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Voilà ce que la science a découvert sur la meilleure méthode pour réussir des QCM
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Voilà ce que la science a découvert sur la meilleure méthode pour réussir des QCM

Un professeur de psychologie a mené une étude sur ses élèves pour voir comment ils répondaient aux QCM. Par ses observations, il a découvert que de ne pas suivre son instinct permettait de mieux réussir à cette épreuve. La confiance en soi est primordiale pour pouvoir changer ses réponses.

Pascal Neveu

Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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Atlantico : Un professeur de psychologie a mené une expérimentation sur ses élèves lors d'un contrôle par QCM. Il a observé que les élèves qui changeaient de réponses après avoir suivi leur instinct réussissaient à avoir les bonnes réponses. Comment expliquer le pouvoir de cet instinct qui nous convainc de choisir une réponse plus qu'une autre ? 

Pascal Neveu Dans un premiers temps, repartons sur l’expérience menée par le Pr Justin Couchman, qui étudie la métacognition.

Il avait déjà observé que les singes rhésus (qui ont des comportements sociaux très proches des humains) auxquels on proposait plusieurs choix de réponses à une question, abandonnaient l’instinct pour prendre plus de temps à répondre, dès que la difficulté des questions augmentait. Il en a déduit que le singe réfléchissait sur la justesse de sa réponse apportée, afin d’éviter une erreur.

Aussi, il a soumis ses étudiants à 2 tests lors d’un examen sous forme de QCM :

1er test : on demande aux étudiants de noter, pour chaque réponse, s’il s’agit d’une « estimation » ou d’une « connaissance ». Egalement de noter s’ils avaient modifié leur réponse initiale.

Résultat : dans la majorité des cas, ceux ayant modifié leur choix ont obtenu une bonne réponse. En revanche, ceux qui étaient restés dans le choix « estimation » se sont trompés dans plus de la moitié de leurs réponses.

2ème test : on demande aux étudiants d’évaluer sur une échelle de 1 à 5 la valeur de leur réponse (1 s’ils ne sont pas du tout sûrs jusque 5 s’ils sont totalement sûrs de leur choix).

Résultat: dans la quasi totalité des réponses, ceux qui étaient sûrs de leur choix avaient trouvé la bonne réponse.

Autrement dit, à la fois instinct et révision de la réponse augmentent la probabilité de choisir la bonne réponse.

Plus précisément uniquement se fier à son instinct, ou rester dans un comportement permanent de doute et de changement de prise de décision, mènent à faire un mauvais choix.

La métacognition, en quelque sorte, la métacommunication cérébrale, le dialogue entre ses deux systèmes psychiques, mêlant conscient et inconscient, connaissance et intuition… augmentent notre capacité à choisir la bonne réponse.

I ne s’agit donc pas d’un pouvoir, mais d’une sorte de résultat implicite, comme un ordinateur donnant une réponse après avoir analysé un grand nombre de données.

D’ailleurs de nombreuses recherches actuelles (à dominante transhumaniste), utilisant des métadonnées, permettent à un ordinateur d’aboutir à des conclusions plus précises que les humains. C’est le cas par exemple pour un diagnostic médical. A connaissances médicales identiques, confronté aux mêmes données (analyses biologiques, scanner, observation du patient…) un logiciel américain est actuellement capable d’établir un diagnostic et un pronostic plus fiable qu’un médecin expérimenté.

Comment expliquer que l'instinct soit si fort lorsque que l'on est confronté aux choix restreints qui structurent un QCM  ? comment cela se matérialise au niveau du cerveau ? 

A travers un QCM, c‘est entre 3 et 5 choix qui sont proposés. On sait ou on ne sait pas, mais certaines propositions sont là pour créer le doute.

Ce qui est mesuré à travers ces expériences n’est ni plus ni moins que le sentiment de confiance en sa réponse. Il n’est pas à comparer à la confiance en soi, même s’il existe une passerelle entre ses deux systèmes. Bien évidemment que le fait d’avoir confiance en soi, en ses connaissances, renforce la confiance de ses prises de décision et donc de ses choix.

L’instinct se définit comme l’ensemble de comportements innés. L’homme porte moins de comportements instinctifs que l’animal, mais il a développé ce que l’on nomme l’intuition.

C’est là où réside une erreur de langage.

Autant nous suivons notre instinct, lorsque nous sommes « confrontés » à une rencontre qui mobilise tant la partie émotionnelle de notre cerveau (l’amygdale) mais également notre raisonnement (partie pré-frontale) dans un instinct de survie qui nous signale immédiatement s’il y a danger ou non. Ce peut être également le cas d’une décision à prendre, d’un geste inconscient lors, par exemple, d’un accident de voiture, notre pulsion de vie, notre instinct de survie, prenant le contrôle sur notre agir.

Ce n’est aucunement le cas pour un QCM où l’intuition et l’impulsion rattachées à nos connaissances même enfouies au sein de notre mémoire profonde, nous aiderons à faire le bon choix.

L’intuition est une capacité psychique mêlant connaissance, pensées, analyse… pour un rendu assez juste, une sorte de projection de ce qui est « vrai ». L’intuition permet d’évaluer une situation et d’en tirer la conclusion, la réponse la plus juste possible.

Elle est donc totalement corrélée à cette métacognition, cette estimation fiable.

Quelles sont les meilleures astuces pour réussir à répondre à un QCM ? Faut-il suivre son instinct ou se faire confiance et jauger ses probabilités d'avoir la bonne réponse ? 

Cette étude a le mérite de nous renvoyer à l’idée que nous sommes des êtres humains cérébrés… et que nous devons utiliser chacune de nos facultés cérébrales, psychiques, conscientes et inconscientes, dans une sorte de lâcher prise propre à ressentir cette confiance lors d’une prise de décision.

Qu’importe que l’on nomme cela instinct, intuition… J’ai rencontré nombre de personnes qui me racontaient comment ils avaient pris la bonne décision : police criminelle qui « instinctivement » sait qui est l’assassin, pompiers qui lors d’une intervention de grand feu ont fait le bon choix, face à deux options, acteurs pour le choix d’un scénario qui a priori ne leur parlait pas, remportant…

En discutant avec des praticiens de médecine chinoise, l’une d’elle me disait un jour que la pensée orientale diffère de la pensée occidentale sur un point central : la rationalité rapproche intuition et hasard.

De fait, repensons à ces expériences menées et leurs résultats.

Il nous faut nous faire confiance. Cela ne signifie pas rester dans une certitude aveuglante (sauf si la connaissance est assurée, mais le stress d’un examen peut nous induire en erreur) mais laisser notre cerveau et notre psychisme respirer.

La voie de la probabilité de la bonne réponse n’est pas la meilleure.

Choisir cocher tous les A en s’imaginant atteindre la moyenne est une illusion.

Mais cocher la réponse, sans doute avec précipitation (et donc par instinct), puis avoir et prendre le temps de revenir dessus…

C’est cette métacognition qui nous amène à réfléchir post immédiateté… on a coché… la tension est un tout petit peu abaissée… le cerveau dialogue différemment, on réfléchit différemment… et on choisit… certainement mieux.

Se fier à son instinct est bon dans une confrontation avec le vivant.

Lors du passage du code de la route, ce n’est pas l’instinct qui est convoqué… mais ce mixte de connaissance, d’intuition… et de confiance… comme si nous nous imaginions au volant du véhicule.

En conclusion, même si déjà dans l’antiquité on questionnait l’intuition et l’instinct, même si les philosophes de toute génération (Platon, Epicure, Descartes, Spinoza et bien évidemment Bergson…), mais également les scientifiques, les psychologues et psychanalystes ont disserté sur l’instinct, sur nos choix de vie (et un examen, même sous la forme d’un QCM est finalement un déterminant de notre vie), Jean-Paul Sartre a sans doute le mieux résumé la confiance qu’il nous faut nous accorder :  « Il n’est d’autre connaissance qu’intuitive. »

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