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Le Yémen et la Somalie
sous la coupe d’Al-Qaïda
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Le Yémen et la Somalie sous la coupe d’Al-Qaïda

Les forces de l'armée yéménite ont arrêté mardi quatorze activistes d'Al-Qaïda. Depuis un an, et avec l'aide des forces américaines, le pays tente de reprendre plusieurs villes du pays tombées aux mains de combattants islamistes. Cette situation n'est toutefois pas localisée, elle est comparable dans d'autres États, notamment en Somalie. (Épisode 3/3).

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Le Yémen qui a également effectué sa révolution en 2011/2012 parvenant à écarter du pouvoir le président Saleh, connaît une situation intérieure catastrophique. Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA) emmené par l’ancien secrétaire personnel de Ben Laden, le Yéménite Abou Basir Nasir al-Wuyashi, a profité de la désorganisation de l’Etat pour « libérer » des provinces du Sud alors que ses bases sont majoritairement situées dans les provinces de Marib et Al Jouf au Nord. Son intention est d’y établir un califat islamique, chose que désapprouvait Ben Laden si l’on en croit certaines lettres retrouvées dans son repaire d’Abbottabad. Il pensait que les insurgés n’avaient pas assez de moyens pour y parvenir et il demandait à ses fidèles présents sur zone de plutôt s’attaquer aux intérêts américains.

Or, non seulement les islamistes sont parvenus à leurs fins sur place, mais ils se sont permis de tenter des actions terroristes depuis leur nouveau point d’appui. C’est ainsi qu’un attentat dans un avion de ligne se rendant aux États-Unis a été évité en mai 2012 grâce à une opération d’infiltration effectuée par la CIA en collaboration avec leurs homologues saoudiens et britanniques. L’artificier qui aurait confectionné la ceinture d’explosifs qui a été saisie serait le Saoudien Khalid Ibrahim Al-Asiri qui est déjà mêlé à plusieurs tentatives d’attentats dirigées contre les États-Unis et la famille royale saoudienne.

La Somalie pour sa part reste le théâtre d’affrontements violents entre les Shebabs et les autorités du Gouvernement Fédéral de Transition (GFT) et ses alliés nigériens et éthiopiens ainsi que les troupes de l’ONUSOM (les Nigériens ont rejoint cette structure pour des raisons de financement et de légalité sur le plan international). Terrain de lutte privilégié par les internationalistes d’Al-Qaida, ces derniers ont connu des revers militaires importants au début 2012 car ils avaient commis l’erreur de vouloir engager frontalement les forces adverses. Ils sont donc repassés à des opérations de harcèlement et au terrorisme.

Il ne faut pas exclure un nouveau risque important qui peut apparaître à moyen ou long terme. Il est en effet possible qu’AQMI ait récupéré des armes chimiques en Libye, en particulier du gaz moutarde. Si c’est le cas, il faut aux activistes un certain temps pour se familiariser avec leur utilisation puis ensuite, avoir la capacité de les employer de manière optimale. Ils peuvent s’entraîner tranquillement à cela au Nord-Mali. Lorsque ces conditions seront remplies, il sera alors tentant pour AQMI d’essayer des les mettre en œuvre sur un « théâtre lointain », par exemple en Europe occidentale ! Un fait inquiétant réside dans l’arrivée sur zone de volontaires occidentaux convertis à l’islam. Une fois une formation de base achevée, ils pourraient bien repartir vers leurs pays d’origine pour y mener des opérations terroristes spectaculaires.

L’avenir d’Al-Qaida est donc en train de se jouer. Beaucoup d’analystes affirment que l’organisation est finie. Toutefois, si al-Zawahiri parvient à imposer ses vues et à établir de nouvelles bases arrière solides, nul doute que le mouvement djihadiste gagnera en efficacité et reviendra sur le devant de la scène. Si les opérations Al-Qaïda sont bien identifiables en zone saharo-sahélienne, en Somalie et au Yémen, ce n’est pas encore le cas en Libye et surtout en Egypte où la situation est actuellement difficile à évaluer. Il faut cependant se souvenir que les islamistes n’ont pas la même notion du temps que les Occidentaux. Ils poursuivent leurs objectifs dans la durée et pensent que leur combat s’étalera sur des générations...

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