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11 septembre, 15 ans après : les attentats de New York ont-ils été des "déclencheurs" ignorés du 21 avril 2002 ?
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11 septembre, 15 ans après : les attentats de New York ont-ils été des "déclencheurs" ignorés du 21 avril 2002 ?

Il y a maintenant 15 ans, Oussama Ben Laden envoyait des avions s'écraser sur les Etats-Unis dans le premier attentat d'ampleur du 21ème siècle. Les conséquences politiques ont été ressenties jusqu'en France, où le séisme a été en partie responsable de la débâcle de la gauche à l'élection présidentielle, quelques mois plus tard.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Dimanche 11 septembre 2016 constituera le 15ème anniversaire de l'attentat subi par les États-Unis. Quelques mois après les attaques des deux tours jumelles notamment, la gauche française connaissait une défaite historique en 2002. Si l'on mentionne souvent sa division comme première source de son échec, les attentats du 11 septembre et le contexte qu'ils ont instauré ont-ils jouer un rôle ?

Jérôme Fourquet : Cette division a effectivement beaucoup joué. Mais ce n'est pas la seule cause. Car cette division a pris racine sur les divergences à gauche sur le programme et sur le cap à tenir (aller plus ou moins à gauche ?) avec un gouvernement Jospin qui avait décidé de faire une pause dans les réformes sociales depuis 2000. L'essentiel des réformes estampillées de gauche (35 heures, emplois jeunes et CMU notamment) avait été passées avant. Le gros morceau sur les retraites était resté à quai. D'où une extrême-gauche qui a fait 10% et un parti écologiste à 5%. Le flou sur la ligne politique de Jospin a donc bel et bien favorisé la dispersion des voix à gauche.

Deuxième cause de cet échec retentissant : celle du contexte. Un élément de cette époque nous rapproche de ce que nous vivons actuellement : en 2002, la fin de campagne a été marquée non pas par les questions économiques et sociales mais par les questions sécuritaires. Et l'on retrouve cette situation à travers des enquêtes notamment pour Atlantico : la lutte contre le terrorisme est passée en tête des préoccupations des Français, devant le chômage. Incontestablement, ce changement de sujet pivot a pesé à l'époque, et c'est ainsi que nous avons pu voir un Jean-Marie Le Pen à 16,9% et un Bruno Megret à 2,5%. Une extrême-droite à pas loin de 20% en somme, avec une concurrence des Chasseurs qui font 4% et pléthore de candidats de droite. 

Un fait politique n'est jamais la résultante d'une cause unique. Si les raisons avancées habituellement ont pu jouer, il y a aussi eu ce climat que je viens de décrire. Ce contexte sécuritaire a été marqué par plusieurs manifestations des policiers et des gendarmes. Si les manifestations des premiers sont plus courantes, elles le sont beaucoup moins pour les gendrames, militaires et non-syndiqués. Toujours est-il que ces deux grands corps ont critiqué avec une certaine virulence le "laxisme" du gouvernement Jospin. Ce climat sécuritaire a incontestablement pesé sur le faible score de Lionel Jospin et sur la défaite de la gauche. 

Car ce climat sécuritaire a engendré d'autres divergences que celles sur la ligne socio-économique à tenir pour la gauche : elle a aussi été à l'origine d'une rupture entre la gauche de la fermeté républicaine et celle en faveur d'une excuse sociale de la délinquance. Souvenons-nous que Mme Taubira était candidate à l'époque, tout comme Jean-Pierre Chevènement, soit deux visions très différentes de la gauche face à l'insécurité. Le contexte sécuritaire a joué, et dans ce cadre-là, peut-être que l'ombre portée du 11 Septembre a joué en toile de fond. 

Quelles leçons est-il possible d'en tirer sur l'impressionnante progression de Marine Le Pen, compte tenu de la situation française actuelle ? Ce précédent laisse-t-il présager des scénarios pour l'élection présidentielle de 2017 ?

Entre 2002 et 2017, si tant est que les choses restent en l'état, tout dépendra de la place accordée à l'enjeu sécuritaire et identitaire pendant la campagne. A l'époque, on se souvient aussi que la Marseillaise avait été sifflée au cours d'un match France-Algérie. Face aux réactions, à une montée de la question de l'identité nationale et de l'intégration, la gauche de l'époque s'est aussi vue divisée. Et c'est peut-être un autre parallèle intéressant à effectuer : la gauche confrontée au réel est obligée de trancher et de procéder à des arbitrages. Ces derniers l'empêchent d'être uni autour d'un socle doctrinal, car elle est obligée de lever un certain nombre d’ambiguïtés. Ce processus aboutit à des déceptions chez les électeurs.

Le terrorisme avait spectaculairement frappé, mais de l'autre côté de l'Atlantique. L'économie ralentissait et les tensions identitaires commençaient à apparaître. Ces conditions ont certainement contribué à faire échouer la gauche en 2002 face au Front national. Si on applique ces conditions, on pourrait tout à fait voir un remake de 2002. C'est d'ailleurs ce qu'on entrevoit déjà dans les sondages. Si Jean-Marie Le Pen était déjà à 15% dans les sondages, Marine Le Pen est elle à 25%. Les différences que nous venons de pointer sur le climat se retrouvent dans les scores finaux.

Et si Lionel Jospin finit à 16%, il avait commencé la campagne avec 24%. Hollande, lui, commence à 15-16%... Pourquoi pas donc une réplique avec un barreau franchi sur l'échelle de Richter du séisme politique.

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