Editions de l'Artilleur. 

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Pierre Rehov

Pierre Rehov

Pierre Rehov est reporter de guerre, réalisateur de documentaires, chroniqueur dans la presse française, israélienne et américaine et auteur de nombreux romans. Depuis 30 ans, il explore le Moyen-Orient et étudie les phénomènes extrémistes.

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Dans son dernier roman, "88", Pierre Rehov ose revenir sur le grand tabou que la gauche a besoin à tout prix d’entretenir pour ne pas diaboliser les Islamistes : l’alliance entre Islamistes et Nazis. Un débat d'autant plus intéressant que l'on se focalise en ce moment en France sur l'islamo-gauchisme. En réalité, les deux ne se contredisent pas: si l'islamisme totalitaire a emprunté au communisme son tiers-mondisme, son antisionisme, sa haine de l'Occident et son système révolutionnaire subversif, il a recyclé dans le monde musulman la judéophobie génocidaire et le complotisme nazis que le jihadisme incarne jusqu'à son paroxysme: bref, une synthèse totalitaire "rouge-brune-verte"

Alexandre del Valle : Pierre Rehov, assumez-vous l’expression "nazislamisme", que certains jugent outrancière, ou "fascisme islamiste", qui a été utilisée bien avant Manuel Valls et George Bush par des intellectuels progressistes arabes comme Rachid Boudjedra ?

Pierre Rehov : La forme de fascisme dont le nazisme est issu a en effet beaucoup de points communs avec la structure de la société islamiste. Je fais cependant la distinction entre société musulmane et société islamiste, car il existe heureusement une multitude de pays, tels le Maroc, ou les Émirats, où une forme de libéralisme s’est développée bien qu’ils se réclament de l’Islam. La différence fondamentale vient du fait que ces pays musulmans ouverts et modérés n’ont pas un ensemble de lois pénales découlant directement de la charia. Dès lors qu’un pays a fondé ou qu’un gouvernement souhaite fonder son système juridique sur cet ensemble de textes qui définit aussi bien les relations entre hommes et femmes que les punitions à appliquer aux criminels, il ne peut imposer la charia qu’à travers une structure fasciste. Le néologisme fascisme islamiste a été employé pour la première fois en 1933 par un journaliste indien, Akthar Husain, qui, connaissant bien les dures règles de l’Islam politique et social et s’inquiétait de la naissance d’un Pakistan indépendant où serait appliqué la charia. Mais il a fallu attendre 1963 pour que le concept de fascisme islamiste ou d’islamonazisme se théorise sous la plume de Manfred Alpern. Dans son livre non traduit en français, Alpern explique que les changements sociétaux et l’urbanisation croissante dans les pays musulmans, où le rejet des biens matériels est un fait culturel de masse, pourraient engendrer un totalitarisme de la pensée, ou une nouvelle forme de « nihilisme toxique » à l’instar de celui qui sévissait parmi les Nazis.

Tout ceci pour vous répondre plus simplement qu’en effet, il existe une alliance spontanée à la fois matérielle et philosophique de longue date entre Nazisme et Islamisme. Sur le plan purement historique, il faut se souvenir que l’Allemagne n’était pas colonisatrice et que les peuples regroupés dans les frontières dessinées par les accords Sykes Picot après l’éclatement de l’Empire Ottoman, trouvaient en l’Allemagne nazie un allié naturel contre l’Angleterre et la France. On se souvient du Grand Mufti de Jérusalem, Hadj Amine Al Husseini, un antisémite obsessif qui a participé à la Shoah et donné naissance au concept de nation palestinienne pour contrer le sionisme. Ses buts étaient doubles : à la fois exterminer les Juifs du Moyen Orient, et il comptait sur Hitler pour l’aider dans cette tâche, et se démettre du joug anglais, bien qu’il ait été nommé à sa fonction par la Grande Bretagne.

Les exemples ne manquent pas de complicité entre Nazis et Musulmans pendant la deuxième guerre mondiale, ne serait-ce que la mise en place d’un gouvernement nazi en Irak, dirigé par Rachid Ali Al Gayiani et défait par les anglais en 1941. A la fin de la guerre, nombre de nazis se sont réfugiés en Syrie et en Egypte, parmi lesquels l’abominable Alois Brunner, devenu un ami personnel de président Bashar Al Assad, ou le SS Johann Von Leers, ami du Grand Mufti, qui s’est réfugié en Egypte après avoir fui en Argentine et s’est converti à l’Islam sous le nom d’Omar Amin. On le retrouve aux côtés de Nasser, jusqu’à sa mort en 1965, et comme soutien du FLN algérien.  Bien plus récemment, vous avez le cas du neo-Nazi Devon Arthur, meurtrier de ses deux amis et co-locataires à Tampa en 2017, également converti à l’Islam 7 ans plus tôt sans pour autant renier son affiliation à des groupements nazis américains. Ce qui a pu attirer un jeune « paumé » comme Arthur vers l’Islam, ce n’est évidemment pas la religion en elle-même, mais sa forme radicale. Il s’agit là, encore une fois, de nihilisme associé au culte du surhomme. Liberté totale pour moi qui suis petit, faible et complexé, grâce à un système qui me permet de dominer encore plus faible, autrement dit ceux qui n’y appartiennent pas.

Mais pour en revenir à l’Allemagne Nazie, il faut savoir que, par exemple, Himmler avait deux livres de chevet dont il ne se séparait pas : Mein Kampf et le Coran. Selon Albert Speer, architecte du Reich et confident d’Hitler, le dictateur avait une grande admiration pour ceux qu’il appelait « les Mahométans ». Il regrettait même que Charles Martel ait freiné leur conquête et que la France ne soit pas devenue un pays musulman. Toujours dans l’entourage d’Hitler, on retrouve Sebottendorf, le fondateur de la société Thulé - un groupe d’illuminés et de provocateurs politiques passionnés d’occultisme qui a inspiré Hitler après la première guerre mondiale. Sebottendorf, qui avait passé sa jeunesse à Istanbul, était un adepte du soufisme et un admirateur du mouvement des Jeunes Turcs, (dirigeants ottomans, ndlr) responsables du génocide arménien...

Certains de ces faits historiques m’ont permis de bâtir la trame plausible de « 88 » qui est, je tiens à insister sur ce point, un roman, un thriller, et donc une fiction. De plus, une grande partie de l’action se déroule en Indonésie, un pays musulman de 200 millions d’habitants dont le gouvernement lutte ardemment contre l’application de la charia dans certaines régions, notamment Sumatra, où une organisation terroriste islamiste, le GAM, a longtemps sévi.

ADV : Dans ce même ouvrage vous revenez également sur la dimension ésotérique du nazisme globalement ignorée du grand public. Comment expliquez-vous cette ignorance ?

PR : Cette ignorance est nouvelle car, dans les années soixante-dix, un livre de Louis Pauwels et Jacques Bergier, Le matin des magiciens, est devenu un best-seller mondial en exposant pour la première fois au grand public la face ésotérique du nazisme. Ont suivi une multitude d’ouvrages, plus ou moins fascinants, surfant sur une mode qu’ils venaient de créer. Je citerai l’excellent Hitler et les sociétés secrètes, de René Alleau, Le nazisme, société secrète, de Werner Gerson, l’incroyable, Lance du Destin, de Trevor Ravenscroft, ou encore Hitler,médium de Satan », de Jean Prieur. Tous d’énormes succès en librairie. Mais celui qui m’a plus inspiré, car il tombait précisément dans la thématique que je comptais développer dans « 88 », c’est Opération Shambhala, de Gilles Van Grasdorf. Shambhala est une contrée mythique située quelque part au Tibet, dont, selon Himmler et son «Ahnenerbe » (un institut de recherche sur les origines de la race aryenne) les aryens seraient issus. Avec l’approbation d’Hitler, Himmler a envoyé plusieurs expéditions au Tibet, menées par des alpinistes comme Heinrich Harrer et des scientifiques comme Bruno Berger (qui deviendra le tuteur de l’actuel Dalaï Lama).

Leur but était d’élaborer les fondements de l’idéologie nazie, qui, il faut le rappeler, trouve ses sources dans la Société de Thulé. Le svastika en était le symbole, repris par Hitler qui s’en est inspiré pour dessiner de ses propres mains le drapeau nazi. Des expressions telles que « Sieg Heil » ont été générées par la Thulé, dont les membres étaient tous des antisémites viscéraux, obsédés par la Franc-Maçonnerie qu’ils comptaient éradiquer.

Dès que l’on ouvre le chapitre des relations entre nazisme et occultisme, il n’y a quasiment pas de limite aux découvertes qui peuvent être faites. Je vous donne quelques exemples, qui risquent de surprendre vos lecteurs. Hitler était né catholique, mais souhaitait remplacer le christianisme, religion des faibles, par une forme de paganisme inspiré des Vikings, le Wotanisme. Il croyait en la réincarnation, et pensait avoir été Tibère dans une autre vie. Himmler, de son côté, se prenait pour la réincarnation de Henri l’Oiseleur, père de Oton, premier empereur germanique... Il est à noter qu’en 2016 a été retrouvée l’intégralité de la bibliothèque du chef de la SS dans un entrepôt près de Prague. 13000 ouvrages, dans toutes les langues, uniquement consacrés à l’occultisme et la sorcellerie. Le château de Wewelsburg, acquis par Himmler en 1933 pour y abriter le centre de formation de ses SS, était avant tout un lieu « ésotérique » de par sa configuration, au cœur duquel les cérémonies les plus délirantes, mêlant sorcellerie et sadisme, tenaient lieu de phase d’initiation. Il n’y a quasiment pas de limite aux absurdités auxquelles croyaient les Nazis, ne serait-ce que la théorie de la « Terre Creuse » qui obsédait Hitler au point qu’il dépêche des équipes de scientifiques aux quatre coins de la planète pour en prouver la validité, ou celle de la « glace éternelle » de Hans Hörbiger, qui affirmait que la lune était un bloc de glace se rapprochant cycliquement de la terre et donnant naissance, par cette proximité, à des races de géants dont seuls les Aryens étaient issus. Il est impossible de comprendre le nazisme sans se référer à sa dimension ésotérique et occulte. Pour avoir lu mon roman « 88 », vous savez que la trame imaginaire se base sur un testament ésotérique d’Hitler qui aurait été retrouvé dans les archives du KGB, celui-ci annonçant son retour sous une forme particulière que je ne révèlerai pas ici pour ne pas spolier.

ADV : L’ignorance de la dimension ésotérique et quasi religieuse du nazisme a-t-elle eu des conséquences ?

PR : Dès lors que l’on oublie l’un des aspects de la folie d’Hitler et de son entourage, on se retrouve à tenter de rationnaliser des évènements qui, dès lors, perdent tout leur sens et ne peuvent plus être interprétés. Aujourd’hui, la tentation est forte de réduire « ad hitlerium » toute pensée du camp opposé quel que soit celui auquel on appartient. C’est le fameux « CRS -SS de mai 68 ». C’est la comparaison entre le président Trump, sans doute l’un des moins racistes et des plus philosémites de tous les présidents américains, avec Hitler, dès lors qu’il a voulu rendre sa grandeur à l’Amérique. Vous êtes souverainiste ? Vous êtes forcément un nazi. Vous voulez réduire l’immigration clandestine ? C’est la pensée d’Hitler qui vous inspire. Etc… Réduire le nazisme à ce qu’il exprime officiellement, c’est à dire le « National-Socialisme », c’est passer à côté de l’essentiel de la doctrine nazie. Celle-ci trouve son inspiration dans la Thulé et dans les travaux d’Helena Blavatsky, une philosophe humaniste du 19ème siècle, à l’origine du mouvement théosophique, qui croyait en la réincarnation et en la division des races, mais qui, contrairement au nazisme, pensait que les « races supérieures » avaient pour mission sur terre d’aider les plus faibles. Les Nazis avaient en revanche pour but ultime d’éliminer toutes les « races inférieures » afin que les Aryens puissent accéder à la stature de divinités à l’issue d’un "Reich de mille ans", en partant des théories sur l’évolution de Darwin. Tout ceci est un méli-mélo de pseudo-sciences, de fascination pour l’ésotérisme, de complexes d’infériorité, d’esprit revanchard, et les gourous, les faux astrologues, les occultistes, ont été nombreux à accéder, grâce à Himmler, aux plus hauts postes de l’organisation nazie.

ADV : Pensez-vous que le virus nu nazisme, comme tout virus ait muté ? Quels sont ses incarnations et réincarnations contemporaines, puisque vous parlez justement de réincarnation dans votre ouvrage ?

PR : Si l’on oublie son aspect purement ésotérique, et sans tomber dans la réduction « Ad Hitlerum », je pense que la tentative de Daesh d’établir son califat sur toute la partie du Proche Orient qu’il avait conquise avant la débâcle infligée par Trump, est l’idéologie qui se rapproche le plus du nazisme. On en retrouve les grandes lignes, si ce n’est que Daesh n’a fait que tenter de renvoyer toute une région à l’époque de Mahomet, en reprenant stricto sensu les textes religieux de l’Islam. Dans les deux cas, il s’agit de régner par la terreur, d’imposer une forme de nihilisme comme règle d’Etat, de renverser la morale traditionnelle et de remplacer l’éthique par l’obéissance, arrachant de la sorte toutes les racines de la liberté individuelle. La différence est peut-être que le nazisme avait des ambitions dans le domaine scientifique alors que Daesh ne pouvait exister qu’en renvoyant sa propre société à l’ère barbare. Pour les Nazis, Hitler était un dieu. Daesh n’avait qu’à se référer à celui de l’Islam en ne conservant, du Coran, que les sourates guerrières de l’époque médinoise.

ADV : Comment expliquez-vous que l’Europe dénonce en permanence un fascisme contre lequel elle a pourtant développé des anticorps solides alors qu'elle tolère de façon flagrante voire même exonère le nazislamisme qui a contribué à sur-fanatiser le monde musulman depuis des décennies en toute impunité ?

PR : Il y a quelques années, je vous aurais répondu que l’Europe est à la croisée des chemins entre un futur issu de ses origines judéo-chrétiennes et un avenir multiculturel, voulu par certains leaders aveuglés par les chiffres de la natalité en baisse constante qui entrainerait un vieillissement ingérable de ses peuples. Les frontières ayant été ouvertes sans aucune précaution et l’idéologie socio-humanitaire ayant souvent pris le pas sur la réalité, cette croisée est désormais largement dépassée. Avec les accords de Barcelone, suivis par les accords récents de Marrakech, nous sommes en plein dans la fondation d’un Europe islamisée, ou d’une Eurabia, pour reprendre le terme de l’historienne Bat Yé'or.

En France, Giscard d’Estaing est celui qui a ouvert la boite de Pandore, en créant le rapprochement (regroupement, ndlr) familial qui permettait aux travailleurs immigrés du Maghreb de réunir toute leur famille dans le pays d’accueil. Cette vision à court terme a oublié le principe des trois générations. Le migrant de première génération apprécie son pays d’accueil comparativement à la situation abominable et la misère qu’il a fui. Il respecte ses lois et remercie le sort des opportunités qui lui sont offertes. En plus des nombreuses aides sociales, le système offre une éducation à ses enfants qui, contrairement à lui, naissent dans ce nouveau pays et donc estiment en faire partie de droit. Lorsqu’ils se retrouvent confrontés à une culture qui n’est pas celle de leur origine, leur réflexe est un repli identitaire renforcé par l’accueil mitigé qui leur est parfois réservé. Ils apprennent, ils comparent, certains réussissent, d’autres moins, mais tous ont la possibilité d’offrir un avenir encore meilleur à leurs enfants et, de ce fait, restent « dans les cordes » même si certains commencent à déployer une forme d’animosité. La troisième génération a deux options : l’intégration totale ou le repli total. Ils sont nés de parents nés en Europe mais leur héritage culturel est en opposition avec celui des Européens de souche, car leur religion, par essence, est contraire à la démocratie. Ils deviennent donc, pour certains, rares heureusement, un danger pour le pays d’accueil. D’où la multiplication des attentats terroristes, des crimes et des délits commis par des personnes issues de l’immigration, quelle que soit leur nationalité officielle.

Face à ce phénomène, ceux qui en sont responsables, c’est à dire les élus, se répartissent en deux camps. Vous avez, en France, les islamofascistes béats, sous la férule d’un Mélenchon, qui associe immigration musulmane à pauvreté et veut s’en faire le porte-parole au nom d’une idéologie stalinienne. Il est évident qu’au-delà de son idéologie primaire d’opposition constante, Mélenchon cherche surtout à s’acquérir des voix. De l’autre côté vous avez ce que j’appelle les dirigeants mollassons, qui connaissent le problème mais ne veulent pas avouer leur responsabilité et préfèrent laisser perdurer un statuquo parsemé de déclarations à l’emporte-pièce, rarement suivies d’effets. Il est plus facile d’attaquer Génération Identitaire – que, je le précise, je ne soutiens pas – dont le but est de refermer les frontières, que de s’attaquer à la racine du problème. Trop d’immigration tue l’immigration. Trop de zones de non droit, tuent la République. Trop de laxisme face à la violence des Islamistes conduit à fabriquer une société apeurée qui n’aura d’autre recours, un jour, que de se révolter.

Mais en répondant à cette question, je dépasse de loin le propos de mon livre, qui est avant tout un roman d’action, d’espionnage et d’aventure, même si l’union naturelle entre Nazisme et Islamisme y est évoquée comme un fait historique documenté. J’ai justement voulu m’éloigner de cette actualité brûlante que vous évoquez en situant une partie de l’action loin du Proche Orient, en Indonésie, un pays fascinant par ses contrastes entre tradition asiatique et religion musulmane qui font bon ménage. J’y évoque les mouvements néonazis américains, dont on a beaucoup parlé récemment, mais aussi allemands, essentiellement dans la région de Thuringe, restée sous le joug soviétique jusqu’à l’éclatement de l’URSS, et russes, où le Pamiat et l’UNR, des mouvements nationalistes pro-Hitler, ont beaucoup fait parler d’eux l’an dernier, après que des camps d’entrainement paramilitaires pour nazis aient été découverts.

ADV : Que veut dire « 88 », le titre de votre roman, qui est d'ailleurs à la fin un roman et un document inédit sur la dimension ésotérique du nazisme et ses inclinations paradoxales pour l'islam et la spiritualité tibétaine?

PR : Ce nombre, "88", est le signe de ralliement secret des néonazis que mon roman condamne évidemment. La lettre H est la 8ème de l’alphabet. Les deux H sont l’acronyme de « Heil Hitler ». On ne peut dénoncer sans d’abord exposer. Mais le 8 a aussi un bien plus beau sens, qui va davantage dans celui de mon roman, puisqu’il s’agit du chiffre de l’infini.

* Grand Reporter de guerre, réalisateur de documentaires, chroniqueur dans la presse française, israélienne et américaine, et surtout romancier de renom, Pierre Rehov publie chez Cosmopolis, cette semaine son nouveau roman intitulé "88".

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