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Petit bilan des vacances en France
Petit bilan des vacances en France
©REUTERS/Alessandro Bianchi

Été morose

Vacances 2014, le bilan : les Français, l’été... et la crise, année 6

1 million de Français supplémentaires ne sont pas partis cet été. Tout comme le soleil, l'optimisme du tourisme français était aux abonnés absents cette année. Les Français ont revu leur budget vacances à la baisse et la visite d'étrangers sur le territoire n'a pas connu une envolée significative.

Jean-Michel  Hoerner

Jean-Michel Hoerner

Professeur de géopolitique et auteur d'un livre récent, Tourisme et mondialisme, publié chez Balzac Éditeurs avec le concours de l'IEFT-IDRAC en novembre 2013.
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Atlantico : En cette fin de mois d'août, quel bilan économique pouvons-nous dresser des vacances d'été ? Quelle a été l'évolution par rapport à l'année dernière ?

Jean-Michel Hoerner : Le bilan des vacances en France, pour l'été 2014, n'est évidemment pas très bon d'autant qu'en 2013, notre pays a accueilli près de 85 millions de touristes étrangers, soit une hausse de 2% par rapport à 2012. On évoque même une baisse des visiteurs de 4% cet été en France, mais plus de vacanciers français à l'étranger (34% contre 28%). Cependant, les données ne sont guère concluantes sinon pour reconnaître un mauvais été en général.

La préoccupation financière des Français a-t-elle joué un rôle dans la dynamique touristique, le budget "vacances" est-il de plus en plus difficile à réunir ?

Certes, les Français auraient moins à dépenser en raison de la crise et surtout de leur conception très pessimiste de la conjoncture : un budget vacances correspond déjà à un état d'esprit ! Il faut toutefois rappeler que ce budget est très fluctuant pour les classes moyennes populaires, ce qui s'éloigne de l'industrie touristique concernant en premier lieu la classe moyenne supérieure. 

Le tourisme en France est-il toujours aussi fructueux ? Qu'est-ce que cela révèle de la crise économique ?

A-t-on oublié que le tourisme a été inventé en France et en Angleterre ? Peut-on douter que "faire un tour" en France (d'où le terme de "tourisme") soit une activité très recherchée des populations aisées du monde entier ? Le tourisme ne représente pas plus de 7% de notre PIB par hasard et les touristes étrangers participent largement au quelque 140 milliards d'euros que cela représente. Comme partout ailleurs, les séjours moyens des visiteurs étrangers varient de 7 à 10 jours et ils sont très bénéfiques à notre économie. Cela mériterait plus de considération et de professionnalisme. L'expression "tourisme de masse" devrait laisser la place au "tourisme de classe", sans aucune arrière-pensée péjorative... Je rappelle qu'avec Catherine Sicart, nous allons faire paraître un ouvrage intitulé : Le tourisme, une affaire de classe.

Les étrangers venant en France, à plus de 80% des Européens, l'Allemagne en tête, séjournent en moyenne 7,1 jours (+ 2,5% par rapport à 2012), d'où plus de 26 millions de nuitées supplémentaires en 2013. Les Européens ont les séjours les plus courts (6,6 nuitées), surtout ceux qui viennent du Nord pour aller en Espagne ou en Italie et ne passent qu'une nuit sur l'autoroute... Les Russes séjournent 8,9 nuitées et les touristes asiatiques moins de 8 nuitées (baisse de plus de 4%).

Qu'est ce que le comportement des Français cet été révèle de la crise économique actuelle ? 

Les Français tendent à tout dramatiser. D'une part, la crise française est plutôt politique et on n'imagine pas que les Allemands, par exemple, s'émeuvent beaucoup de la baisse de leur PIB de 2%... D'autre part, permettez-moi de vous dire que c'est la presse nationale qui conduit les Français à voir le pire, du moins au coeur de l'été où les conditions météorologiques ont été autrement plus mal vécues. Par ailleurs, vous ne pensez pas que les crimes de l'Etat Islamique en Irak et en Syrie, en suggérant une éventuelle troisième guerre mondiale, sont autrement plus préoccupants ? On s'habitue à tout sauf à la guerre, désormais. 

La crise économique a-t-elle incité les Français à passer leurs vacances en France ou ont-ils avantagé les séjours à l'étranger ?

L'observation de Didier Arino, l'un des directeurs de Protourisme, selon lequel "le temps pluvieux est responsable d'une forte hausse des départs à l'étranger", est-elle juste ? On pourrait plutôt croire qu'on va en Espagne ou au Maroc parce que ces pays sont moins chers... Ou bien faut-il faire la part des choses et chercher de bons prétextes…

Les Français qui ont opté pour l'étranger, ont-ils favorisé des destinations accessibles (Grèce, Portugal, Maroc...), quelle proportion représentent-ils ?  Qu'en est-il des autres destinations étrangères ?

Depuis longtemps, les Français mais aussi les Européens du Nord privilégient les séjours du Sud méditerranéen où la vie est moins chère et le soleil davantage garanti. Eu égard aux conditions de séjours, beaucoup de compatriotes guère très aisés sont sensibles à de tels séjours mais, au niveau des populations aisées, les destinations couvrent le monde entier bien qu'en proportion réduite : l'Amérique du Nord, l'Afrique, l'Asie du Sud et, naturellement, beaucoup moins la Méditerranée orientale en raison des menaces islamistes.

Quelle est l'évolution du nombre de nuitées marchandes en France ? L'hôtellerie a-t-elle souffert de l'économie d'échange de maisons entre particuliers ?

Les données statistiques montrent que les nuitées des touristes étrangers en France (+ 4,6%) croissent plus vite que celle des arrivées (+ 2%) et, qu'en tout cas, la France est de plus en plus attractive pour les Chinois, les Russes et surtout les Américains du Nord, avec une bonne stabilité pour les Européens. On connaît tous les moyens pour faire des économies lors des séjours touristiques, des transporteurs low cost au covoiturage (blablacar), et on imagine la part grandissante des échanges entre particuliers pour loger (succès de l'entreprise américaine Airbnb). Cependant, l'hôtellerie française est-elle à la hauteur ? Les spécialistes ne le pensent pas.

Qu'en est-il de l'activité touristique marchande, y-a-t-il des diversités marquantes par région ? Le climat maussade a- t-il influé cette année ? 

La France est première en accueil des touristes étrangers mais seulement troisième en recettes derrière les Etats-Unis et même l'Espagne. Autrement dit, notre hôtellerie et notre parahôtellerie (résidences hôtelières et touristiques) ne sont pas à la hauteur. Toutes les régions françaises sont concernées, notamment cette année : moins de touristes français en PACA, une crise relative en Aquitaine sauf dans les grandes villes, une baisse d'activité de 10% en Languedoc-Roussillon, les campings des Alpes touchés, la Normandie guère épargnée par le climat et sans doute seulement la Bretagne très satisfaite, malgré la prolifération des chambres d'hôtes et des gîtes. Bien sûr, sauf en Bretagne paradoxalement (l'an prochain, tout le monde ira en Bretagne qui, probablement, sera plus touchée que les autres régions au niveau du temps), le climat estival n'a pas été très bon, même au bord de la Méditerranée.

Au niveau de la visite d'étrangers, quelles sont les évolutions cette année par rapport aux années précédentes ? Le bilan est-il tout de même positif même si le soleil n'était pas au rendez-vous ?

Les touristes étrangers ont été au rendez-vous pendant la saison estivale française, notamment parce qu'ils apprécient les qualités de notre pays et savent qu'il subit un climat tempéré, parfois très agréable et d'autres fois, beaucoup moins. Il faut mieux comprendre ce que représente l'industrie touristique dans le monde et ne pas imaginer qu'elle s'inspire toujours de nos congés payés de 1936 ! Il existe à l'étranger et à peu près partout une classe moyenne supérieure, 5% dans les pays pauvres et plus de 10% dans les riches, qui considère que partir faire un séjour dans un pays, comme le nôtre, reste une consécration. Combien de fois faudra-t-il le répéter ?

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