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France
Une avenue pour Napoléon. A Paris, René Coty a sa rue. Mais pas Napoléon...
©TOMMY CHENG / AFP

Souvenirs, Souvenirs !

Une avenue pour Napoléon

A Paris, René Coty a sa rue. Mais pas Napoléon...

Antoine de Tournemire

Antoine de Tournemire

Antoine de Tournemire est journaliste, entrepreneur et éditeur français.

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En ce bicentenaire de la mort du Français le plus célèbre du monde, Paris, qui lui doit tant, n’a toujours pas honoré son grand homme en lui donnant le nom d’une rue*. Depuis des lustres, la capitale baptise ses plus de 6000 rues du nom de contemporains souvent vite oubliés. Et fait l’impasse sur un héros majeur de notre récit national.

Une pétition demande à la maire de Paris, Anne Hidalgo, de nommer une artère de la capitale du nom de Napoléon.

Paris est à côté de la plaque. Paris a honoré les hommes de l’empereur. De nombreux espaces publics portent le nom de militaires de tous grades ou de régiments ayant combattu pour l’Empire. Tous les maréchaux de l’Empire ont leurs boulevards. Les conseillers et généraux victorieux de Napoléon ont leur rue : du capitaine Coignet au général Cler en passant par Monge, Kléber, Daumesnil, Duroc, Caulaincourt, etc.). Même son secrétaire particulier, Las Cases, a sa rue… Mais pas Napoléon ! Paris honore ses victoires flamboyantes telles que Austerlitz, Wagram, Iéna, Rivoli, Friedland, etc. Mais pas leur génial stratège !

Une injustice à plusieurs égards. Pas seulement pour Napoléon. Pour la mémoire de tous les Français ! Napoléon a créé les institutions majeures de la France moderne telles le Sénat, le Conseil d'Etat, les Archives nationales, les préfets, le Code civil, les conseils de prud'hommes, le code du commerce, le cadastre, la Cour des comptes, le Code pénal, les cours d'assises… Il a créé dans le domaine financier la Banque de France, le Trésor public ou le Franc germinal ! Dans le domaine de l’éducation, on lui doit Le Baccalauréat, les lycées, l'université (en tant qu’institution d’Etat), les écoles normales, Saint-Cyr ou l’X… Paris est bien ingrate pour celui qui agrandit et transforma le palais du Louvre en musée, creuse le canal de l'Ourcq, éclaire Paris au gaz, ordonne l'arc de triomphe du Carrousel et celui de l'étoile ou l'église de la Madeleine. Et fit ériger la colonne Vendôme, le palais Brongniart, le Pont des Arts ou institua la numérotation des rues… Il révolutionna la vie quotidienne des Français avec le premier régime de retraite des fonctionnaires, la conduite à droite, le retour au calendrier grégorien, l'interdiction du travail pour les enfants de moins de 10 ans dans les mines,  la liberté de culte, le Consistoire, la Comédie française. Et même le drapeau tel que nous le connaissons...

Deux griefs pour justifier le bannissement idéologique de Napoleon : l’esclavage et les guerres meurtrières.

En 1802, Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage et la traite hors du sol de France**. Tous les pays du monde - à l’exception du Portugal - pratiquent alors ce que l’on qualifie bien plus tard de “crime contre l’Humanité”. Cette décision ne fut pas idéologique mais économique. L'affranchissement des esclaves créa, en effet, une concurrence déloyale entre la France et la Grande-Bretagne capable de produire, notamment, de la canne à sucre à moindre coût. Surtout cela créa des émeutes dans les îles et l'allégeance de colons français à la couronne britannique…

Un problème idéologique

On n’honore pas Napoléon car ses guerres ne seraient  pas «républicaines». Contrairement, par exemple, aux guerres coloniales de la IIIème République. Ainsi le grand conquérant colonialiste Jules Ferry a plus de rues à son nom que Napoléon Bonaparte...

Ses guerres furent meurtrières, c’est une triste évidence. Mais ces guerres furent en partie le prolongement de guerres révolutionnaires. Et Si elles furent meurtrières, elles le furent bien moins que la Guerre de Trente Ans ou la Première Guerre mondiale…

Un jugement hystérique

Au fond, la vraie erreur de l’homme contemporain est de lire l’histoire avec sa grille de lecture et ses valeurs du moment. Un jugement très relatif et donc faussé. A ce triste jeu-là, il faudra rapidement déboulonner la statue de Vercingétorix pour son racisme supposé. Ou bien Jeanne d’Arc pour sa xénophobie. André Citroën en raison de sa participation criminelle au “tout-voiture” ? Sans parler de personnalités que l’on jugera indignes en raison de leur silence coupable face aux violence faites aux femmes, ou leur scepticisme face au spécisme…

L’historien Marc Bloch soutenait que les jugements de valeur n'avaient guère d'intérêt dans le travail historien. D'autant moins que "nous ne pouvons plus rien" quant au passé.  Acceptons que tout personnage historique possède une part d’ombre, présente une complexité qui ne se réduit pas à l’image qu’il projette. Un personnage sans tache qui fait l’unanimité n’existe tout simplement pas.

Notre pays se fragmente. Réconcilions les Français et tous leurs grands hommes ! La ville de Paris devrait profiter de bicentenaire pour rebaptiser l’avenue de la Grande Armée du nom de leur empereur. L’avenue Napoléon, au pied de l’Arc de Triomphe, rapprocherait le Soldat inconnu et tous les Français, du plus célèbre de nos héros.

En savoir plus sur la pétition “Une avenue pour Napoléon”.

 

*La rue Bonaparte célébrant, rappelons-le, le Premier consul au mépris de l’empereur.

**Il l'abolit par décret le 29 mars 1815.

 

Antoine de Tournemire

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