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Le chef de la CDU, Armin Laschet, et le chef de la CSU, Markus Söder, signent un accord de coalition pour la campagne électorale lors d'une conférence de presse à Berlin, le 21 juin 2021.
Le chef de la CDU, Armin Laschet, et le chef de la CSU, Markus Söder, signent un accord de coalition pour la campagne électorale lors d'une conférence de presse à Berlin, le 21 juin 2021.
©MICHELE TANTUSSI / PISCINE / AFP

Programme

Vers une Allemagne euro-sceptique ? La CDU et la CSU publient un manifeste électoral aux accents de rupture avec leur traditionnel engagement pro-européen

L'Allemagne s’apprête à voter le 26 septembre prochain. Le parti d’Angela Merkel, la CDU, vient de dévoiler son programme. Le candidat à la chancellerie Armin Laschet a présenté cette nouvelle feuille de route aux côtés de Markus Söder, le président de la CSU en Bavière.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Atlantico : Quels sont les principaux enseignements, les mesures phares de ce manifeste électoral ? La CDU et la CSU s’éloignent-elles de leurs traditionnels engagements pro-européens ? 

Edouard Husson : Au contraire, après la parenthèse Merkel, la CDU revient à ses fondamentaux.  D'ailleurs, sans la crise du COVID-19, l'Allemagne n'aurait jamais mis en place une forme de "dette européenne". Peut-être Emmanuel Macron croit-il qu'il a fait basculer l'Allemagne et l'entraîne là où elle ne voulait pas aller, ce dont elle finira par s'accommoder. C'est une grossière erreur. Et ceci d'autant plus que l'Allemagne se sait soutenue en Europe par beaucoup d'autres pays qui souhaitent que la France mette son budget en ordre. Il est tout à fait normal que la présentation ait été faite ensemble par les deux partis, puisque la CSU ne présente pas de candidats dans le reste de l'Allemagne et la CDU n'en présente pas en Bavière. C'est aussi pour montrer que les deux rivaux pour l'investiture de "tête de liste" (lequel sera chancelier si la CDU/CSU arrive en tête) se sont réconciliés. Mais le plus important est ailleurs. La CDU/CSU va essayer de redevenir le centre de gravité de la politique allemande, un rôle qu'elle a failli perdre de par l'incompétence d'Angela Merkel (Sortie du nucléaire, accueil massif de migrants, refus de rester au centre-droit). Le coup le plus difficile à inverser est la sortie de l'industrie nucléaire et la CDU/CSU ne s'aventure pas sur ce terrain, qui laisserait le champ libre aux Verts. En revanche, on peut s'attendre à une politique plus ferme en matière d'immigration, le retour à plus de patriotisme et une politique européenne plus conforme aux traités.  

Ces positionnements peuvent-ils s’avérer payant politiquement ou sont-ils des choix risqués ? 

Un des problèmes de la CDU/CSU, c'est le fait que l'AfD a occupé le terrain abandonné à droite par Angela Merkel. Heureusement pour les chrétiens-démocrates, l'AfD laisse à nouveau de l'espace en se prononçant, désormais, pour le DEXIT. Laschet et Söder en profitent pour se réancrer sur la ligne qui a toujours fait le succès de leur parti: une lecture stricte des traités européens, avec un refus de l'endettement. CDU et CSU ont raison aussi de poser la question de la compatibilité du programme des Verts avec l'innovation industriel. Annalena Baerbock, qui relève largement de la bulle médiatique, a perdu en considération ces dernières semaines. Il n'est pas certain que son pacte avec l'industrie convainque véritablement - en tout cas pas sans le contrepoids de la CDU dans un gouvernement de coalition. Là aussi la CDU doit enfoncer le clou. 

Quelles peuvent être les conséquences politiques de cette nouvelle stratégie et de cet alignement à quelques mois du vote ? Les voisins européens et la France, dont le président Macron qui est très attaché au projet européen, vont-ils voir d’un mauvais œil ce positionnement ? Le projet européen sortira-t-il fragilisé ? 

Ce n'est rien de nouveau. C'est un retour, prudent mais réel, aux fondamentaux de la famille chrétienne-démocrate allemande. Encore une fois, Angela Merkel a été le plus mauvais chancelier de l'histoire de la République Fédérale. Elle a fait illusion, dans un premier temps parce que l'Allemagne était en pleine croissance économique du fait de l'avantage compétitif que lui procure l'euro et grâce aux réformes de Schröder. Au moment de la crise de 2008-2010, ce sont largement Obama et Sarkozy qui ont décidé pour elle. Ensuite, on a eu cet enchaînement d'absurdités: sortie du nucléaire, déclenchement de la crise en Ukraine, accueil massif des migrants, incapacité à tendre la main à David Cameron puis à trouver un compromis sur le Brexit, gestion calamiteuse de la crise sanitaire. Angela Merkel est le produit médiocre de l'Allemagne communiste d'avant 1989, dont la seule caractéristique est - comme Emmanuel Macron - un appétit de pouvoir disproportionné par rapport aux compétences réelles. Elle a eu la chance de parvenir au pouvoir à un moment où l'Allemagne n'avait pas besoin d'être réellement gouvernée. A présent, la situation est différente. L'Allemagne a besoin d'une équipe modeste et solide à sa tête. C'est la carte que joue Laschet. Et il a raison de revenir aux fondamentaux européens. Ce n'est pas l'Allemagne qui met en danger l'UE mais la France. C'est nous qui, depuis vingt ans, n'avons pas tiré les conséquences de l'adhésion à l'euro. Rien ne nous obligeait à y rentrer. Une fois adopté cependant, l'euro était incompatible avec la création non maîtrisée de la fonction publique territoriale, le maintien d'une fiscalité élevée et les coûts engendrés par une immigration de masse. 

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