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Happiness therapy

Thérapie de couple : pourquoi faire chambre à part pourrait s'avérer très salvateur…

8% des couples français font chambre à part et 8% désirent le faire. C'est une solution valable pour des couples qui connaissent certaines difficultés. Il faut cependant bien faire attention à ce que son partenaire comprenne cette décision pour qu'elle ne soit pas interprétée comme un signe d'éloignement.

Jean-Claude Kaufmann

Jean-Claude Kaufmann

Jean-Claude Kaufmann est sociologue spécialiste des couples et de la vie quotidienne.

Il est l'auteur de "Mariage, petites histoires du grand jour de 1940 à aujourd'hui" aux éditions Textuel et de "Un lit pour deux, la tendre guerre", Lattès, 2015, 18 €. Il tient également un blog.

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Atlantico : Certains couples vantent les mérites de faire chambre à part. Est-ce la solution idéale pour préserver son couple ? Quels sont les avantages d'une telle solution ? Qui sont les personnes concernées ?

Jean-Claude Kaufman : J’avais lancé un appel à témoignage pour savoir comment cela se passait dans les couples pour dormir ensemble. Car ce n’est pas une petite question, nous passons quand même près d’un tiers de notre existence dans notre lit ! J’ai tout de suite reçu beaucoup de réponses sur mon blog, plus de 200. Et parmi ces 200, il y avait un important sous-groupe, très motivé et très passionné : les couples faisant chambre à part. Ils voulaient à tout prix prendre la parole, pour expliquer et expliquer encore, proclamer à tout le monde que s’ils faisaient chambre à part, cela ne signifiait pas que leur couple allait mal, pas du tout. Au contraire, ils expliquaient que cette décision avait sauvé leur couple, que la tension et les agacements augmentaient auparavant, l’atmosphère était devenue électrique.

La chambre à part avait soudain détendu leurs relations, en leur donnant une respiration personnelle dans cet espace à soi. Ils expliquaient qu’en plus cela avait amélioré leurs relations sexuelles, maintenant davantage choisies, qu’il fallait décider du moment, se préparer pour la rencontre amoureuse ; tout un nouveau cérémonial qui brisait les routines. Mais évidemment on ne gagne pas sur tous les tableaux avec la chambre à part. On perd la complicité et le charme ordinaire de la présence auprès de soi de l’être aimé au cœur de la nuit. Il n’y a bien sûr aucune raison de faire chambre à part quand cette complicité continue à opérer même après trente ans de vie commune. C’est surtout quand il y a des problèmes de cohabitation dans le lit (notamment quand le sommeil de l’un des deux se fragilise) que la décision de faire chambre à part peut s’imposer.
Les personnes concernées sont très majoritairement de jeunes séniors, vers 50-60 ans, à l’âge où souvent une chambre se libère après le départ des enfants (car pour faire chambre à part, il faut une chambre disponible, et ce n’est pas donné à tout le monde !). C’est une vraie tendance, en très fort développement aujourd’hui. De façon plus marginale, on commence cependant à voir de jeunes couples qui dès le début décident de vivre ainsi.

Cette solution est-elle recommandable pour un couple qui bat de l'aile ?

Tout dépend à propos de quoi ce couple bat de l’aile, car il y a mille cause, mille manières différentes pour un couple de dysfonctionner. Mais il est vrai que beaucoup de couples évoluent mal parce qu’il y a surtout une difficulté à partager le quotidien. Tout énerve, tout agace dans les façons de faire de l’autre, surtout dans les lieux de rapprochement des intimités ; dans l’auto, autour de la table des repas, et dans le lit bien sûr. Il s’agit le plus souvent de crispations idiotes, qui peuvent finir par contaminer l’ensemble des relations, voire provoquer une crise grave dans le couple. Dans des cas comme celui-là, si le conjoint agace dans le lit parce qu’il ronfle ou qu’il se couche au milieu de la nuit en soulevant brutalement la couette, provoquant ainsi un courant d’air, si le sommeil se fragilise et que l’on devient aigri parce que l’on dort mal, alors oui, c’est une solution tout à fait recommandable !

Cette forme de vie commune n'est pas traditionnelle. Comment faire en sorte que son partenaire ne prenne pas mal la décision de dormir dans une autre chambre ? Quelles sont les recommandations pour que cette expérience se déroule bien ?

Souvent il y a un très gros problème de communication, car le partenaire conjugal ne comprend pas du tout cette décision, surtout si c’est un gros dormeur, qui, lui, n’a pas le moindre problème dans le lit commun. Entendre que son mari ou sa femme veut faire chambre à part est alors perçu comme une véritable déclaration de guerre. Il faut donc longuement préparer le terrain, expliquer très concrètement ses problèmes de sommeil ou de cohabitation dans le lit. Et surtout, ceci est extrêmement important, il faut bien dire à l’autre que cela n’a rien à voir avec le couple en lui-même, que le désir d’une chambre à soi n’est pas un rejet du couple et du conjoint. Il faut aussi accompagner ces explications de preuves d’affection.
En plus de cet art diplomatique, il faut également devenir un peu stratège. Car la chambre à part ne fonctionne bien que si on l’accompagne de nouveaux rituels de rencontre, tendres et complices. Ce qui est perdu dans le lit tout au long de la nuit, il faut le retrouver ailleurs. Il faut donc imaginer ce que pourraient être ces nouvelles occasions de rencontre, et les expliquer, inventer de nouvelles règles du jeu conjugal. La chambre à part ne doit jamais être vécue comme un pas en arrière du couple, mais au contraire comme une nouvelle séquence, en grande partie à inventer.

Faire chambre à part c'est s'accorder plus de moments personnels. Dans un couple moderne faut il accorder plus de temps personnel à son partenaire pour mieux profiter des moments à deux ?

Nous vivons de ce point de vue un véritable changement historique, il y a une nouvelle donne du couple, qui offre de plus en plus à chacun la possibilité d’exprimer des espaces et des moments de bien-être personnels. De plus en plus de repas, notamment le petit-déjeuner, sont pris en solo, des loisirs pratiqués avec ses propres amis, des écrans regardés de façon séparée (chacun son programme préféré, dans un lieu bien à soi). Ceci n’empêche pas, au contraire, de se surinvestir dans des repas conjugaux, familiaux ou amicaux, d’imaginer des loisirs en couple ou de décider de regarder un film à deux. Car le couple se vit désormais sur un rythme à deux temps : un temps pour soi, un temps pour le couple. Il n’y a pas le moindre problème à ce que les séquences solo s’élargissent, à la seule condition, mais elle est très importante, que dans l’autre moment, avec son partenaire, on soit vraiment là, intensément là, attentif et disponible. Quand ces moments de complicité sont très forts, les espaces de liberté et d’indépendance peuvent s’élargir.

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