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Les méduses ont envahi les océans.
Les méduses ont envahi les océans.
©Reuters

Scénario apocalyptique

Alerte rouge à l’invasion des méduses et comment les humains aident à sa propagation

Si les études scientifiques concernant l'augmentation des méduses n'en sont qu'à leurs débuts, on comprend que le réchauffement climatique, la surpêche et une urbanisation à outrance des zones côtières ont fortement favorisé la propagation de ces horrible bêtes.

Les méduses sont des animaux bien mystérieux pour nous autres humains. Un jour, elles sont là, par centaines à envahir la plage, rendant impossible tout espoir de baignade, quelques instants plus tard, elles ont disparu. Ces apparitions cycliques soulèvent de nombreuses questions. Pourquoi, après des années "d'explosions" intenses, les méduses se font plus rares alors qu'elles auraient au contraire du profiter de cette prolifération pour se reproduire en masse ? Pourquoi les afflux de méduses sont-ils de plus en plus courants et destructeurs ? Si les études scientifiques concernant la propagation des méduses n'en sont qu'à leurs débuts, les résultats sont déjà bien effrayants. En effet, les récentes recherches sur le sujet montrent bien que ces pics ne sont pas dus qu'à la biologie : nous aidons largement les méduses à notre insu ! 

Tout d'abord, nous en savons désormais un peu plus sur le cycle de vie de la méduse en lui-même. Une fois fertilisés, les œufs de méduses se transforment en larves ciliées, appelées planulas, qui flottent dans l'océan jusqu'à ce qu'ils trouvent une surface plate et dure à laquelle s'accrocher, comme une coquille d'huitre par exemple. Puis, des tentacules commencent à pousser, donnant aux larves des allures de microscopiques anémones de mer : les larves sont désormais des polypes. Ces derniers commencent à fleurir et après quelques jours se détachent et nagent lors d'un processus appelé strobilation.

Durant les mois d’hiver, les polypes se contractent et s'endorment sous forme podocyste : des balles cellulaires entourées d’une membrane chitineuse qui les protègent des basses températures et du manque de nourriture. Les podocytes peuvent être transportés par des plantes, des animaux aquatiques… Quand les conditions redeviennent favorables, le podocyte se retransforme en polype. Puis, parfois au bout d'un demi-siècle, le polype devient bébé méduse. Un polype peut donner naissance à six à huit bébés méduses. Ces denrières mangent, mangent et mangent du plancton jusqu'à devenir ces horribles bestioles qui font cauchemarder les nageurs du dimanche.

Chose effrayante : les polypes peuvent passer par ce processus de strobilation plusieurs fois au cours de leur vie. Le polype de la méduse à crinière de lion est d'ailleurs connu pour strobiler jusqu'à sept fois dans sa vie. Mais le pire reste encore la capacité de clonage de ces affreuses bébêtes. Car, en attendant de devenir bébé méduse, le polype s'occupe à se cloner lui-même. Généralement, un appendice surgit hors de lui et s'étend jusqu'à trouver une autre surface plate et dure à laquelle il s'accroche à son tour. Le reste du polype suit l'appendice jusqu'au nouvel emplacement, laissant derrière lui le podocyte. Selon une récente étude, en moins de trois mois un seul polype peut être à l'origine de six autres polypes et de 52 podocytes.

Ces derniers peuvent rester endormis pendant des années jusqu'à ce qu'ils se transforment en polype avant de se cloner à leur tour. C'est ce qui se passe pour la plupart des méduses. La méduse lune dispose d'environ 5 moyens différents de se cloner ! 

Tant que rien ne les mange et qu'elles ne manquent pas d'espace, les générations de polypes peuvent, en théorie, accroître indéfiniment leur colonie de clones. Et même si les polypes sont mangés ou menacés par des changements environnementaux, les podocytes sont toujours là pour assurer la survie de la race. Ainsi donc, les colonies de polypes n'ont pas à éclore tous les ans pour que l'espèce des méduses perdure. Car les polypes préfèrent attendre que les conditions environnementales soient optimales pour se transformer en bébés méduses...

Depuis 2002, le Japon voit arriver tous les trois ou quatre ans des colonies entières de méduses géantes de Nomura (deux mètres de haut, 200 kgs !) sur ses côtes quand ces afflux ne se produisaient auparavant que tous les 40 ans environ. Ce phénomène a profondément affecté les pêcheurs, leur faisant perdre des centaines de millions de dollars. Des chercheurs de l'Université d'Hiroshima ont découvert que plus l'eau était chaude, plus le clonage des polypes s'accélérait. Or, au cours des dernières décennies, la mer de Chine s'est beaucoup réchauffée… En plus des méduses géantes de Nomura, elle commence également à être envahie par des méduses à crinière de lion et des méduses lunes. Ces dernières ont dramatiquement affecté le secteur de la pêche dans l'estuaire de Yangtze. Elles ont également bouché les grilles d'entrée des centrales électriques de la province de Shandong et fait fermer les plages de l'hôtel de Quingdaoet…

Ci-dessous, des méduses de Nomura, attrapées sur les rives d'Awashimaura, au Japon.

Récemment, une recherche menée par l'Institut Chniois de l'Académie de Science pour l'océanologie a permis d'étudier de façon plus approfondie le comportement des polypes. L'équipe de Sun Song a élevé des jardins de polypes de trois espèces différentes dans ses laboratoires et les a ensuite déposés dans six sites différents de la côte est chinoise, attendant que les méduses éclosent. Les recherches préliminaires ont découvert que les polypes éclosent dès que l'eau atteint 10 à 15 degrés. Ils sont aussi plus nombreux dans les zones où la population et la pêche ont éliminé les crevettes, étoiles de mer, poissons et autres créatures qui pourraient les manger.

Aussi, on comprend que les augmentations de température et la salinité, qui accompagne la pêche et la modification environnementale, ont un lien avec l'éclosion massive de méduses vers les côtes chinoises. Ces changements accélèrent le processus de strobilation. Par ailleurs, ces "explosions" de méduses lunes et méduses géantes de Nomura n'ont pas affecté que la mer de Chine : elles sont présentes dans le monde entier, allant du Danemark au golfe du Mexique.

Ci-dessous, des méduses lunes au Sunshine International Aquarium de Tokyo, au Japon. 

Mais l'observation la plus inquiétante sur l'augmentation des méduses est relative à l'habitat des polypes, qui a considérablement changé au fil des siècles. Autrefois, quand les larves de méduses cherchaient des surfaces sur lesquelles s'accrocher, elles mettaient beaucoup de temps à ne trouver ne serait-ce qu'un rocher marin escarpé ou une coquille d'huitre. Il arrivait qu'elles se fassent dévorer avant d'avoir pu trouver leur "maison".

Mais, au fil des ans, les humains ont augmenté les chances de survie de ces larves en construisant des surfaces lisse comme des ponts, des ports ou encore des plateformes de forage. L'année dernière, une recherche rapportait que des polypes de nombreuses espèces avaient pour habitude de s'installer sur des surfaces comme des bouées ou des paquets de cigarettes flottant.

Par ailleurs, une étude sur les méduses lunes publiée en octobre met en évidence un lien direct entre le développement côtier et les explosions de méduses. Des chercheurs ont compté le nombre de bébés méduses lunes avant et après l'installation d'une nouvelle jetée. La colonisation des polypes sur la partie immergée de la jetée n'a pas tardé et les bestioles se sont rapidement multipliées par quatre…

Toutefois, le manque de données historiques sur l'évolution des méduses incite à prendre ces études avec des pincettes. "Aujourd'hui nous manquons de chiffres, de recul et de moyens pour affirmer une augmentation générale du nombre de méduses. L'un des phénomènes majeurs permettant d'expliquer cette augmentation dans ces zones est la surpêche qui diminue le nombre de prédateurs et de compétiteurs des méduses. D'abord les prédateurs : on pêche de plus en plus de poissons qui se nourrissent de méduses, notamment les saumons, les poissons-lune et certains requins. Même chose pour les compétiteurs : les petits poissons comme les sardines et les anchois. Ces derniers se nourrissent des mêmes aliments que les méduses, comme ils sont plus souvent pêchés, les méduses disposent de plus en plus de ressources et subsistent plus facilement.

Quant au réchauffement climatique souvent pointé du doigt il n'explique pas vraiment l'augmentation du nombre de méduses dans certaines zones. En effet certaines méduses préfèrent les eaux fraîches", expliquait Delphine Thibault, spécialiste du plancton et des gélatineux à l'institut méditerranéen d'océanologie, cet été à Atlantico. Enfin, selon certains scientifiques la récente vague d'explosion de méduses suit un cycle de vingt ans. Tout simplement.  

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