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Terres rares : le monopole chinois pourrait asphyxier les hautes technologies occidentales
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Plainte devant l'OMC

Terres rares : le monopole chinois pourrait asphyxier les hautes technologies occidentales

Le Japon, les Etats-Unis et l'Union européenne ont porté plainte mardi contre la Chine devant l'OMC. En cause, les nouveaux quotas à l'export des terres rares de Pékin. L'inquiétude des plaignants est légitime : ces ressources, produites à plus de 90% par la Chine, sont utilisées dans la fabrication de nombreux produits de hautes technologies.

John Seaman

John Seaman

John Seaman est chercheur à l'IFRI, spécialiste de la Chine.

Il effectue notamment des recherches sur la production d'énergie et de terres rares.

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Atlantico : Une plainte des Etats-Unis, du Japon et de l’Union européenne contre les quotas d’exportations de terres rares de la Chine auprès de l’OMC, ça change quelque chose à l’hégémonie de Pékin dans la production de ces éléments indispensables à la production de nombreux produits de hautes technologies ?

John Seaman : C’est la première fois qu’il y a une plainte formulée devant l’OMC sur le sujet des terres rares. Une démarche du même type avait déjà été enclenchée en 2009, pour un certain nombre de ressources naturelles. L’OMC a condamné la Chine en 2011 et a ainsi ouvert la voie à d’autres procédures.

C’est pour cette raison que les Etats-Unis, le Japon et l’Union européenne ont porté plainte mardi. Ils estiment que les quotas à l’exportation des terres rares mis en place par la Chine sont illégaux. Le problème, c’est qu’il faut plusieurs années à l’OMC pour adopter une décision et il pourrait déjà être bien tard pour peser sur les pratiques chinoises.

Pour motiver ses nouveaux quotas, la Chine explique vouloir préserver l’environnement. Cette raison tient-elle la route ?

Oui et non. Non car la Chine exploite pour l’instant ces ressources sans réelle préoccupation des conséquences environnementales. C’est d’ailleurs tout le paradoxe : ces ressources utilisées pour fabriquer des technologies dites propres ont un impact dramatique au moment de l’exploitation minière de ces composants. Le processus de production des terres rares a causé la destruction de sous-régions entières. Les Chinois ont dispersé des déchets radioactifs à faible taux, des acides et aussi des eaux polluées. Le sud de la Chine est particulièrement considéré du fait de productions illégales qui ne sont absolument pas surveillées.

D’un autre côté, le gouvernement commence à mettre en place des dispositifs de surveillance. Pour cette raison, l’OMC risque de ne pas condamner la Chine aussi facilement que dans la précédente affaire de 2009. Cette fois-ci, Pékin développe des standards environnementaux et cherche à améliorer la situation. En 2011, des responsables du ministère de l’Environnement ont fait une tournée des mines de terres rares : les exploitants qui ne respecteront pas les normes environnementales verront leurs quotas d’exportation réduits.

La plainte reste pourtant parfaitement légitime. Beaucoup s’inquiètent de voir dans l’attitude de la Chine une stratégie économique. Pékin aimerait que son moteur croissance évolue d’un modèle basé sur une main d’œuvre bon marché à un modèle faisant la part belle à des industries à haute valeur ajoutée, notamment dans les nouvelles technologies. En 2010, la Chine a ainsi identifié un certain nombre d’industries stratégiques. Dans ces secteurs, l’objectif est clair : attirer les entreprises étrangères, japonaises, européennes ou américaines notamment, pour les inciter à relocaliser une partie de leur activité sur le sol chinois. C’est surtout cela que dénoncent les occidentaux : ils craignent que la Chine ne force la migration d’une partie des savoir-faire.

Est-il possible de se passer de la production de terres rares de la Chine ? Existe-t-il d’autres réserves ?

Les pays qui viennent de porter plainte sont actuellement en train de chercher d’autres options. La principale reste de produire en dehors de la Chine : il existe des réserves de terres rares un peu partout dans le monde. Le problème, c’est que ces ressources sont particulièrement complexes à exploiter et que la mise en œuvre d’une mine est très longue. Une mine doit ouvrir à Mount Weld en Australie, une autre à Moutain Pass aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis étaient les premiers producteurs de terres rares au monde, à Moutain Pass, en Californie, dans les années 1950. La mine a été fermée car l’arrivée de la Chine sur ce marché dans les années 1980 a cassé les prix. De plus, les standards étaient si stricts dans l’Etat que cette exploitation est devenue trop coûteuse et trop contraignante.

Côté européen, il y a une forte prospective, notamment au Groenland, en Estonie et peut-être dans certains pays scandinaves. C’est là tout l’enjeu : il y a encore beaucoup de travail à faire pour identifier les mines potentielles sur ce continent.

Actuellement, 85 à 97% des terres rares sont extraites en Chine. Certains espèrent que les nouvelles mines suffiront à contrebalancer l’hégémonie chinoise pour répondre à la demande. Le vrai problème, c’est qu’il faut faire des distinctions : parmi les 17 éléments regroupés sous le terme de terres rares, certains sont plus difficiles à trouver que d’autres. Pour simplifier, on distingue surtout les terres rares légères et les terres rares lourdes. Si les premières sont relativement disponibles dans le monde entier, les secondes restent malgré tout particulièrement difficiles à trouver en quantité suffisantes. Pour les terres rares lourdes, les premières mines devraient ouvrir à l’horizon 2016.

Ces différents éléments sont utilisés dans une quantité de nouvelles technologies de plus en plus fréquentes : éoliennes, voitures hybrides, ordinateurs, missiles, téléphones portables … Reste là aussi à savoir si les gouvernements favoriseront la consommation de ces produits. Par exemple, les parcs éoliens seront-ils toujours autant plébiscités à l’avenir ?

Propos recueillis par Romain Mielcarek

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