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Il y a désormais deux monnaies dans la zone euro !
©Reuters

Le nettoyeur

Depuis cette semaine, il y a deux monnaies dans la zone euro : un euro chypriote et un euro européen

L'euro comme monnaie unique n'existe plus. Il y a en effet un euro chypriote et un euro européen qui n'ont pas la même utilité et donc pas la même valeur, c'est un fait.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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Lorsque les historiens voudront dater la fin de l'euro, la date du 27 mars 2013 sera probablement celle qu'ils retiendront. C'était la date de la mise en place des contrôles de capitaux pour protéger les banques chypriotes de la fuite des capitaux de l'île. A l'heure actuelle, et tant que ces contrôles sont en place, il y a deux euros.

Les commentaires sur le “deal” chypriote se sont concentrés sur l'injustice profonde du deal, qui garantit de plonger l'île dans une dépression économique permanente. Mais l'effet le plus important du deal aura été de mettre fin à la zone euro comme zone monétaire unique.

Explication.

Le mieux est de prendre un exemple : vous êtes une PME chypriote, vous avez des euros sur un compte en Chypre, et vous devez régler vos fournisseurs en Allemagne. Vous ne pouvez pas sortir plus de 5000 euros de Chypre sans l'accord de la banque centrale. Mais mettons que vous avez aussi un compte à la BNP à Paris. Vous pouvez utiliser ces euros français pour acheter en Allemagne sans problème, contrairement à vos euros chypriotes. Par définition, une monnaie unique peut s'utiliser également dans tous les endroits de la zone. Il serait absurde qu'un dollar texan ne puisse pas être utilisé en Californie ou vice versa. Si on ne peut pas faire la même chose avec un euro chypriote qu'avec un euro européen, il y a deux monnaies.

Maintenant, imaginons que vous n'ayez pas d'argent en dehors de Chypre, mais que moi Français je vous appelle. Pour pouvoir payer votre fournisseur, je peux échanger vos euros chypriotes contre mes euros européens. Mais si je dois me retrouver avec des euros chypriotes, je prends un risque. J'ai un coût. J'aurai du mal à les sortir. Je pourrai peut être me les faire taxer. Donc je ne vais pas vous échanger des euros chypriotes contre des euros européens à parité. On va faire un prix. Mettons 5000 euros chypriotes contre 4000 euros européens.

Vous voyez très bien ce qui se passe : il y a entre l'euro chypriote et l'euro européen la même relation qu'entre l'euro et le dollar ou le dollar et le yen. Il y a un taux de change, un marché, et je dois changer ma monnaie pour acheter en dehors de ma zone monétaire. Peu importe que ces transactions soient interdites : les fuites clandestines de capitaux et marchés souterrains de devises sont aussi vieux que les lois qui les empêchent. Au Venezuela, il y a un taux de change officiel entre le bolivar et l'euro, mais vous pouvez acheter des bolivars pour moins cher dans la rue. En droit, un euro vaut un euro partout. En fait, il y a un euro chypriote et un euro européen, qui n'ont pas la même utilité et donc pas la même valeur.

On rétorquera peut être que les contrôles de capitaux à Chypre ne sont que temporaires. Je ne parierai pas là-dessus. Ces contrôles sont nécessaires parce que s'ils étaient levés tout l'argent fuirait Chypre et l'Europe refuserait de les remplacer. Est-ce que ça sera moins vrai dans 3 mois ? Dans 3 ans ?

Et quand bien même : ça ne change pas qu'en attendant, il y a, à l'heure où j'écris ces lignes, deux euros.

Et surtout, la boîte de Pandore a été ouverte. Quelle est la probabilité qu'un autre pays de la zone euro se trouve un jour dans la même situation que Chypre ? Très faible, assurément. Mais pas nulle. Assurément. Un euro dans une banque portugaise est donc un euro auquel est associée une certaine probabilité supérieure à zéro qu'il deviendra un euro portugais plus faible que l'euro européen. Idem avec un euro italien, un euro irlandais...et un euro français. C'est pour ça qu'on constate une fuite des capitaux de la périphérie européenne vers l'Allemagne (un euro allemand valant plus, ipso facto, qu'un euro portugais), fuite autoréalisatrice qui accentue les disparités économiques, et donc les fissures, dans la zone euro.

Aux Etats-Unis, l'état de Californie est surendetté. Ça pose énormément de problèmes, mais un problème qui n'est aucunement posé est que des gens songeraient à sortir leurs dollars de banques californiennes pour les placer dans des banques texanes, ou au Canada. La Californie arrivera ou n'arrivera pas à rembourser ses dettes, mais personne ne songe que ça puisse remettre en question l'existence du dollar, ou la garantie des dépôts en dollars dans les banques californiennes. Dans la zone euro, la situation est différente.

Nous vivons à une époque intéressante.

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