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Valérie Pécresse après avoir été désignée candidate LR à l'élection présidentielle de 2022, au siège du parti, le 4 décembre 2021.
Valérie Pécresse après avoir été désignée candidate LR à l'élection présidentielle de 2022, au siège du parti, le 4 décembre 2021.
©ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

2022

Valérie Pécresse est chiraquienne… et l’héritière du RPR

« Mon problème avec Valérie Pécresse, c’est qu’elle est chiraquienne ». Une cartouche, deux cibles pour Éric Zemmour sur France 2. Une erreur politique, puisqu’en démolissant d’un trait l’ancien président de la République, il scie la branche sur laquelle il rêve de faire son nid politique : celle d’un RPR mythifié, passerelle entre toutes les droites. Un RPR sur lequel il n’a aucun droit d’héritage, à la différence de Valérie Pécresse.

François Tillinac

François Tillinac

François Tillinac est un chef d'entreprise, tout juste trentenaire, installé à New York depuis plusieurs années.

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Il ne s’agit pas de se joindre à la meute qui court aux basques de l’ancien journaliste. Éric Zemmour est une bouffée d’air frais dans le paysage politique. De par ses analyses qui, depuis trente ans, alertent sur la dissolution de la Nation dans le libéralisme et l’immigration. De par sa campagne, qui aiguillonne la totalité du débat présidentiel sur des thématiques fondamentales pour l’avenir du pays, et que les autres candidats préfèreraient taire ou ne traiter qu’en mode mineur.

Mais Éric Zemmour, homme de systèmes et de raison, se trompe sur Jacques Chirac, sur Valérie Pécresse, et surtout sur le RPR, dont il se revendique régulièrement, et qui était avant tout un vaisseau hétéroclite au service des ambitions de son fondateur. Il est absurde d’en faire aujourd’hui l’archétype de l’union des droites et de fantasmer un courant politique décomplexé et sans tabou qui se serait éteint avec l’UMP, puis les Républicains. Le RPR était un parti sans colonne vertébrale idéologique où cohabitaient des personnalités que tout ou presque opposait : Charles Pasqua et Edouard Balladur, Philippe Seguin et Alain Juppé.

N’en déplaise à Éric Zemmour (comme à Bruno Mégret en son temps), le RPR n’était pas le chaînon manquant entre les Républicains et le Rassemblement National. Son centre de gravité était certes plus à droite que les Républicains aujourd’hui, et Jacques Chirac, qui savait pourtant que « les pâtés réduisent à la cuisson », a sans doute fait une erreur en fusionnant RPR et UDF. Il a fait sauter, sur l’autel de l’efficacité, un fusible qui permettait aux ailes droitières et centristes d’une même famille politique de coexister en s’exprimant pleinement, sans s’aliéner mutuellement. C’est regrettable, mais c’est une autre histoire.

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Oui, Jacques Chirac était un politique. Éric Zemmour s’essaye aujourd’hui au métier. Ses récentes sorties sur le permis à points et le pass sanitaire démontrent qu’il a déjà compris qu’on n’attirait pas les mouches avec du vinaigre. Cela n’absout pas Jacques Chirac, éternel caméléon dont « les promesses n’engageaient que ceux qui voulaient bien y croire » de sa part de responsabilité dans la défiance des Français à l’égard des politiques, et de l’incapacité de la droite pendant des décennies à assumer une ligne claire et cohérente.

Pourtant Chirac, l’ambitieux politique par excellence, a perdu combien d’élections pour ne pas avoir franchi la ligne rouge qu’Éric Zemmour appelle l’union des droites ? C’est ce crime que la droite de la droite n’a jamais pardonné à Jacques Chirac et au RPR, comme elle n’a pas pardonné au général de Gaulle le retrait d’Algérie. C’est parce qu’Éric Zemmour est issu de cette mouvance, qu’il ne saurait se revendiquer héritier du RPR. C’est parce que Valérie Pécresse en est pleinement imprégnée (et on le lui a assez reproché), qu’elle représente aujourd’hui la meilleure chance pour faire barrage à Emmanuel Macron.

Si une part des droites françaises est irréconciliable, cela a surtout trait à deux questions structurantes qui continuent d’obséder l’inconscient des Français : Vichy et la guerre d’Algérie. Éric Zemmour a peut-être raison quand il explique que Pétain a protégé les Juifs français, mais il sort du roman national qu’a écrit le général de Gaulle après la guerre et que les Français de toutes obédiences politiques (ou presque) ont depuis adopté. Il ne s’agit pas de lui faire un procès en sorcellerie, mais juste de constater que son logiciel politique est aux antipodes du gaullisme et de ce que fut le RPR.

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On peut reconnaitre avec Éric Zemmour que Jacques Chirac est arrivé à l’Elysée trop tard, dans un monde devenu trop vieux pour lui. S’il a tenté, brièvement, de gouverner, le mouvement de grève de l’automne 1995, puis la dissolution de 1997, ont eu raison de ses dernières énergies. Son deuxième mandat aura presque été une caricature d’un Chirac « vieilli et usé », ébranlé par le cataclysme politique du 21 avril, et qui a voulu gouverner en « père de la Nation » pour mieux laisser passer son tour. C’est ce Chirac-là qu’Éric Zemmour houspille. Ce n’est pas forcément le seul dont se souviennent les Français.

Le candidat héritier du RPR en 2022 n’est pas Éric Zemmour, mais Valérie Pécresse. Parce qu’elle rassemble autour d’elle des personnalités aussi diverses qu’Éric Ciotti, Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, Michel Barnier, Christian Jacob, François Baroin, et tant d’autres. L’ensemble du caléidoscope de la droite républicaine qu’a toujours été le RPR. Ces droites-là ne sont pas irréconciliables, elles cohabitent bon an mal an depuis 40 ans sous le toit commun du RPR, puis des appellations qui lui ont succédé. C’est un petit miracle que l’on doit à Jacques Chirac et que le cynisme même d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe n’a pas réussi à faire imploser.

Valérie Pécresse est aussi l’héritière de Jacques Chirac. Par son ancrage corrézien d’abord. Mais surtout par son énergie, son ambition assumée et maîtrisée, sa capacité à fédérer les énergies et à rassembler. Une héritière qui n’est pas pour autant un clone. L’époque a changé, les tempéraments diffèrent. Valérie Pécresse est moins politicienne, davantage portée sur l’action. Héritière du RPR, enfin, parce qu’elle est prête à gouverner, individuellement et avec une équipe expérimentée, ce qui nous changera de l’amateurisme que subit la France depuis 2012. Valérie Pécresse a l’énergie pour cela, comme un certain Jacques Chirac avant elle. C’est ne faire injure ni à l’un ni à l’autre que de souligner cette filiation.

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