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L'ancien président géorgien Mikheil Saakashvili s'exprimant, en décembre 2021, lors de son procès pour son rôle présumé dans une violente répression policière d'une manifestation de l'opposition en 2007.
L'ancien président géorgien Mikheil Saakashvili s'exprimant, en décembre 2021, lors de son procès pour son rôle présumé dans une violente répression policière d'une manifestation de l'opposition en 2007.
©IRAKLI GEDENIDZE / POOL / AFP

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Géorgie : pourquoi l’Occident ne devrait pas laisser mourir Mikheil Saakachvili en prison

Des manifestants ont investi les rues de Tbilissi et de plusieurs autres villes géorgiennes, le 4 janvier, pour soutenir Mikheil Saakashvili. L'ex-président géorgien emprisonné est apparu grandement affaibli, le visage émacié, lors d'une audience fin décembre dans un tribunal de Tbilissi à laquelle il participait par visioconférence.

Michael Lambert

Michael Lambert

Michael Eric Lambert est analyste renseignement pour l’agence Pinkerton à Dublin et titulaire d’un doctorat en Histoire des relations internationales à Sorbonne Université en partenariat avec l’INSEAD.

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Atlantico : Des manifestants sont descendus dans les rues de Tbilissi et de plusieurs autres villes géorgiennes, mercredi 4 janvier, pour soutenir l'ex-président pro-occidental Mikheil Saakashvili, dont l'état de santé se détériore fortement. Il est aujourd'hui emprisonné et aurait été empoisonné il y a plusieurs semaines. Quelles sont les raisons de sa condamnation ?

Michael Lambert : Saakashvili est l'un des anciens présidents géorgiens les plus contestés en raison de sa politique pro-occidentale qui a débouché sur la guerre avec l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud (2008).

Grâce à sa politique libérale et pro-occidentale, la Géorgie a pu se reconstruire et se remettre des séquelles de la chute de l'Union soviétique. En ce sens, Saakashvili a réussi à stimuler l'économie, à relancer le tourisme et à se rapprocher de l'Occident, notamment des États-Unis, comme en témoigne la fameuse avenue George W. Bush en plein centre de Tbilissi.

Cependant, de multiples affaires de corruption et de népotisme se sont multipliées sous sa présidence. Son arrestation en 2018 est donc politique dans la mesure où ses opposants ont intérêt à ce qu'il reste en prison, mais elle repose néanmoins sur des faits tangibles de corruption.

Quant aux prisons géorgiennes, il est difficile de savoir ce qui s'y passe exactement, mais des cas de mauvais traitements et de possibles empoisonnements ont été signalés, ce qui est inquiétant car Saakashvili pourrait bientôt sortir et recommencer à influencer la politique nationale. Pour résumer, les prochains mois seront les plus intenses, et il est important de rappeler que l'utilisation de poison est très courante dans les services de renseignement de l'espace post-soviétique. Il est donc possible que l'empoisonnement soit également attribuable à une puissance étrangère.

Aux yeux de l'Occident, que représente Mikheil Saakashvili ? Quelle image a-t-il laissé à la population géorgienne ?

Pour les Géorgiens, Saakashvili est un président qui a mis la Géorgie sur la voie de l'OTAN et de l'UE, et en ce sens il est bien perçu, d'autant plus avec sa posture anti-russe tout à fait contemporaine. Cependant, il incarne l'image de l'ancienne Géorgie et pour les Occidentaux, il est davantage une figure du passé qu'un acteur politique du moment. 

Dans le contexte de la guerre en Ukraine, il est indéniable que Saakashvili apparaît comme un élément central. En effet, ce dernier n'avait pas hésité à déclencher une guerre avec l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, ce que les autorités géorgiennes contemporaines ne considèrent pas. Saakashvili, s'il revenait au pouvoir, pourrait réexaminer cette perspective, sachant qu'une nouvelle guerre donnerait des résultats différents de ceux de 2008 dans la mesure où, cette fois, la Russie aurait du mal à se battre sur deux fronts simultanément. 

Salomé Zourabichvili, présidente au pouvoir depuis 2018, a affirmé qu'il recevait les soins nécessaires. Faut-il la croire ? L'Occident doit-il faire pression pour son transfert dans un pays où il pourra recevoir les meilleurs soins possibles ?

Salomé Zourabichvili n'est probablement pas au courant des réalités des prisons géorgiennes, mais elle ne semble pas avoir intérêt à nuire à Saakachvili de manière aussi directe. Il est vrai que le transfert de Saakashvili serait une option en attendant la fin de sa peine de prison et pour assurer sa sécurité. Cependant, cela pourrait également être interprété comme une tentative de l'écarter définitivement de la vie politique géorgienne. C'est un débat qui anime la société en ce moment.

L'ancien ambassadeur des États-Unis à Moscou, Michael McFaul, a déclaré dans une tribune libre que "le monde ne peut pas laisser l'ancien président de la Géorgie mourir en détention". Dans le contexte actuel de la guerre en Ukraine, quelle importance cela revêt-il ?

McFaul a raison, bien que Saakashvili soit une figure controversée, il a joué et continuera de jouer un rôle dans la politique nationale. Son côté pro-occidental influencera le rapprochement avec l'OTAN et l'Union européenne. De plus, sa politique libérale est à l'origine du succès de la Géorgie contemporaine, qui doit encore se redresser dans de nombreux secteurs (par exemple l'industrie du thé) et sa politique a donné à la Géorgie contemporaine son visage, qu'on y soit sensible ou non.

Toutefois, c'est à double tranchant, soutenir Saakashvili signifie avoir un allié supplémentaire de l'Occident en Géorgie, mais cela enterrera le débat sur la convention de Montevideo et sur la question de la reconnaissance diplomatique de l'Abkhazie. Car, rappelons-le, si la Géorgie est pro-occidentale, c'est principalement parce qu'elle s'oppose à l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, sachant que dans le cas de l'Abkhazie, certains éléments soutiennent une indépendance, notamment la présence d'une langue locale et d'une religion singulière (le néo-paganisme).

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