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Tensions à ciel ouvert chez les LR : mais au fait, où en sont les autres grands partis de droite de gouvernement ailleurs en Europe ?
©ERIC FEFERBERG / AFP

Pour que la France reste la France

Tensions à ciel ouvert chez les LR : mais au fait, où en sont les autres grands partis de droite de gouvernement ailleurs en Europe ?

Le "Printemps des Républicains" voulu par Laurent Wauquiez a révélé de vraies dissensions au sein de son parti. Mais il n'est pas le seul leader de droite à connaître une époque difficile.

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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Atlantico : Dans le cadre de l'opération "le printemps des Républicains", le parti de Laurent Wauquiez a fait circuler un tract intitulé "Pour que la France reste la France". Cette initiative a été très critiquée par les ténors des Républicains. Ce déchirement de la droite est-il simplement dû à "l'effet Macron", ou est-ce un problème plus général et plus ancré ?

Christophe de Voogd : « L’effet Macron » n’a rien d’anecdotique. L’élection du nouveau Président et ses conséquences ont été les premières étapes d’une recomposition politique qui n’en est qu’à ses débuts et qui devrait logiquement aboutir à une nouvelle tripartition : centre gauche-centre droit autour de Macron / droite conservatrice/ populistes de droite et de gauche, chacune des 3 forces pesant potentiellement 1/3 de l’électorat. La question est de savoir si le phénomène Macron est vraiment le point de départ de cette recomposition ou sa première traduction, la plus spectaculaire car amplifiée par le système institutionnel de la Vème république. Un peu des deux sans doute ; ou plutôt c’est la rencontre d’un contexte favorable et d’un « entrepreneur politique » qui a été le premier à comprendre que les temps avaient changé en profondeur et que le vieux logiciel était épuisé. 

La situation pour la droite française est de fait particulièrement compliquée puisqu’une partie d’entre elle (pas moins de la moitié sans doute de l’ancienne UMP) est proche du nouveau pouvoir où plusieurs de ses anciens représentants sont à des postes clefs, à commencer par Matignon. Et en son sein, il est clair que les macron-compatibles sont nombreux. Et ce sont eux, notamment les juppéistes, qui attaquent Wauquiez en ce moment. Tôt ou tard la loi de la gravité politique les fera rejoindre Emmanuel Macron, sauf si celui-ci (ce que je ne crois pas, en dehors de quelques concessions symboliques) donnait un coup de barre à gauche. Dès lors il ne reste pour la « droite de droite » si j’ose dire, que d’aller sur les thèmes identitaires et sécuritaires qui ont historiquement été les siens (on l’oublie souvent) et sur lesquels le nouveau Président est ambigu et évasif, en espérant au passage capter les électeurs du Rassemblement National. C’est évidemment le sens de la démarche de Laurent Wauquiez, notamment avec ce fameux tract « pour que la France reste la France ». Le problème pour lui tient d’abord à sa faible crédibilité, renforcée par l’hostilité déclarée des médias. Mais aussi au flou du programme de la droite qui n’arrive pas, étatisme et clientélisme obligent, à se détacher du modèle de l’Etat-providence, malgré de belles déclarations de principe. Même flou sur l’Europe, flou dont il faudra bien sortir d’ici 2019…

Reste que l’espace politique à droite existe bien, et qu’il sera de plus en plus là, sous l’effet de l’immigration, de la mondialisation et du terrorisme. Si Wauquiez « n’imprime » pas très vite, quelqu’un d’autre prendra sa place ; car la nature politique a horreur du vide, comme la victoire d’Emmanuel Macron l’a démontré encore une fois l’an dernier.

Cette division de la droite, mise en lumière avec le tracte "Pour que la France reste la France",  est-elle typiquement française ou concerne-t-elle d'autres pays européens ? Pourquoi ?

L’historien Marc Bloch recommandait de toujours utiliser la méthode comparative, faute de quoi l’on manque non seulement la perspective d’ensemble mais aussi la spécificité véritable d’une situation nationale. Comment dire d’un phénomène qu’il est « typiquement français » si on ne regarde pas d’abord en dehors des frontières ? Nous tombons souvent dans ce petit travers. De fait, les configurations politico-institutionnelles et surtout les temporalités sont différentes selon les pays mais le constat est général puisque les processus sont généraux : partout la question identitaire resurgit (même à gauche), y compris dans les pays les plus à l’aise avec la mondialisation comme les Pays-Bas ou la Grande-Bretagne. Ces deux pays ont anticipé le mouvement, l’un en prenant la voie radicale du Brexit, l’autre en durcissant ses politiques, aussi bien en matière d’Etat-Providence que d’immigration. Idem en Autriche aujourd’hui. On remarquera que partout la traduction la plus claire de ces (r)évolutions est, en même temps que le changement d’agenda de la droite et la montée des populismes, l’effondrement universel de la social-démocratie associée justement au couple Etat-Providence/Immigration. Le cas italien reste ambigu à cause de la position-clef du Mouvement 5 étoiles qui est contre l’immigration mais pour l’Etat-providence. Mais l’épreuve du pouvoir devrait vite clarifier les choses. Pour ne rien dire de l’Europe orientale où tous ces mouvements ont été enclenchés depuis déjà une dizaine d’années : on le mesure à l’évolution d’un Orban ou des Conservateurs polonais.

Peut-on faire une comparaison entre la situation actuelle en France et celle en Allemagne ?

Je dirai que sur l’échelle de Richter de la recomposition politique, le cas allemand est à la fois en retard et de moindre intensité que la France et surtout que les autres pays mentionnés. Le pays a du mal à choisir : on le voit à la reconduction de la coalition des deux grands perdants des dernières élections. Ce retard s’explique évidemment par le poids de la mémoire collective qui s’effraie à toute mention de l’identité nationale. Et surtout, l’Allemagne peut se le permettre à cause de son incroyable prospérité. Reste que là aussi les choses bougent avec la forte restriction prévue de l’immigration ou le retour des symboles chrétiens dans les administrations bavaroises ; ou encore le mot de « patrie » au sens affectif de l’allemand « Heimat », apparu dans la titulature du Ministre de l’intérieur, le patron de la CSU, parti qui dirige justement la Bavière. Poussée par la CSU, la CDU va sans doute, avec le déclin de l’étoile de Merkel, aller vers un agenda plus conservateur, ne serait-ce que pour contrer la montée de l’AfD.

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