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Travaux à Paris : « Je creuse donc je suis ! »
©PASCAL PAVANI / AFP

Journal de Paris

Travaux à Paris : « Je creuse donc je suis ! »

En 2018, 6.284 chantiers se sont tenus sur les 1.700 km de la voirie parisienne, soit un chantier tous les 270 m !

Florence Berthout

Florence Berthout

Florence Berthout est maire divers droite du 5e arrondissement de Paris.

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Les Parisiens sont exaspérés par ces séances imposées de gymkhana sur les trottoirs, des bruits de chantier incessants sans compter les répercussions sur la circulation, et par là même, la pollution.

Les barrières grises et vertes fleurissent en ce printemps dans tous les coins de Paris.. Les travaux semblent se poursuivre comme l’histoire sans fin, souvent pour n’aboutir qu’à des changements cosmétiques.

La mairie de Paris rejette la faute sur les autres, estimant qu’elle n’est responsable que de 7 % des chantiers. Mais ce sont les plus lourds et les plus pénalisants. Les gilets jaunes seraient même les coupables tout désignés des chantiers qui durent. C’est doublement faux : ils ne manifestent pas dans toute la capitale et les demandes de la Préfecture de Police de sécuriser les emprises de chantiers ne sont que rarement traitées par la Ville.

En tant que propriétaire de l’espace public, la Ville de Paris est responsable de la coordination des chantiers. Il s’écoule souvent plusieurs semaines avant que le trottoir soit de nouveau bitumé et l’emprise de chantier enlevée. La Mairie de Paris a même instauré une forme de tolérance. L’entreprise dispose de 6 semaines pour recouvrir le trottoir. Sans action, l’entreprise est mise demeure de le faire sous 2 semaines, dans le cas contraire, la Ville de Paris réalise les travaux dans les 2 semaines suivantes. Au total, il faut donc attendre deux mois et demi pour que la Ville de Paris reprenne la main en cas de défaillance. Pour y remédier, j’ai proposé en vain d’instaurer une astreinte : les entreprises qui ne terminent pas leurs travaux dans les délais seraient sanctionnées financièrement.

Symptôme de cette incapacité à coordonner les interventions sur la voirie : la Ville ne sait pas ce qui se cache dans le sol parisien. Le nouveau prestataire de Vélib’ a dû attendre de longues semaines pour savoir où brancher ses nouvelles stations. Les services interrogent à tour de rôle les entreprises qui mettent deux à trois mois à répondre. En 2019, il existe cependant des outils numériques pour connaître en temps réel l’état des réseaux souterrains.

La situation est paradoxale, malgré cette multiplicité de chantiers, les rues de Paris n’ont jamais été en si mauvais état. Les crédits d’investissements pour la voirie sont en baisse de 60 % depuis 2014. Le budget pour la réparation des trottoirs a été divisé par trois entre 2014 et 2018. Dans le même temps, les indemnisations versées aux piétons ou cyclistes victimes d’une chute en raison du mauvais entretien de la voirie ont été multipliées par 3. En 2018, la Ville a consacré à peine plus à l’entretien d’urgence de la voirie (1,4 M€) qu’aux indemnisations (0,8 M€).

Depuis plusieurs années, les services de la Ville de Paris semblent préparer une véritable thèse sur la question des pieds d’arbres : par quoi faut-il les recouvrir ? Il y a les partisans des grilles d’arbres, de la résine ou de la « végétalisation spontanée », c’est-à-dire les laisser en friche. Le service de la voirie et celui des espaces verts ne parviennent pas à se mettre d’accord. D’études en expérimentations, en attendant, les pieds d’arbres sont à l’abandon.

Depuis 2014, la Maire de Paris creuse les rues de la capitale aussi vite qu’elle creuse la dette des Parisiens. A croire qu’elle a fait sienne cette devise que les Shadoks ne renieraient pas « je creuse donc je suis ».

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