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Couverture du dernier album de dessins humoristiques d'Olivier Voutch.
Couverture du dernier album de dessins humoristiques d'Olivier Voutch.
©Olivier Voutch

Traits d'esprit

Voutch : “Mon ambition est de faire rire les gens intelligemment”

Le dernier album de dessins humoristiques d'Olivier Voutch, "Tout se mérite" est paru le 5 décembre. Une exposition de ses plus belles productions se tiendra, elle, du 11 au 31 décembre à Paris. Entretien avec un observateur de nos travers quotidiens qui ne laisse rien passer.

Olivier Voutch

Olivier Voutch

Olivier Voutch est dessinateur humoristique. Ses personnages tout en longueur peints à la gouache ont fait sa renommée. Régulièrement publiés dans la presse, ses dessins sont regroupés dans une collection publiée aux éditions du Cherche midi. Le dernier exemplaire en date s’intitule Tout se mérite (5 décembre 2013).

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Atlantico : Votre dernier ouvrage, "Tout se mérite" (publié au Cherche Midi), paraît ce 5 décembre. C'est le huitième numéro d'une série commencée en 1997. Le dernier est paru en 2007 : à quoi devons-nous ces six années d'absence?

Olivier Voutch : Jusqu’en 2007, je publiais beaucoup dans la presse. J'ai décidé de lever le pied, ce qui a diminué d'autant ma production et explique le délai qui sépare ce nouvel album du précédent.

Dans vos textes, vous mettez en exergue l'absurdité et les dérives de notre monde moderne. Ainsi, ce banquier qui accueillie un nouveau collaborateur : "Vous êtes stupide, ambitieux et totalement irresponsable. Bienvenue dans le personnel de cette banque." Avez-vous effectivement l'impression, au quotidien, de vivre dans un monde qui ne tourne pas rond ?

La réponse est oui, mais je ne pense pas être le seul. J’ai ce privilège, de par mon activité, de pourvoir faire sourire les gens de certains paradoxes de la société. Le monde ne tourne pas rond mais heureusement ! Car cela me donne matière à dessiner.

Avez-vous peur que votre inspiration  se tarisse un jour, ou bien les évolutions perpétuelles de notre société vous assurent-elles un "ratio" constant d'idées nouvelles ?

Je ne suis pas du tout inquiet, il y a toujours matière à dessiner. Tous les thèmes sont sujets à être tournés en dérision, dans les dessins d’humour. Particulièrement dans ce monde-là : les rapports entre êtres humains se sont beaucoup complexifiés, mais nous n’en sommes pas encore au paroxysme. Nous n’en sommes d’ailleurs qu’au commencement. Il y a rarement eu dans l‘histoire de l’humanité autant d’années sans guerre, sans révolution, sans catastrophe naturelle majeure, nous sommes donc tous spectateurs de ce qui se passe.

Les qualificatifs se bousculent : absurde, cynique, désabusé… Comment vous décrivez-vous? Vos observations ne relèvent-elles pas dans une certaine mesure de la sociologie ?

Je n’ai pas la prétention d’être un sociologue.  Je n’en ai pas les capacités, et ce n’est pas le propos. On peut déduire des choses d’une histoire drôle ou d’un aphorisme, mais si le lectorat veut comprendre quelque chose sur un sujet particulier, c’est à lui de faire l’effort. Mon rôle est d’amuser les gens intelligemment, du moins est-ce mon ambition. Tant qu’à faire rire, autant mettre le doigt sur le problème, interpeller. Mon métier est de faire rire mais de manière plus intelligente.

Votre inspiration se trouvant nécessairement dans votre vécu, est-ce à dire que toutes les personnes que vous croisez ou côtoyez sont de la matière brute ? Portons-nous tous en nous (et vous-même) une part de l'incongruité que vous couchez sur vos planches?

Absolument ! Nous vivons tous dans un monde absurde. Je mets le doigt sur certains aspects que les gens connaissent, mais simplement il faut avoir la bonne technique pour rendre ces traits clairement absurdes.

Justement, sur le plan technique, comment procédez-vous?

Il n’y a pas de technique au sens où l’on pourrait l’acquérir au travers de cours d’écriture ou de dessin, comme cela se fait aux Etats-Unis. Personnellement, je pars toujours de l’idée, et le dessin vient ensuite. Je ne commence jamais par dessiner un petit bonhomme pour me demander ensuite ce qu’il va dire. J’écris la légende en amont, pour me demander ensuite quel va être le cadre visuel le plus percutant, incisif et éloquent pour exprimer mon idée.

On se dit que pour chaque dessin, un nombre infini de légendes pourrait y être associé. Vous arrive-t-il parfois de vouloir changer la légende, pour la remplacer par un trait d’humour tout autre ?

Le New Yorker avait à ce propos organisé un concours de légendes. Les lecteurs faisaient des propositions pour des dessins préexistants, et un jury de dessinateurs se réunissait et attribuait le prix de la meilleure légende. En effet, sur un même dessin on pourrait dire beaucoup de choses. C’est une caractéristique inhérente à ce genre. Je l’ai moi-même déjà fait sur d’anciens dessins que je ne trouvais plus très drôle. Néanmoins, il s’agit là d’un exercice assez difficile.

A lire vos traits d'esprits et la façon dont vos illustrations sont mises en scène, il est difficile de ne pas penser à Sempé. Comment vous situez-vous par rapport à lui ? Vous diriez-vous plus "mordant" que lui ?

D’abord, Sempé n’a pas inventé le dessin d’humour. Sempé, que j’admire beaucoup, a été le premier à comprendre en France que le dessin d’humour, ce n’était pas seulement des blagues avec des belles mères, des amants cachés dans des placards, tout l’humour un peu franchouillard des années 1950. Il a découvert cela à travers une exposition du New Yorker : les dessinateurs américains ont donné cette amplitude au dessin d’humour qui est devenu beaucoup plus qu’une franche rigolade, mais plutôt une façon de raconter la société. Sempé a élargi son univers car il a fait sienne cette intelligence du dessin. Mais nous avons tout de même une génération d’écart. J’ai découvert ses dessins lorsque j’étais enfant, et j’étais très admiratif.

Souvent on me parle de Sempé, et je trouve cela plutôt flatteur. Mais je ne suis pas vraiment son fils spirituel, parce qu’on se connait très peu et que l’on ne fait pas les mêmes choses. Ceci dit, nous avons la même ambition, à savoir faire rire les gens avec des choses plutôt malignes, qui leur parlent.

Votre style est tout à fait identifiable. Comment avez-vous travaillé votre dessin ?

Je n’ai pas de réponse toute faite, même si ce n’est pas complètement le fruit du hasard. J’ai fait quelques recherches au départ, et après moult essais j’ai décidé de travailler en couleur, à la gouache. Ensuite, les choses ont évolué de façon presque autonome.

Allez-vous continuer à produire autant de dessins ? Quels sont vos autres projets ?

Je n’ai pas l’intention d’arrêter, mais je ne sais pas si je vais reprendre une production aussi prolifique qu’auparavant. Le dessin d’humour restera quoi qu’il en soit mon activité. Mais c’est un petit milieu, alors si je pouvais élargir mon public, ce serait chouette. La bande dessinée, par exemple, touche davantage de monde, alors si un jour j’ai l’occasion de glisser vers ce public, je le ferai.

Envisageriez-vous de vous tourner vers une production plus littéraire ?

Oui, cela pourrait m’intéresser, mais je n’ai pas l’intention de devenir écrivain. Ce qui m’intéresse, c’est le rapport entre le texte et l’image.

Que pouvez-vous nous dire de votre exposition, qui se tient du 11 au 31 décembre à Paris à la Galerie Oblique ?

Je fais ce type d’exposition seulement tous les cinq ans. Cette fois-ci, quasiment tous mes dessins seront présentés, et ce pendant trois semaines. Le public pourra voir les originaux, qui possèdent une dimension supplémentaire, et en particulier ceux dont je suis le plus fier.

Propos recueillis par Gilles Boutin

Exposition-Vente d’originaux de Voutch du 11 au 31 décembre 2013 à la Galerie Oblique, Village Saint-Paul

17 rue Saint-Paul, 75004 Paris

du mercredi au samedi de 14h à 19h

Pour plus de détails, cliquer ici.

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