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Des ouvriers fabriquent des barres de fer dans une usine sidérurgique à Lianyungang, dans la province chinoise du Jiangsu, dans l'est de la Chine, le 12 février 2021.
Des ouvriers fabriquent des barres de fer dans une usine sidérurgique à Lianyungang, dans la province chinoise du Jiangsu, dans l'est de la Chine, le 12 février 2021.
©AFP

Réduction des émissions carbone

Voilà pourquoi la transition énergétique devrait d’abord nous faire passer par la case bulle sur les prix des matières premières comme sur celui des énergies fossiles

La réticence des producteurs de matières premières à augmenter leur production pourrait entraîner une hausse des prix sur la voie d'un monde plus propre. La recherche d’un avenir à faible émission de carbone secoue les marchés de l'énergie. Un risque de bulle est-il possible ?

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec est un spécialiste de l’énergie et en particulier du pétrole et professeur à l’Ecole du Pétrole et des Moteurs, où il a dirigé le Centre Economie et Gestion. 

Il a publié plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur des sujets touchant à l’économie et à la géopolitique de l’énergie et en particulier Exploitation et Gestion du Raffinage (français et anglais), Recherche et Production du Pétrole et du Gaz (français et anglais en 2011), l’Energie à Quel Prix ? (2006) et Géopolitique de l’Energie (français 2009, anglais 2011).

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Atlantico : La recherche d’un avenir à faible émission de carbone secoue les marchés de l'énergie. La transition vers une énergie verte pourrait-elle alimenter le mouvement haussier du marché des matières premières et des énergies fossiles, à commencer par le pétrole ? Un risque de bulle est-il possible ?

Jean-Pierre Favennec : Le changement climatique rend selon les experts du GIEC nécessaire une réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre. Ces émissions sont en très large partie dues à la consommation des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) qui couvrent encore actuellement plus de 80% des besoins en énergie de la planète. Nucléaire, hydraulique, solaire et éolien couvrent les 20 % restants. 

Pour faire face au changement climatique on table beaucoup sur l’énergie éolienne et l’énergie solaire dont les capacités de production (et la production elle-même) augmentent très  rapidement. Cependant elles ne représentent encore qu'une relative faible fraction de nos besoins. Cette situation a deux conséquences :

- un accroissement rapide des besoins en matières premières nécessaires à la construction des éoliennes et des panneaux solaires : métaux rares, terres rares, cuivre, cobalt...

- une réticence très forte à investir dans la production pétrolière et gazière. Les investissements dans le secteur des hydrocarbures sont en forte baisse. Le prix du pétrole a récemment augmenté parce que la production future devrait diminuer, compte tenu de la diminution des investissements. Ce prix est actuellement contrôlé par l'OPEP (Organisation des Pays Producteurs de Pétrole) qui fournit plus de 40% de la production pétrolière et qui peut moduler sa production de manière à maintenir un prix qui assure des revenus suffisants aux pays producteurs tout en évitant - au moins pour l'instant - une augmentation trop élevée qui affecterait la reprise économique mondiale.

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L'augmentation quasi certaine de la demande de matières premières qui accompagnera la refonte du réseau mondial d'approvisionnement va-t-elle mener à un nouveau super-cycle des matières premières ? Allons-nous vers une dynamique différente de celle du dernier super-cycle stimulé par la Chine après son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce en 2001?

Malgré la nécessaire transition énergétique, la demande d'hydrocarbures augmentera vraisemblablement pendant plusieurs années dans les pays émergents - Chine, Inde, Asie du Sud Est, Afrique par exemple. Parallèlement, compte teneur de l'importance des besoins énergétiques globaux, les investissements dans les énergies renouvelables vont augmenter rapidement. Il est donc probable que les prix des matières premières (pétrole, gaz, matières premières nécessaires à la production des énergies renouvelables) vont rester élevés. Cette augmentation devrait cependant rester limitée car les pays producteurs (pays producteurs de pétrole, Chine pour les métaux et terres rares) ont intérêt à limiter les impacts de ces augmentations sur la croissance économique.

On semble observer une adhésion quasi générale à l’idée que les ressources nécessaires à la réalisation de la transition énergétique sont facilement disponibles. Ce faisant, les comportements de production s’en ressentent avec des projections à la hausse dans le secteur automobile. Où va nous mener cet optimisme en matière d'approvisionnement ? Est-il illusoire ?

Les ressources - matières premières - nécessaires à la transition énergétique sont sans doute disponibles. Mais leur extraction (une fois encore cobalt, cuivre, métaux rares, terres rares) pose de véritables problèmes d'environnement. L'exemple de la production du cobalt est éclairant : l'essentiel du cobalt est produit dans la République Démocratique du Congo dans des conditions très contestables (respect des droits humains, pollution). La production de terres rares ou de métaux rares se situe pour l'essentiel en Chine car les pays occidentaux, du fait de la pollution engendrée par cette production, ont préféré fermer leurs usines et transférer la transformation vers des pays asiatiques. Cette production est également très polluante

L'avenir n'est pas simple : les énergies fossiles (pétrole et gaz) émettent lors de leur utilisation des gaz à effet de serre mais leur production en elle-même est relativement peu polluante. Les nouvelles énergies renouvelables (éolien, solaire) produisent de l'électricité, dont la consommation ne produit pas de gaz à effet de serre, mais qui nécessitent des matières premières dont la production reste problématique même s'il est sans doute possible d'améliorer les conditions de production.

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