Tabagisme et diabète, ces dangereux liens qui les unissent | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Science
Tabagisme et diabète, ces dangereux liens qui les unissent
©FRED TANNEAU / AFP

Lien direct ?

Tabagisme et diabète, ces dangereux liens qui les unissent

Alors que le prix du paquet de cigarettes vient encore d'augmenter dans le cadre de la lutte contre le tabagisme, comment expliquer le lien de corrélation, entre consommation de tabac et diabète ?

Guy  Fagherazzi

Guy Fagherazzi

Chercheur en épidémiologie, Inserm, Institut Gustave Roussy, Université Paris Sud – Université Paris-Saclay.

Voir la bio »
Bertrand Dautzenberg

Bertrand Dautzenberg

Bertrand Dautzenberg est tabacologue. Il exerce à l'hôpital Marmottan et à la fondation Arthur Vernes. Il a également exercé par le passé à l’Assistance publiques-Hôpitaux de Paris au CHU Pitié-Salpêtrière. Il préside Paris sans tabac. Bertrand Dautzenberg est également vice président du Respadd. 

Voir la bio »

Atlantico : Comment expliquer le lien de corrélation, entre consommation de tabac et diabète ? 

Guy  Fagherazzi : De nombreuses études épidémiologiques ont depuis longtemps mis en évidence un sur-risque de diabète de type 2 associé au tabagisme, qu'il soit actif ou passif. Qui plus est selon une relation dose-effet : plus on fume, plus le risque de développer un diabète de type 2 est élevé. Sont en cause les méfaits de la consommation de tabac elle-même, bien évidemment, engendrant par exemple des phénomènes d'inflammation au long cours, mais aussi tous les comportements fréquemment retrouvés chez les fumeurs, à savoir l'obésité, l'hypertension, l'hypercholestérolémie ou encore la consommation élevée de sucres ou de graisses qui sont tous des facteurs de risque de diabète de type 2.

Bertrand Dautzenberg : Il existe des interactions fortes entre diabète de type 2 et tabagisme qui partagent en particulier les mêmes complications vasculaires, mais ces interactions sont essentiellement indirectes, en effet il n’y a pas de lien direct entre le tabagisme et le diabète de type2, le tabagisme ne favorisant pas la survenue d’un diabète de type 2 et l’existence d’un diabète ne favorisant pas le tabagisme.

Le diabète de type 2 ne conduit pas au tabagisme. L’initiation du tabagisme se fait le plus souvent à l’adolescence, alors que le diabète de type deux est le plus souvent une maladie qui débute à l’âge mur.
Fumer du tabac ne provoque pas le diabète de type 2, mais en aggrave l’évolution et les complications conduisant la Haute autorité de santé (HAS) à inscrire, depuis de longues années, l’arrêt du tabac comme faisant partie intégrante du parcours de soin des diabétiques fumeurs.
Le diabète de type 2 est très favorisé par le surpoids et l’arrêt du tabac peut s’accompagner d’une prise de poids importante posant le problème du rapport risque bénéfique de l’arrêt du tabac chez les diabétiques.
Une étude récente sur de grandes cohortes montre clairement le bénéfice de l’arrêt du tabac. L’arrêt du tabac est très bénéfique pour les diabétiques.
 

Autre fait important de l'étude, les ex-fumeurs seraient eux aussi plus susceptible d'être atteint de diabète, notamment durant la période d'abstention de 2 à 6 ans, à cause de la prise de poids. Ce risque diminue au bout de sept années sans cigarettes. Dès lors, quel comportement un ancien fumeur récent doit-il adopter pour éviter les risques de diabète ?

Guy  Fagherazzi : Il y a effectivement un sur-risque qui apparaît chez les ex-fumeurs, visible dans les années suivant l'arrêt du tabac, et qui diminue ensuite au delà de 5/6 ans après l'arrêt (d'autres travaux l'avaient déjà montré auparavant). Ce sur-risque est en réalité lié à une combinaison de plusieurs facteurs : certes il y a la prise de poids généralement observé chez les personnes qui arrêtent de fumer, mais de nombreux autres facteurs, non mesurés dans les études épidémiologiques, sont susceptibles d'engendrer ce sur-risque. Un état de santé générale dégradée, une autre maladie, certains symptômes ou bien tout simplement le fait d'avoir beaucoup fumé tout au long de sa vie sont des facteurs qui poussent à arrêter de fumer et qui sont eux aussi associés à un sur-risque de diabète de type 2. 

Si le sur-risque observé observé chez les ex-fumeurs est bien réel et sérieux, et que la prise de poids suivant l'arrêt peut être mise en cause, les autres raisons, multiples, de cette augmentation de risque de diabète, sont encore insuffisamment identifiés car non évalués dans les études. En tout cas, il ne faut surtout pas que les fumeurs interprètent ces résultats comme une incitation à ne pas arrêter ! Les bénéfices de l'arrêt du tabac sont nombreux par ailleurs et le sur-risque observé disparaît quelques années après l'arrêt.

Bertrand Dautzenberg : Chez les fumeurs qui arrêtent de fumer, il est montré par les auteurs de cette étude une augmentation de l’ordre de 20% du risque de diabète de type 2 par rapport aux fumeurs qui n’arrêtent pas de fumer, mais si on regarde les données en détail, il n’existe aucun risque supplémentaire de diabète chez ceux qui ne prennent pas de poids et le risque de diabète est globalement proportionnel à la prise de poids. Ce n’est donc pas directement l’arrêt du tabac qui est associé au risque de diabète, mais la forte augmentation de poids survenant chez certains fumeurs lors de l’arrêt du tabac. Il faut cependant noter que, même avec ce risque de prise de poids et de voir se développer un diabète, la mortalité cardio-vasculaire régresse à l’arrêt du tabagisme qui est dans tous les cas bénéfique. L’idéal étant bien entendu d’arrêter de fumer par le plaisir (B Dautzenberg. Le plaisir d’arrêter de fumer. First édition 2017) sans prise de poids ou avec une prise de poids limitée, ce qui est possible si l’on arrête de fumer parfaitement ou en remplaçant la nicotine par la varénicline, les substituts nicotiniques ou les produits pour le vapotage.

Quels sont les moyens, pour les pouvoirs public, ou autre, permettant d'améliorer la situation et la sensibilisation ?

Guy  Fagherazzi : On parle ici de diabète, mais il est évident que le tabac a un impact majeure sur la santé en général (on rappelle que le tabac est la première cause évitable de mortalité et responsable de plus de 6 millions de décès par an dans le monde). Il faut donc continuer à développer des politiques plus agressives de prévention liées au tabac (comme l'augmentation du prix du paquet), afin que les individus et en particulier les plus jeunes, ne commencent jamais à consommer du tabac. Cela doit passer aussi par plus de soutiens à la recherche interventionnelle en santé publique, afin de développer et évaluer de nouvelles politiques de prévention toujours plus performantes. Pour les fumeurs, cela passe également par la poursuite de développement d'outils d'accompagnement à l'arrêt du tabac, notamment grâce au numérique (applications smartphone par exemple). Des accompagnements individualisés incluant un suivi diététique et de l'activité physique permettent souvent d'empêcher ou limiter la prise de poids post-arrêt. 

Bertrand Dautzenberg : La prise en charge par l’assurance maladie (comme tout médicament), mise en place depuis 2017, pour la varénicline doit s’achever à la fin 2018. Ce dispositif permet un accès à tous les fumeurs, sans avance de frais, au médicament d’arrêt du tabac, alors qu'avec l’ancien système, les formules étaient souvent sous-dosées en nicotine et avait plus d’échecs de l’arrêt et donc entraînaient plus de prise de poids à l’arrêt, donc plus de risques de diabète.

Eviter autant que possible la prise de poids lors de l’arrêt du tabac, est possible si l’on prend soin de parfaitement compenser les besoins de nicotine dès le début de l’arrêt au point que plus aucune cigarette allumée ne soit bonne jusqu’au bout. Il est alors plus facile quand aucune cigarette n’est bonne, que le craving a fortement régressé permettant ainsi d’aboutir à l’arrêt complet, sans boulimie et sans prise de poids, ou tout au moins sans prise de poids importante. Malheureusement les recommandations de la HAS aux médecins placent toujours la motivation comme un préalable à l’arrêt, la varenicline, médicament pourtant le plus efficace en monothérapie comme un médicament de deuxième ligne ne favorise pas le vapotage qui est le moyen le plus utilisé pour quitter le tabac, selon les données de Santé Publique France. La transition du tabac au vapotage semble s’accompagner de beaucoup moins de prise de poids, car la sortie du tabac se fait alors par plaisir.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !