Toujours fraîches et neuves : pourquoi il est totalement improductif de comparer les crises économiques entre elles | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
La crise de 1929 ne peut pas se comparer à celle de 2008.
La crise de 1929 ne peut pas se comparer à celle de 2008.
©Reuters

Nouveauté

Toujours fraîches et neuves : pourquoi il est totalement improductif de comparer les crises économiques entre elles

La crise de 1929, sœur ainée de celle de 2008 ? La comparaison ne résiste pas à l'analyse, tant chaque crise est unique.

Pascal Ordonneau

Pascal Ordonneau

Pascal Ordonneau est l'ancien patron du marketing chez Citibank, ancien Directeur général des groupes Crédit Lyonnais et HSBC.

Il a notamment publié La désillusion, abécédaire décalé et critique de la banque et de la finance, paru aux éditions Jacques Flament en 2011.  Il publie également "Au pays de l'eau et des dieux"

Il tient également un blog évoquant les questions économiques et financières.

 

Voir la bio »

Depuis quelques temps, l’image de la ligne Maginot m’obsède, tranchée 14-18 revisitée 1930 avec tout le confort moderne, les toilettes protégées contre les Shrapnels, le couvert assuré contre la pluie et les obus et le gîte aéré et filtré. Elle était parfaite cette ligne Maginot avec ses petits wagons qui permettaient d’aller d’un fortin à un autre, avec ses canons rétractiles, ses cantines et ses dortoirs. La guerre en équipes trois huit !

Alors qu’elle appartient à un lointain passé, la ligne Maginot, est comme une plainte assourdie qui me parvient chaque fois que le mot « Crise » résonne.

Cette plainte dit que la ligne Maginot n’avait servi à rien. On s’était trompé de guerre.

Que s’est-il passé depuis 2008 ?

Plus de cinq ans ont passé et l’Europe,  « champ sublime où tant de peuples se mêlèrent en tant de néants », est toute tremblante. Les sonneries de la bataille se sont tues. Errent çà et là, en vainqueurs fatigués, les régiments issus de quelques provinces éloignées, les Portugais, les Espagnols et les Irlandais. Ils n’ont plus de munitions depuis longtemps, plus un rond, plus un crédit public. Ils n’ont plus toujours la force ni le courage de s’atteler à une charrue pour simplement faire droit le sillon.

Sur leurs têtes en vols circulaires, planent, inquiétants, quelques charognards. Ce ne sont plus les douces voyelles AAA triplement répétées, ce sont les consonnes de la détresse, les BBB, les CCC, les Junk, junk, junk. A chacun de leurs cris, ils précipitent leurs victimes dans une horreur plus profonde. « Tu désertais », confiance, « et le sort était las ».

Et si on s’était trompé de crise ?

Les 20 du G 20 étaient heureux ! Ils pensaient avoir bloqué le retour de la gueuse, la vieille, celle qui avait marqué tous les esprits au fer rouge et au fer de la guerre, il y a plus de 80 ans : la Crise de 1929.

La Crise de 1929, sœur ainée de 2008 ? Les Français aiment ces récurrences, ces grandes vagues qui font rouler les océans, qui avalent les bateaux et dévorent les côtes. La première guerre mondiale venait à peine de s’achever, comme (n’est-ce pas la même chose) la Guerre froide, cette guerre qui n’avait jamais éclaté. Le monde n’était-il pas fait d’empires occidentaux, comme aujourd’hui… mais les empires sont « privés » formés qu’ils sont de firmes multinationales et de Banques valant parfois chacune plusieurs PIB. L’Europe était divisée en une poussière d’Etats, rivaux et prêts à reprendre les armes. Comme aujourd’hui : n’a-t-on pas en face de nous une chancelière de fer et une Angleterre qui rêve d’un retour à l’Empire par le moyen de ses banques ?

Pourtant, nous avons renoncé à envahir la rive gauche du Rhin et Bâle III n’a rien à voir avec le retour à l’or quand, enfin, la livre parut retrouver ses couleurs de 1913. Quant à la Révolution Russe, il faut avoir de l’imagination pour en comparer les caractères économiques à l’émergence des BRIC !
Une chose est sûre : la France n’a pas occupé la Ruhr malgré toutes les provocations de la Chancelière de fer ! La Ruhr comme autrefois ? Mais, de nos jours, la Ruhr ne vaut pas un Deutsche Mark !. Pourtant, un sentiment d’effroi saisit l’Europe entière, et le monde qui voit l’Europe sombrer, et même le FMI qui refait ses calculs : et si on s’était trompé de crise ?

Les crises ne reviennent pas, elles surviennent, fraiches et neuves

C’est alors que les gouvernements du monde en général et de l’Europe en particulier en viennent à des questions nouvelles : « Et si, la Vieille Crise avait été terrassée en 1945 et, depuis, n’avait jamais bougé de sa tombe? Et si, les dépenses engagées, l’or ressorti des coffres-forts, les billets imprimés, les dettes des Etats largement distribuées sur la surface de la planète ne servaient qu’à nourrir un vain combat ». Les grands empires modernes industriels, commerçants, de services, bancaire et financier ne sont-ils pas toujours plus dynamiques riches et puissants ? Ne sont-ils pas l’exact opposé des trusts et konzerns en déconfiture de la vieille crise, celle de 1929 ?

Aujourd’hui, le Roi est nu… les chefs d’Etats se regardent, puis considèrent leurs dépenses et enfin leur endettement. Ceux qui n’avaient de dettes que raisonnables sont devenus pareils à des prodigues. Ceux qui n’avaient que trop sollicité les bailleurs de fonds, maintenant les font fuir. Et sur toutes leurs têtes, les agences de notation tournoient et plongent « BBB, CCC, Junk, Junk ». Même les plus vertueux, ceux qui avaient bien voulu endetter l’Etat mais qui tenaient à la pureté du bilan de la Banque Centrale Européenne comme les Romains à la virginité des Vestales, ceux-là aussi, les autres ayant plongé, commencent à sentir les éclaboussures. Leurs collègues dépenaillés, défaits et déconfits, attendent qu’ils basculent à leur tour.

Et si, en 1929, on avait appliqué les recettes de 1848 ?…

En Avril 2009, on entendait : « Dispensez vos talents et dépensez-les, vous noierez la crise hideuse dans le nouveau Nil ».  Aujourd’hui que nous dit-on ? Faites remonter les eaux du Nil vers leurs sources ! Apurez vos dettes ! Craignez les Assignats et leurs frères allemands de l’hyperinflation ! Ne pensez plus aux ruisseaux qui joignent leurs eaux en rivière ! Réduisez vos activités, peu importe le chômage, peu importe la croissance ! Payez vos créanciers ou craignez le pire, la récession, la ruine puis la faillite. Et tous de pleurer, de verser dans les fossés et de s’efforcer d’échapper aux agences qui tournoient et aux investisseurs qui foudroient.

C’est là que je me suis levé pour aller dans la plaine et parmi les forêts, sur les pitons et au milieu des collines, suivre le cheminement de la ligne Maginot. Non loin, la crise grondait et rougeoyait,  brasier affreux qui imposait qu’on ne pensât qu’à elle.

Et, comme j’allai au milieu de ces machines de guerre que la guerre avait dédaignée,  il me vint que si on avait cherché une crise de référence précédant de 80 années la Vieille crise, celle de 1929… on aurait trouvé, celle, gravissime de 1848, avec son cortège de famines, de faillites et de fureurs révolutionnaires. J’allai encore, laissant ma pensée sans guide et sans rêne. « Et si, en 1929, on avait appliqué les recettes de 1848 ? ».
Absurde ? Je trouvais pour me reposer une casemate en très bon état. Absurde, évidemment.

En 1849,  je m’en souviens, le Roi de Prusse avait refusé la couronne impériale.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !