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Le président russe Vladimir Poutine et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov au sommet du G20.
Le président russe Vladimir Poutine et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov au sommet du G20.
©ALEXANDER ZEMLIANICHENKO / POOL / AFP

Course à l'armement

Tensions en Europe : nouvel armement high-tech à l’Est, bonne grosse sieste à l’Ouest ?

Beaucoup de questions se posent sur la Russie et son potentiel militaire. Les dirigeants européens ont-ils pris réellement la mesure de l'avancée technologique de l'armée russe ?

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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En février 2021, ça se tend entre l'Otan et la Russie : "Qui veut la paix prépare la guerre", dit Sergei Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères ; Le secrétaire général de l'Otan renché­rit : La Russie ? "Si elle veut des affrontements, nous sommes prêts". À ce moment, l'ob­servateur de ces zones de friction et autres "petites guerres" qu'est forcément le géopoliti­cien, en vient à s'inquiéter.

À notre époque confuse en effet, où le crime organisé, les terrorismes, méga-gangs et mi­lices armées tourbillonnent sur (et autour) d'imprécis champs de bataille, avec des forces spé­ciales toujours moins repérables et distinctives, l'opinion européenne - voire, ses diri­geants - semblent égarés, entre ignorance des faits récents et clichés dépassés. La Russie par exemple, et son potentiel militaire : une opinion européenne paresseuse somnole sur l'idée confortable d'une armée russe aux chars rouillés et à l'arsenal nucléaire dormant dans des hangars délabrés, clos de cadenas.

Or depuis une décennie, ce que les experts voient, de la Mer noire à la Syrie et du nord de l'Ukraine et l'Azerbaïdjan-Karabagh, révèle qu'on en est loin. D'où, comme l'aveuglement straté­gique est toujours désastreux, cette petite revue d'arsenaux russes bien plus high-tech qu'on ne l'imagine.

Wargames ? Kriegspiel ? En français, simulation de combat. Fin 2020, la Pologne en orga­nise une, niveau quartier général ; le ministre de la Défense et le prési­dent polonais la sui­vent de près. À la manœuvre, des milliers d'offi­ciers, scrutés par l'Otan et Washington. Objec­tif de la simulation "Hiver 2020" : vérifier la capacité de l'armée polo­naise à repousser toute offensive militaire russe. Côté polonais, ce kriegspiel suppose ac­tives les armes récem­ment achetées aux États-Unis, missiles Patriot, chasseurs F35. Champ de bataille : l'est de la Vistule, de Kaliningrad à la Biélorussie.

Bilan terrible, révèle l'agence polonaise Interia : dans la première semaine d'une guerre avec la Russie "l'armée polonaise cesserait d'exister", perdant de 60% à 80% de ses effec­tifs et équipements. Varsovie encerclée en 4 jours ; ports bloqués, flotte aérienne et mari­time vaincue malgré l'appui de l'Otan. Une surprise ? Non : cinq ans avant, un war­game (de la RAND corp.) sur les Pays baltes (de 2016), les mon­trait hors de com­bat en 60 heures.

Les experts expliquent ces frappantes dé­faites par un arsenal high-tech, limite science-fic­tion, développé depuis une décen­nie en Russie ; des dizaines de systèmes d'armes et de disposi­tifs de guerre électronique "aguer­ris" de l'Ukraine à la Syrie, via le Nagorno-Kara­bagh. Ces experts notent le manque de tels armements et systèmes dans les dernières ar­mées réelles d'Eu­rope, France, Allemagne et Grande-Bretagne.

L'ultra-moderne destroyer USS Donald Cook (4e génération) est surarmé : 96 missiles de croi­sière Tomahawk, 50 missiles antiaériens. En avril 2014, il navigue en Mer noire, ce qui agace toujours les Russes. Soudain, un bombardier tactique SU-24 le survole, porteur du disposi­tif électronique "KHIBINY". Comme on éteint la télé, voilà le Donald Cook sourd et aveugle. Écran noir : son "cerveau numérique" régissant tout à bord - cir­cuits de contrôle, sys­tèmes de tir, radars, transmissions - est mort. À la merci du premier mis­sile venu - et le SU-24 feint plusieurs attaques - Donald Cook gagne un port roumain voi­sin, dirigé manuelle­ment par des officiers abasourdis.

En avril 2018, un phénomène analogue affecte deux frégates françaises (L'Aquitaine et l'Au­vergne), parties en Méditerranée orientale "punir" la Syrie de Bachar al-Assad par tirs de missiles. Alors, notre ministre de la Défense dit "n'avoir pas l'intention de com­men­ter les performances de tel ou tel système d'armes".

En combat conventionnel, de tels cyber-sabotages révèlent ces cruciaux disposi­tifs de guerre radio-électroniques de théâtre, donnant la suprématie sur les ondes et paraly­sant l'adver­saire. Pour l'Otan, ce sys­tème de maîtrise du champ de bataille (C4I, Command, con­trol, communication, com­puter and intelligence) se nomme AE­GIS : ce "système nerveux" or­chestre, con­trôle, scrute la bataille terrestre, maritime, aériennne - spatiale, même, en temps réel ; guide et coordonne les déci­sifs moyens de dé­fense antimissiles.

Or en Syrie, L'Otan constate qu'à l'arrivée du corps russe d'appui à Ba­char al-as­sad, tout change. Portés par camions, avions ou hélicoptères, des armes de com­bat radio-élec­tro­nique type "KRASSOUKHA-4" suscitent une "bulle" de 300 km. de rayon, impéné­trable aux moyens Otan. L'ennemi y perd l'espace élec­tromagné­tique. Ra­dars de détection-guidage des mis­siles ou avions de chasse ; liai­sons avec les satellites-es­pions ; réseaux-radio VHF/HF, ter­minaux pour communi­ca­tions cellulaires, canaux de con­trôle des drones (recon­nais­sance, at­taque), WIFI : morts, écran noir.

Saturé de contremesures électroniques et de fausses informations, l'ennemi doit alors ten­ter de brouiller des systèmes russes puissamment cryptés - et nombreux, avec : MOSKVA-4, BO­RISSOGLEBS-2, SVET-KU, RHTUT-BM, INFAUNA, etc., véritables "bou­cliers d'invisibilité", empê­chant notamment l'ennemi de voir vos avions (ou missiles) décol­ler ou atterrir.

Concrètement : depuis 2012, les milices rebelles syriennes étaient informées par leurs maîtres américains de tout mouvement de l'armée syrienne, au nord du pays : voilà ces merce­naires aveugles, bientôt en déroute.

Autre joyau de l'arsenal russe, les robots de combat terrestre type URAN-9, que leur usage au combat en Syrie a perfectionnés. Conçus pour la reconnaissance, l'appui-feu ou la des­truc­tion, roulant à 35kmh. en terrain plat, ils embarquent des missiles antichars, un lance-flamme, un canon et une mitrailleuse et sont télécommandés du sol ou d'un hélicop­tère. Là aussi, la panoplie russe est vaste, car existent aussi STRELOK, PLATFORMA-M, RTK-VN, NE­REKHTA, ARGO et GNOM (sous-marin).

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 *** Nos informations sont tirées de sources ouvertes du monde russophone, accessibles au prix d'un peu d'efforts...

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