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Une nouvelle étude britannique le prouve : les démences liées à l’âge ne sont pas une fatalité… voici comment les prévenir (à défaut de pouvoir les guérir)
©Pixabay

Se creuser la tête

Une nouvelle étude britannique le prouve : les démences liées à l’âge ne sont pas une fatalité… voici comment les prévenir (à défaut de pouvoir les guérir)

En 2015, on recensait 48 millions cas de démence dans le monde. Les diagnostics sont en hausse dans les pays en développement mais tendent à reculer dans les pays développés, comme en Grande-Bretagne où on constate un recul annuel de 40 000 cas par an, chez les hommes.

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Fabrice Gzil

Fabrice Gzil, docteur en philosophie, est responsable des réseaux à l’Espace éthique Île-de-France et chercheur associé au CESP (Inserm/Université Paris Saclay), Equipe « Recherche en éthique et épistémologie ». Il est notamment l'auteur de La maladie d’Alzheimer : Problèmes philosophiques (PUF, 2009) et de La maladie du temps. Sur la maladie d’Alzheimer (PUF, 2014). 

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Atlantico : Quelles maladies le terme "démence" englobe-t-il ?

Fabrice Gzil : Les "démences", ou syndromes démentiels, sont des altérations progressives des fonctions cognitives, qui entrainent des difficultés croissantes dans la vie quotidienne. De nombreux phénomènes peuvent être à l’origine de ces troubles cognitifs chroniques, évolutifs et invalidants : maladies neurodégénératives, accident vasculaire cérébral, encéphalopathie traumatique, alcool, exposition à des pesticides… Chez les personnes très âgées, les syndromes démentiels sont souvent dus non pas à une seule maladie, mais à la combinaison de plusieurs phénomènes : vieillissement cérébral, mécanismes dégénératifs (par exemple de type Alzheimer), lésions vasculaires…

Est-ce un syndrome qui se développe dans le monde ?

L’Association Alzheimer’s Disease International estime que 48 millions de personnes étaient atteintes de démence dans le monde en 2015, et que ce nombre va presque doubler tous les vingt ans, pour une large part en raison de l’augmentation du nombre de personnes atteintes dans les pays en développement. Les cas de démence affichent une nette baisse au Royaume-Uni, en particulier chez les hommes (-40 000).

Plusieurs études, européennes et nord-américaines, montrent des résultats analogues. Mais il ne faut pas se tromper ! Ces études ne montrent pas une baisse du nombre de cas. Elles montrent une baisse de la prévalence et de l’incidence relatives : dans une même classe d’âge, par exemple entre 70 et 80 ans, la proportion de personnes atteintes a diminué au cours des trois dernières décennies ; et alors même que le nombre de personnes âgées a beaucoup augmenté depuis les années 1980, le nombre de nouveaux cas de démence par an n’a pas beaucoup progressé. En d’autres termes, les générations nées plus récemment ont un risque statistique plus faible de développer des troubles cognitifs incapacitants que les générations nées plus tôt. C’est une nouvelle très importante. Cela signifie que nous sommes déjà en train de faire des progrès en matière de lutte contre les démences, alors qu’il y a peu de temps encore nous ne le savions pas. Mais il faut garder à l’esprit qu’en valeur absolue, comme l’espérance de vie s’allonge, le nombre de personnes atteintes de troubles cognitifs chroniques et évolutifs continue d’augmenter. Notons aussi que dans les études britanniques auxquelles vous faites référence, c’est dans la population masculine que la prévalence et l’incidence de la démence ont diminué, et que la proportion de cas de démence est restée importante chez les populations à faible revenu.

Constate-t-on une même baisse des cas de démence en France ? Si oui pourquoi ? Si non, pourquoi ?

En France, l’équipe du Professeur Dartigues s’est intéressée à l’évolution de la prévalence de la démence en milieu rural et agricole. Elle a comparé deux échantillons d’agriculteurs suivis dans deux cohortes épidémiologiques, PAQUID et AMI. Ces travaux montrent, eux aussi, une baisse significative de la prévalence relative des déficits cognitifs avec incapacité. Ils suggèrent que dans cette population, la prévalence relative a baissé de 38% en 20 ans. La même équipe a récemment observé une diminution de l’incidence de la démence chez les femmes, entre les années 1990 et les années 2000.

Comment expliquer ce phénomène ?

Plusieurs hypothèses ont été évoquées pour expliquer ces évolutions : un style de vie plus sain pendant l’âge adulte (alimentation, activité physique, arrêt du tabac…) ; la poursuite d’une activité physique et intellectuelle et le maintien d’une vie sociale avec l’avancée en âge ; un meilleur contrôle des facteurs de risque vasculaires (hypertension, cholestérol, diabète…) et psychologiques (anxiété, dépression) ; mais aussi une amélioration globale de l’état de santé et des conditions de vie, une augmentation du niveau d’études, et l’activité professionnelle des femmes.

Quelles conclusions peut-on en tirer ?

Ces études nous rappellent que la survenue, au cours du vieillissement, de troubles cognitifs invalidants n’est pas une fatalité. Elles suggèrent qu’un mode de vie plus sain, au cours de la vie adulte, peut réduire le risque de développer un syndrome démentiel à un âge avancé. Cela signifie qu’en parallèle des efforts importants qui sont actuellement mis en œuvre pour mettre au point des traitements contre les pathologies qui entraînent des troubles démentiels (comme la maladie d’Alzheimer), il serait souhaitable de mettre en œuvre d’ambitieuses politiques de prévention primaire. Mais n’en tirons surtout pas la conclusion que les individus qui ont des troubles cognitifs sont responsables de ce qui leur arrive ! Les enseignements que l’on peut tirer des études épidémiologiques sont d’abord populationnels. Ce que montrent les études indiquant une baisse de la prévalence et de l’incidence des syndromes démentiels, c’est d’abord qu’il ne faut pas relâcher nos efforts en matière de santé publique (en particulier concernant les facteurs de risques vasculaires). Mais ne négligeons pas les dimensions sociales du phénomène ! Si une population en meilleure santé et mieux éduquée a un risque plus faible de développer une démence, et s’il est confirmé que la baisse de la prévalence est moindre chez les femmes et chez les populations à faible revenu, alors nous sommes face à des inégalités sociales. En d’autres termes, il faudra une approche globale pour réduire le risque, ou retarder la survenue, des troubles cognitifs chroniques et invalidants.

Propos recueillis par Thomas Gorriz

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