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Ces six joyaux de l'Arctique que les scientifiques veulent à tout prix sauver
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Joyaux en danger

Ces six joyaux de l'Arctique que les scientifiques veulent à tout prix sauver

L'Union Internationale pour la Conservation de la Nature a listé sept lieux emblématiques de l'Arctique à sauver. Pour lutter contre les conséquences du réchauffement climatique qui sont de plus en plus sérieux, l'objectif est d'en faire des réserves protégées.

Nicolas Imbert

Nicolas Imbert

Nicolas Inbert est directeur exécutif de Green Cross France et Territoires.

Co-auteur de l'ouvrage "OCEAN: des clés pour agir " www.desclespouragir.com 

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Atlantico :  A-t-on déjà une idée précise du contenu du prochain rapport du GIEC sur l'océan et la cryosphère que présage-t-il ?

Nicolas Imbert : Jusqu'à maintenant on était partis sur un consensus scientifique qui tablait sur une montée des températures définie entre deux degrés et 3.5 degrés qui indiquait que dans ce schéma-là la montée des eaux serait de 1m en 2050. Les scientifiques du GIEC vont sortir un rapport d'ici à juin qui précisera de nouveaux résultats. Ces résultats sont encore plus préoccupants car ils tablent que la montée des eaux sera plus rapide que prévue et asymétrique avec l'Atlantique qui risque de voir la disparition d'un certain nombre de courants, l'anticyclone des Açores qui aura du mal à se stabiliser ce qu'on voyait depuis un certain temps. 

Au niveau polaire on observera une fonte des glaces plus rapide que prévue, les saisons n'ont jamais été aussi chaudes. Au nord de la Sibérie on a observé la libération d'un certain nombre de nappes de méthanes et la fonte du permafrost, ce qui n'était pas non plus anticipé. Du côté des deux pôles on se rend compte que la situation est plus alarmante que prévue. 

Le fait d'avoir les terres du pacifique ou les Maldives submergées plus rapidement que ce qu'on anticipait ou encore des zones géographiques où on estimait qu'il n'y avait pas de risque importants comme les sites littoraux du Blayais proche de la centrale nucléaire de Gravelines ou la région de Bordeaux avec une population à risque de l'ordre d'un million d'habitants avec aussi la proximité d'une centrale nucléaire. Ou encore les villes de New-York et Miami avec des actions qui doivent être entreprises dans les 10 ans à venir pour une échéance raccourcie à 2030 ou 2040.

Jusqu'à maintenant le GIEC ne se hasardait pas à faire le lien entre le changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes, mais maintenant il y a un consensus scientifique pour dire ce que nos ONG disaient depuis un certain temps, qu'il y a un intime lien entre les deux phénomènes. Ce consensus apparaîtra en juin 2017.

Les scientifiques réunis au sein de l'Union Internationale pour la conservation de la nature ont listé les sept sites suivant de l'Arctique pour essayer de les protéger au mieux. Chacun de ces sites sont menacés par le réchauffement climatique ou ses conséquences. Qu'est-ce qui rend ces sites uniques et pourquoi est-il important de les protéger ? 

Le détroit de Béring :

 

 

 

 

 

 

 

 

 


CC James Brooks

Nicolas Imbert : On est à la fois sur un enjeu géopolitique intense et sur une route saisonnière. Cette route de notre point de vue doit être un précurseur d'une trajectoire internationale optimisée. Il faut la même  prise de conscience pour le détroit de Béring que ce qu'il s'était passé suite au naufrage de l'Amoco Cadiz où il y avait eu un renforcement très fort des exigences de sécurité américaines. Avec le bémol que cinq puissances géopolitiques dont les Etats-Unis et la Russie doivent arriver à se mettre d'accord et que aujourd'hui le consensus politique qui existait autour de la préservation de l'arctique est mort depuis quelques temps et que l'un des derniers grands défenseurs de l'Arctique et de Béring, Michel Rocard s'est éteint qu'on a malheureusement l'impression que la volonté de préservation du détroit de Béring est morte en même temps. 

La solution se trouve dans un consensus international qui est plus que jamais difficile à atteindre aujourd'hui sauf à supposer que l'Europe est prête à se mobiliser très fortement politiquement pour le faire. On attend la voix de la prochaine présidence française sur le sujet avec d'autant plus qu'indignation que rien ne se passe depuis le décès de Rocard.

La baie de Baffin au Nord :


CC Mike Beauregard

Nicolas Imbert : On est sur une baie sur laquelle la présence de perturbateurs endocriniens a été établie. On soupçonne également que les stocks d'armement chimique ont été déversés sur ces lieux et qu'ils n'ont toujours pas été sécurisés à cette date. Le réchauffement climatique devrait faire ressurgir ces enjeux à brève échéance.

Ce site est unique et important à protéger car la biodiversité terrestre et marine est importante et est le reflet de ce que l'on a en Arctique et en Antarctique. C'est un endroit par lequel il est intéressant de commencer à restaurer la biodiversité. Peut-être à travailler sur l'extension d'une aire marine protégée internationale pour avoir un cadre juridique qui tient la route. 

 

La Baie de Disko et les réserves Hellefiskebanke : 


CC Ludovic Hirlimann

Nicolas Imbert : De la même manière on est sur un sanctuaire de biodiversité exceptionnel. Notre enjeu principal est d'arriver à le protéger. Encore une fois, pour en être capable il faut des aires marines qui juridiquement tiennent la route et des zones de production planctonique qui permettent aux océans des jouer leur rôle de pompe à carbone. Ces zones, comme la baie de Baffin sont des sentinelles du climat de ce qu'il se passe ailleurs.

La Grande Polynie Sibérienne :


Wikimedia Commons

Nicolas Imbert : On y a observé un certain nombre de déversements de méthane naturel dans l'atmosphère, liés au réchauffement climatique et à la disparition du permafrost. Il y a aussi écoulements de sol liés aussi à la disparition du permafrost, donc à des dégels plus rapides. La Russie peut considérer qu'elle a un avantage vis-à-vis de l'agriculture puisque les terres deviennent arables mais vis-à-vis de l'équilibre atmosphérique planétaire et des concentrations en co2 et en méthane, les effets sont désastreux puisque le méthane est de l'ordre de 20 fois plus impactant sur l'effet de serre et le carbone.
Cette terre est exceptionnelle car elle est l'un des derniers habitats naturels du tigre de Sibérie et effectivement il y a l'intérêt de limiter le plus possible le déversement de méthane dans l'atmosphère et l'effondrement du sol est une perte de foncier immédiate avec ce que cela suppose en dégradation sur l'habitat naturel.
 

Les archipels du Haut Arctique :


DR

Nicolas Imbert : La zone est similaire au détroit de Béring si ce n'est qu'il y a des populations sur place qui pratiquent des chasses traditionnelles de subsistance. Toutefois, à cause du braconnage sur les zones d'influence danoises ou japonaises, la subsistance grâce à la chasse pour les populations locales n'est plus possible. L'impact est très fort sur la biodiversité et les stocks de poisson. Le krill ne se reproduit pas aussi souvent qu'il le devrait et il y a donc un appauvrissement des stocks de poisson.

 

Les eaux de Polynie du Nord-Est (et les restes de la mer de glace millénaire) :


DR

Nicolas Imbert : On est sur une mer qui est en train de disparaitre. Des zones où la biodiversité est mal connue. Des sanctuaires qui jusqu'à maintenant était préservée de l'espace humaine. A chaque fois que l'on fait des tests sur les métaux lourds ou sur les perturbateurs endocriniens, on découvre des résidus présents, soit parce qu'ils ont été apportés par voie atmosphérique, ce qui est le plus probable, soit parce qu'il y aurait eu du déversement sauvage. Cela entraine donc une perte de biodiversité. 
 

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