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Violente batailles à Ramadi entre djihadistes et armée irakienne : un enjeu plus symbolique que stratégique
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Offensive

Violente batailles à Ramadi entre djihadistes et armée irakienne : un enjeu plus symbolique que stratégique

Les forces irakiennes sont en pleine offensive contre les djihadistes à Ramadi, à une centaine de kilomètres à l'Ouest de Bagdad. Une avancée de portée plus symbolique que stratégique mais qui permet de desserrer l'étau autour de Bagdad.

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Atlantico : Les forces gouvernementales irakiennes sont en train de mener une opération pour reprendre la ville de Ramadi. Est-ce le début d'une offensive plus large contre l'organisation État islamique ?

Alain Rodier : Il y a longtemps que le pouvoir politique en place à Bagdad souhaite reprendre l’offensive pour laver l’affront de 2014 lorsque les forces armées ont connu une débandade pitoyable. Ramadi, ville sunnite située à une centaine de kilomètres à l’ouest de Bagdad est le chef lieu de la province d’Al Anbar qui est tombée dans les mains de Daesh à la fin 2014-début 2015. Le 17 mai, cette ville théoriquement bien défendue avait été conquise sans coup férir par l’État Islamique (EI).

Ce n’est pas la première bataille de reconquête puisque Tikrit, la ville natale de Saddam Hussein située à 160 kilomètres au nord de Bagdad a été reprise fin mars. Toutefois, une grande partie de sa population à majorité sunnite avait fui la ville avant l’attaque des forces armées et des milices chiites.

L’important nœud de communications reliant le nord de l’Irak au nord de la Syrie a été conquis le 13 novembre par les forces kurdes. Dans ce cas, il semble que faute de combattants, Daesh avait décidé d’évacuer la ville avant le déclenchement de l’offensive kurde.

Il n’en reste pas moins qu’il sera difficile aux forces irakiennes et aux Kurdes d’aller beaucoup plus loin dans un proche avenir. Il est délicat pour des unités presque entièrement composées de chiites que d'avancer en terrain sunnite. En ce qui concerne les Kurdes, ils n’ont pas tellement envie de mener une bataille plus au sud de leur zone autonome. Leur seul souci est de préserver cette région pour en faire à terme un État, même dans le cadre -présentable- d’un Irak fédéral.

Pourquoi vouloir reprendre cette ville ? Quels sont les enjeux tactiques et stratégiques pour les deux camps ?

C’est plus symbolique que stratégique. Cela dit, Ramadi pourra servir de forteresse puis de base de départ de futures offensives dans un avenir assez éloigné. Par contre cela desserre l’étau qui pèse sur Bagdad que Daesh n’a jamais été capable de prendre faute d’effectifs suffisants.

Quelle est la situation sur le terrain ?

Les sources indépendantes manquent pour vérifier les communiqués de victoire qui sortent tous les jours. Ainsi, Khaled al-Obeidi, le ministre de la défense irakien affirme que la ville sera entièrement reprise dans les deux semaines qui viennent. Il est peut-être un peu optimiste mais c'est le rôle de tout chef militaire. Ce qui paraît certain, c’est que Daesh semble être en sous-effectifs. Il pallie cet inconvénient en utilisant des véhicules bourrés d’explosifs qui sont lancés sur les forces gouvernementales pour ralentir leur progression (qui d’ailleurs est très lente et précautionneuse car l’EI piège aussi le terrain qu’il abandonne). Il utiliserait également des civils en bouclier humain. Par contre, il est possible qu’il reçoive des renforts si le commandement le décide. Il semble d'ailleurs qu'il y ait eu une contre-attaque dans la nuit du 23 au 24 décembre mettant les forces gouvernementales en difficulté dans le centre de Ramadi. De plus, pour tenter de desserrer l’étau, il va, à son habitude déclencher des opérations terroristes partout où il pourra (Bagdad, Kurdistan, ailleurs …).

Quelle est la crédibilité de l'armée irakienne dans la guerre contre l'EI ? Connaît-elle des succès significatifs ?

L’armée irakienne est toujours à la peine surtout par manque de motivation et en raison d’un encadrement déficient malgré les formations assurées par les Américains. Les troupes de choc qui montrent un peu plus de mordant sont les Counter-Terrorism Services (CTS). Les milices chiites encadrées par la force al-Qods des pasdaran sont plus combatives mais ont un problème de légitimité. D’ailleurs, leur présence est occultée sur les media de manière à ne pas mettre dans l’embarras les Américains qui procèdent à l’appui feu air-sol. Que dirait-on si il était officiels que l’aviation américaine appuie des forces inféodées à Téhéran ? Dans la bataille de Ramadi, des tribus sunnites se seraient rangées du côté gouvernemental mais cette information mériterait d’être recoupée car il s’agit peut-être de la pure propagande.

Beaucoup plus globalement, Daesh n’est plus en odeur de victoire perdant très progressivement du terrain en Syrie et maintenant en Irak. Ses effectifs combattants évalués entre 30 000 et 60 000 hommes ne sont pas suffisants pour faire face aux multiples opérations militaires lancées contre l’EI. Cela ne risque pas de s’arranger dans l’avenir, les défections d’islamistes radicaux venant des autres mouvements (dont le Front al-Nosra en Syrie) vers Daesh se faisant plus rares. Des signes de défections commencent aussi à se faire sentir dans l'autre sens, le dernier en date s’étant produit dans la « province » (wilayat) yéménite de l’EI en décembre. Même l’organe de propagande basé à Raqqa est un peu moins prolixe qu’il ne l'a été au début de l’année. Cela dit, la bête blessée n’en n’est que plus sauvage. Les traîtres seront punis, les populations civiles prises en otage et les actions terroristes se multiplieront. Daesh risque aussi d'abandonner partiellement du terrain pour regrouper des forces en vue de se livrer à des contre-attaques comme à Deir-ez-Zor à la mi-décembre.

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