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Crise : les discours "anti-finance" nous ramènent 200 ans en arrière
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Veau d'or

Crise : les discours "anti-finance" nous ramènent 200 ans en arrière

Le monde de la finance est devenu le grand accusé des deux crises enchaînées de 2008 et 2011. Mais cette mise à l'index est-elle vraiment fondée ?

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel est professeur à l'ESCP-Europe, et responsable de l’enseignement de l'économie aux élèves-ingénieurs du Corps des mines. Il est également directeur de la revue Sociétal, la revue de l’Institut de l’entreprise, et auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie, en particulier américaine.

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Le financier a toujours eu mauvaise presse. L’argent ne produit rien, on le sait ! Si bien que l’Eglise s’est longtemps déchaînée contre l’usurier, purement et simplement assimilé au prêteur. On pensait pourtant que depuis Saint Thomas et l’Ecole de Salamanque, on avait enfin compris le rôle du crédit. Mais il n’en est rien. Dans certains endroits, on en pince pour la « finance islamique » dont la base est de nier le principe de l’intérêt.

En France, on en a pincé pour Eric Cantona qui nous expliquait que les banquiers se font leur beurre en prêtant nos sous ; sans voir que ce n’est pas parce qu’ils ont des dépôts que les banquiers font crédit mais parce qu’ils font crédit que nous avons des dépôts. En Allemagne, on surveille la BCE comme le lait sur le feu de peur qu’elle ne crée de la monnaie sans comprendre que ce n’est pas elle qui crée la monnaie mais les banques commerciales et qu’elle se contente en les refinançant de changer la nature de la monnaie déjà créée.

La régression intellectuelle nous gagne et la pensée économique, entre les défenseurs néo-mercantilistes de la « compétitivité », les protectionnistes patentés qui se cachent derrière des néologismes ridicules comme la « démondialisation » et les pourfendeurs de la finance, se balade désormais entre le Moyen-Age et le XVIIe siècle.

Pourtant pour faire de la croissance économique il faut donner du temps à l’investisseur avant qu’il ne commence à toucher les fruits de son investissement. Les économistes classiques comme Ricardo créèrent la notion de « fonds de salaire », correspondant à une année de salaires. Pourquoi ? Parce qu’une année de salaires, ce sont les montants versés par tout agriculteur à ses employés entre le moment de l’investissement- la semence- et le moment où il commence à percevoir des revenus- la récolte. Dès le début de l’économie, il a donc dû concevoir comment gérer le temps. Et cela porte un nom : la finance. Ce temps peut être celui de la nanoseconde quand les salles de marché agissent dans la frénésie ou celui de l’éternité quand les États émettaient des rentes perpétuelles. Comme toute activité, la gestion du temps, qui signifie appréciation du risque, mérite rémunération : c’est l’intérêt versé, le prix des actions, c’est la vie de l’ensemble des marchés financiers.

A-t-elle failli cette finance ? Si la crise a une composante financière, le problème ne vient pas de l’essence de la finance mais des interventions permanentes des États pour la réguler. La finance étant une activité commerciale, on doit pouvoir y faire faillite comme dans n’importe quelle activité. A passer son temps à la règlementer pour y éviter justement des faillites, on perturbe le système et on crée plus de problèmes que l’on en résout. Ce que demande la population, ce n’est pas l’impunité commerciale des banquiers, c’est la préservation de ses dépôts. Qu’on assure les dépôts et qu’on laisse mourir les banquiers incapables. Conclusion : cessez de fantasmer sur la finance, cessez de la stigmatiser et laissez la concurrence la réguler…

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