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Le Parti radical et le Nouveau Centre constituent deux formations clairement de centre droit...
Le Parti radical et le Nouveau Centre constituent deux formations clairement de centre droit...
©Reuters

Entre deux chaises ?

La stratégie politique des centristes est-elle animée par des pulsions suicidaires ?

Alors que le Parti radical et le Nouveau Centre constituent deux formations clairement de centre droit ayant cette tradition de l’UDF, le MoDem se positionne en dehors de toute alliance évidente que se soit avec la droite ou la gauche. Le centre, victime de son instabilité historique, pourra-t-il un jour se rassembler en un pôle unique capable de former un gouvernement ?

Alexis Massart

Alexis Massart

Alexis Massart  est directeur d'Espol, école européenne de sciences politiques et sociales de l'Université catholique de Lille.

 

 

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Atlantico : Le centre n’arrive pas à former un pôle central unique. Comment expliquer que, dans son histoire, le centre n’ait jamais réussi à s’unir pour former un seul centre ?

Alexis MassartLe système français, caractérisé par une bipolarisation de la vie politique, empêche la formation d’un centre unique et autonome avec d’un côté une droite et une gauche, toutes deux ayant plus ou moins varié selon les époques. Le mode de scrutin actuel, en favorisant systématiquement une confrontation droite-gauche, ne facilite pas l’émergence d’un centre. Un phénomène que viennent conforter les élections législatives puisqu’il existe des triangulaires qui, dans la plupart des cas, s’exercent sans candidats centristes. Il y a donc toujours une bipolarisation de la vie politique depuis 1958.

Parti radical, MoDem et Nouveau Centre sont-ils irréconciliables ? S’agit-il d’un différent idéologique ou de personnalité ?

Le Parti radical et le Nouveau Centre constituent deux formations clairement de centre droit ayant cette tradition de l’UDF, c'est à dire une force centrale qui se rapprochera nécessairement de la droite parlementaire au second tour. La réconciliation entre ces deux partis est donc possible même si elle ne se produira pas forcément avec tous les acteurs notamment du fait de la personnalité d'Hervé Morin. Ce dernier étant considéré comme l’un des grands responsables de l’abandon de Jean-Louis Borloo dans la course à l’élection présidentielle, nombre de radicaux restent dubitatifs quant à une alliance avec son parti. Aussi, beaucoup d’élus de terrain gardent encore en travers de la gorge la candidature d'Hervé Morin à la présidentielle, candidature qui n’a jamais dépassé les 1% dans les intentions de votes. Cependant, on sent bien que des rapprochements sont en cours entre le Parti radical et des élus comme Jean-Christophe Lagarde ou André Santini.

Pour sa part, le MoDem est une formation politique beaucoup plus récente qui a adopté un positionnement véritablement centriste c'est à dire en dehors de toute alliance évidente que se soit avec la droite ou la gauche. Il a permis à François Bayrou un succès en 2007 mais s’est traduit par un échec en 2012. Cependant, il lui a permis d’attirer autour de lui des personnalités ayant une histoire politique différente, hors du centre droit. Si aujourd’hui il n’était entouré que d’hommes et de femmes partageant cette même histoire, un rapprochement avec le Parti radical et le Nouveau Centre pourrait s’opérer. Néanmoins, les principaux  acteurs du MoDem sont des élus de centre-droit mais également des personnalités ayant eu un passé écologiste pour qui toute alliance avec la droite républicaine pose fondamentalement problème, y compris avec le Parti radical ou le Nouveau Centre. Beaucoup de responsables du Mouvement démocrate ont donc suivi Bayrou dans son positionnement personnel en faveur de François Hollande pour le second tour. Ce discours « d’extrême centrisme », tel qu’on l’appelait autrefois, le place dans une situation électorale qui ne lui est pas favorable, et l’abandonner provoquerait probablement la disparition du MoDem.

Le centre est-il victime de son instabilité ?

Le centre peut idéologiquement exister puisqu’il se manifeste chez un certain nombre d’élus et une partie de l’électorat. Fondamentalement, il estime possible de travailler intelligemment avec des hommes et femmes de droite ou de gauche. Mais la principale difficulté est l’impossibilité, dans notre système politique, de transformer cette idée en force politique car il n’existe pas de place pour elle. Elle reste donc un projet théorique qui ne peut se concrétiser sur le plan pratique. Le centre ne peut donc pas former un parti de gouvernement dans notre tradition politique.

En 2007, la campagne de François Bayrou a cristallisé un espoir de nouvelle force politique notamment auprès d’un électorat se positionnant en rupture avec les deux partis traditionnels. Mais en 2012, son électorat a fondu de moitié, les électeurs l’ayant suivi étant des centristes plus traditionnels proche de l’ex-UDF. Il essaie de vivre avec son nouveau label « Le centre pour la France », mais il sera difficile à long terme de survivre.

Propos recueillis par Olivier Harmant

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