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Valls capitule sur la loi Macron… mais que pèsent vraiment les frondeurs PS dans l’opinion ?

Contraint par les députés frondeurs du PS, le gouvernement a décidé de recourir à l'article 49-3 pour faire passer la loi Macron. Pourtant l'opinion publique française se dit majoritairement favorable à des réformes, dussent-elles être contraignantes.

Atlantico : Quel est le poids réel des frondeurs PS au sein de l'opinion ?

Eddy Fougier : Deux événements se sont produits depuis septembre lorsque l’Assemblé nationale a accordé sa confiance au gouvernement Valls II. Il y a eu d’une part la séquence des attentats et les marches républicaines de janvier. L’erreur du gouvernement a été de penser que l’esprit du 11 janvier flottait encore et que les frondeurs allaient se fondre dans le rang. Or on savait depuis longtemps que beaucoup de personnes allaient voter contre la loi Macron ou s’abstenir. Il a fallu la matière de l’article 49-3 pour envisager de faire passer cette loi.

En outre, un climat particulier s’est instauré depuis que Syriza en Grèce et Podemos en Espagne sont montés en puissance. Cette situation a amené certains, à la gauche de la gauche, à penser qu’ils n’étaient peut-être pas si marginaux que cela vis-à-vis de l’opinion. Lors du meeting de soutien à Syriza en janvier, des frondeurs s’étaient joints à Pierre Laurent, Cécile Duflot et autres, ce qui les a confortés dans leur élan de protestation.

Lire également : La loi Macron aux forceps du 49-3 : majorité en ruine, opposition inaudible, quels scénarios pour la fin du quinquennat Hollande ?

L’opinion est-elle aujourd’hui plus sensible à la vision des frondeurs ? La réponse est non. Si l’opinion critique le gouvernement, ce n’est pas parce que celui-ci a trahi les promesses de campagne, mais parce qu’il est inefficace. Il semblerait, à écouter les frondeurs, qu’ils répondent aux attentes de leur électorat, mais leur postulat de base est erroné : il consiste à dire que le gouvernement est impopulaire, notamment auprès des catégories populaires, parce que sa politique n’est pas assez de gauche. Ils estiment donc qu’il faut un virage à gauche. Or ce n’est pas forcément ce qu’attend l’électorat de gauche : d’après les sondages une grande partie de ce dernier estime que le gouvernement ne va pas assez loin dans son mouvement en faveur des entreprises. Sur le contrôle des chômeurs aussi, l’électorat de gauche n’est pas nécessairement aussi marqué que les frondeurs veulent bien l’admettre. Ce que veulent les catégories populaires, c’est plus de sécurité, d’ordre et de travail, mais aussi et surtout, en dehors de toute considération idéologique, une politique qui fonctionne.

Si le gouvernement n’obtient pas de résultats positifs d’ici 2017, les frondeurs "mourront guéris" : ils pourront dire qu’ils avaient raison, mais en perdant tout de même leur siège. Si Valls réussit, ils seront obligés de reconnaître que sa politique marchait et qu’eux étaient dans l’erreur idéologique : là aussi ils seront perdants. Leur horizon n'est pas très rose.

61 % des Français de droite comme de gauche disaient début janvier que s’ils étaient parlementaires, ils voteraient le projet de loi Macron (voir ici). Les frondeurs représentent quant à eux environ 10 % de l’Assemblée nationale. Cela ne devrait-il pas les alerter sur le décalage qui existe entre eux et une majorité de Français ?

Dans l’esprit des frondeurs et de la gauche de la gauche, si on interrogeait les Français, ces derniers seraient nombreux à se prononcer en faveur de leur vision économique et sociale. Ces dernières décennies, on remarque qu’au premier tour des présidentielles, 8 à 15 % des électeurs votent communiste ou "post-communiste". En outre, au sein de la base militante socialiste, le social libéralisme n’est pas nécessairement la ligne majoritaire : en 2011 aux primaires du parti Martine Aubry dépassait les 40 % de voix.

Cela revient-il tout de même à dire qu’un groupe parlementaire, en dépit de son caractère largement minoritaire vis-à-vis de l'opinion, aurait pu empêcher la loi Macron d’être adoptée ?

C’est le jeu politicien, comme dans tous les pays : des "partis césure" font le lien entre les uns et les autres. Les quelques voix de l’UMP susceptibles de voter pour la loi Macron auraient pu la faire passer, mais ce n’était pas suffisant. Je ne pense pas qu’il faille faire le reproche aux frondeurs de ne pas être représentatifs et de défendre des idées en même temps. A ce jeu-là, la position du FN à l’Assemblée est injuste, au vu de ce que celui-ci représente dans l’opinion. Méfions-nous du culte de la représentativité, car si l’Assemblé Nationale était représentative des équilibres démocratiques, cela se saurait depuis longtemps, surtout compte tenu du mode de scrutin existant. En ce moment les frondeurs fourbissent leurs armes en perspective du congrès du PS. Benoît Hamon notamment est en train de se positionner pour remplacer Cambadélis. Le reproche que l’on peut faire aux frondeurs, c’est de prendre en otage cette loi pour satisfaire des vues électorales internes.

Entre un nombre important de parlementaires qui le paralysent et une opinion qui était plutôt favorable à la Loi Macron, Hollande est-il définitivement bloqué ?

Cette situation n’est pas nouvelle. Les enquêtes d’opinion le montrent, les Français sont de plus en plus favorables à des réformes, quitte à ce qu’elles soient dures, pour relancer la machine. C’est un élément qui pourrait être favorable à Hollande, cependant deux tiers des Français considèrent qu’il n’est pas crédible. Tant que les résultats sur le chômage, la croissance, la dette et le déficit ne se font pas voir, il n’y aura pas de satisfaction.

L’aspect idéologique est secondaire. Une grande partie des Français ne sont pas forcément amateurs de ce spectacle politique. La laïcité, l’intégration, le terrorisme sont des sujets qui  peuvent permettre à la gauche de s’entendre, mais dès qu’on touche à l’économique et au social, le dialogue est rompu. La gauche est tiraillée sur ces questions depuis les années 80, ce qui a d’ailleurs abouti aux coups de gueule de Chevènement puis de Mélenchon. Aujourd’hui la mésentente porte sur la politique d’austérité et sur le cadre européen, ce qui montre que la gauche n’a jamais fait son travail idéologique pour dépasser ce clivage fondamental.

Propos recueillis par GIlles Boutin

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