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"L’Alternative est à la fois plus centrale et beaucoup plus hostile au FN que ne l’était feu l’UDF d’avant Maastricht."
"L’Alternative est à la fois plus centrale et beaucoup plus hostile au FN que ne l’était feu l’UDF d’avant Maastricht."
©Reuters

Retour vers le futur

UMP UDI-Modem : pourquoi ça n'est que partiellement un retour à la case RPR-UDF

Après plus de onze ans de séparation, Jean-Louis Borloo et François Bayrou ont scellé ce mardi le rapprochement de leurs deux formations, l'UDI et le MoDem, pour les élections de 2014. Si certains observateurs évoquent la renaissance de l'UDF, ce nouveau parti, "l'Alternative", apparaît beaucoup moins à droite que son prédécesseur.

Thomas Guénolé

Thomas Guénolé

Thomas Guénolé est politologue et maître de conférence à Sciences Po. Son dernier livre, Islamopsychose, est paru aux éditions Fayard. 

Pour en savoir plus, visitez son site Internet : thomas-guenole.fr

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Atlantico : L'UDF était un parti ouvertement libéral et on se souvient même que certains de ses membres ont rejoint le FN dans les années 90. L'ancien parti centriste était-il finalement beaucoup plus à droite que l'Alternative ?

Thomas Guénolé :  Oui, incontestablement. Avant les multiples scissions à partir du référendum de Maastricht, feu l’UDF incluait des personnalités de la droite libérale comme Alain Madelin, de la droite chrétienne traditionnelle comme Christine Boutin et Philippe de Villiers, du centre-droit comme Dominique Baudis, et de l’extrême centre comme Pierre Méhaignerie. Si l’extrême centre, comme son nom l’indique, était prêt au non-alignement et donc à éventuellement gouverner avec la gauche social-démocrate, dans son ensemble l’UDF était ancrée au centre-droit avec un très fort marqueur de droite libérale.

L’Alternative, elle, présente des courants plus divers. Elle inclut des personnalités de la droite libérale, mais sans compromissions avec l’extrême droite, alors que l’aile libérale de feu l’UDF avait accepté, après avoir fait sécession derrière Alain Madelin, des transfuges de l’UDF ayant passé des alliances avec le FN. Elle peut inclure des personnalités qui ont des repères moraux personnels chrétiens, mais pas des personnalités de droite chrétienne traditionnelle comme jadis Philippe de Villiers. Elle inclut des personnalités d’extrême centre comme François Bayrou, mais plus radicales que celles de feu l’UDF, puisqu’elles sont allées jusqu’à mettre en pratique le non-alignement. Cependant, l’Alternative inclut également des personnalités écologistes, comme Jean-Louis Borloo qui vient d’Europe Ecologie et Chantal Jouanno qui vient de la sensibilité écologiste de l’UMP. Elle inclut également des transfuges gaullistes de l’UMP qui ont refusé la lepénisation de la droite, comme Yves Jégo. Elle inclut même des transfuges du PS qui ont radicalisé leur rejet social-démocrate de la gauche marxiste, comme Jean-Marie Bockel. Bref, dans son ensemble, l’Alternative est à la fois plus centrale et beaucoup plus hostile au FN que ne l’était feu l’UDF d’avant Maastricht.

Les ténors de l'UDI s'étaient prononcés en faveur du mariage homosexuel. Est-ce que des membres éminents de l'ancienne UDF auraient pu tenir une telle position ?

En aucun cas. À l’époque de feu l’UDF d’avant les scissions à partir du référendum de Maastricht, l’identité politique démocrate-chrétienne était omniprésente dans les repères doctrinaux de ses cadres, alors que c’est aujourd’hui une référence résiduelle mentionnée comme simple héritage. De fait, l’UDF de l’époque aurait été vent debout contre l’extension du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe, mais plus largement, elle aurait été vent debout contre toute position contraire aux repères moraux chrétiens sur les sujets de société : la fin de vie et le droit de vote des immigrés, par exemple.

Aujourd’hui, si de par leurs propres origines sociologiques la majorité des élus de l’Alternative restent sur des positions de cet ordre, en revanche ses ténors d’envergure nationale ont systématiquement des positions libérales sur les sujets de société : Jean-Louis Borloo, Hervé Morin, Yves Jégo, Chantal Jouanno, Rama Yade, même si les positions de François Bayrou sur ces sujets sont plus réticentes et si les mêmes tendent dans leur ensemble à dire non sur les revendications gay non-satisfaites comme la GPA et la PMA.

Cela étant, les cadres de l’Alternative ne sont pas tous conscients du très puissant vivier électoral que représente aujourd'hui un positionnement libéral sur les sujets de société. Par exemple, les électeurs qui se considèrent eux-mêmes de droite ou de centre-droit sont massivement pour le droit à l’euthanasie. Or, pour ainsi dire aucune personnalité de l’UMP ou de l’Alternative ne s’est prononcée pour.

Pour l’anecdote, l’Alternative pourrait légitimement avoir un logo et un drapeau relativement proches de ceux du mouvement LGBT : le bleu clair pour le centre-droit, le jaune pour la droite libérale, l’orange pour l’extrême centre, le bleu foncé pour le gaullisme, le vert pour l’écologie, et le rose pour la social-démocratie.

Parallèlement, l'UMP actuelle est-elle vraiment comparable au RPR des années 90 ?

Pour l’essentiel, oui, mais avec des excroissances. Comme le RPR, l’UMP fédère la droite gaulliste, la droite libérale et la droite sécuritaire, ce qui correspondait jadis à Jacques Chirac, Edouard Balladur et Charles Pasqua. En revanche, contrairement au RPR, l’UMP a une branche de centre-droit, certes vieillissante et limitée à une population d’élus, qui a fait son exode de l’UDF à l’UMP en 2011-2002, lorsque Jacques Chirac et Alain Juppé avaient promis, sans donner suite, une UMP organisée en courants sur le modèle du PS, avec des postes répartis équitablement entre la droite et le centre. Autre différence, l’UMP est flanquée d’une aile libérale bien plus forte que celle de feu le RPR : c’est une survivance, elle aussi vieillissante, des élus de ‘Démocratie libérale’ qui sont partis en bloc de l’UDF en 1998 derrière Alain Madelin. À la différence de l’aile libérale de l’Alternative, elle inclut des élus qui ont pu nouer des alliances avec le FN ou partager beaucoup de ses idées.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

A lire également, de Thomas Guénolé : "Nicolas Sarkozy, chronique d'un retour impossible ?" (First éditions), 2013, 16,90 euros. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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