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Certaines personnes s'investissent beaucoup trop dans leur travail
Certaines personnes s'investissent beaucoup trop dans leur travail
©Reuters

Bonnes feuilles

Syndrome de l’hyper-responsabilité : ces personnes qui s’investissent beaucoup trop

Décider d'un métier, nous engager avec un partenaire, devenir parent, rompre ou renouer avec un ami... Face aux choix de la vie, la tentation est forte de céder au doute et à la peur. Certains se réfugient dans l'hyperactivité et le contrôle, d'autres au contraire préfèrent ne rien faire du tout. Chacun de nous pourtant a les moyens de faire valoir ses désirs et d'inventer la vie qui lui ressemble. Extrait de "Sous les peurs, le bonheur", de Catherine Clouzard, publié chez Eyrolles (1/2).

Catherine Clouzard

Catherine Clouzard

Diplômée de l'École parisienne de Gestalt, de l'Institut d'arts visuels d'Orléans et de l'Université de Lille (Arts du spectacle), Catherine Clouzard est gestalt-thérapeute. Elle accompagne des personnes individuellement sur le chemin de leur créativité.
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Voyons maintenant ce qui se passe du côté de l’hyperresponsabilité et du trop porter, voire du supporter trop. Sur cette polarité, on rencontre des personnes qui s’investissent trop, qui peuvent aller jusqu’à le faire au détriment de leur bien-être et de leur santé. Observons les différentes façons de décliner ce « trop ».

Le syndrome du super-héros

La personne s’agrippe trop à un sens du devoir qu’elle met en avant comme si elle était une des rares personnes à en être pourvue, elle vient en aide à son entourage plus souvent qu’à son tour et en surestimant souvent ses forces : « Si je ne m’occupe pas d’eux, les pauvres chéris, que vont-ils devenir ? » Le super-héros a peur qu’on lui reproche de ne pas assez penser aux autres, ou de les avoir abandonnés, de ne pas avoir fait le maximum, de manquer de courage, de ne pas recevoir assez de reconnaissance.

« Ils ne peuvent pas se débrouiller sans moi » Jenny a 37 ans et mène plusieurs activités de front : elle est mariée, mère de trois jeunes enfants, dirige sa propre entreprise de location de voitures et aide son mari dans les tâches administratives liées à son garage. Jenny s’implique aussi dans plusieurs associations et s’est engagée dans la vie politique de son département. Elle vient consulter en se demandant si elle n’est pas en train de faire un burn out…

Le syndrome de la poêle à frire

La personne atteinte du syndrome de la poêle à frire se sent excessivement responsable des conséquences plus ou moins graves de ses choix personnels, y compris en ce qui concerne indirectement la vie d’autrui, au point de se culpabiliser (quelqu’un qui pense que son divorce a provoqué la maladie de son enfant, par exemple). Métaphoriquement parlant, c’est comme si elle se donnait des coups de poêle à frire sur la tête pour se punir de fautes qu’elle n’a pas commises. Son refrain préféré : « Je m’en veux, je m’en veux, tout est arrivé à cause de moi ! »

Les peurs de la personne atteinte du syndrome de la poêle à frire peuvent être les suivantes : que ses propres failles causent du tort aux autres (tellement sa pression existentielle d’imperfection est forte), d’avoir une influence néfaste sur les autres (sa pression existentielle de quête de sens se retourne alors contre elle-même), de provoquer l’irréparable (pression existentielle de finitude).

"Il est mort à cause de moi". Sous cet éclairage, voici une relecture que l’on peut faire d’Elle s’appelait Sarah, film de Gilles Paquet-Brenner réalisé d’après le roman éponyme de Tatiana de Rosnay.

Sarah est une petite fille juive qui au moment de l’arrestation de toute sa famille, déportée, croit protéger Michel, son petit frère, en l’enfermant derrière une porte dérobée de l’appartement familial situé dans le quartier du Marais à Paris. Au petit garçon, la grande soeur fait promettre de ne pas bouger, afin qu’aucun ennemi ne puisse le trouver. Malgré sa détermination à s’évader du camp de Beaune-la-Rolande, Sarah arrive trop tard pour libérer son petit frère qu’elle retrouve mort de soif et de faim dans le placard où elle l’avait laissé. Suite à cet événement extrêmement traumatisant, elle ne peut exprimer la profondeur de sa douleur. En raison de l’absence de soutien qui aurait pu lui apporter recul et réconfort, Sarah endosse une responsabilité excessive, se jugeant coupable de la mort de son petit frère. Elle grandit et arrive à l’âge adulte en continuant à porter ce fardeau. L’homme qui devient son mari la voit comme « la femme la plus belle et la plus triste qu’il ait jamais vue ».

Quand leur propre fils atteint le même âge que celui auquel le frère de Sarah est décédé, il lui devient insupportable de vivre : elle sombre dans une profonde dépression qui la conduit au suicide. C’est comme si la seule issue qu’elle avait pu trouver était de se donner la mort : comme si, pour se punir de la mort de son frère, Sarah devait se priver de voir grandir son propre fils. Cette histoire me semble être une illustration tristement exemplaire de jusqu’où peut conduire l’hyperresponsabilité.

Le syndrome du baudet

Voici un syndrome cousin du précédent. La personne se sent tenue de porter seule une charge qui pourrait être, sinon allégée, du moins répartie. Elle « charge trop la brouette » de tâches le plus souvent ingrates, surestime ses forces et sous-estime ses limites. Elle accepte trop d’engagements. Elle peut avoir peur du vide, d’être inutile, de ne pas en faire assez, qu’on la rejette.

« Je m’en occupe ». Huguette travaille dans l’import-export depuis vingt ans. Elle dit elle-même être « la bonne poire du service ». Quand un collègue n’arrive pas à effectuer une tâche à l’ordinateur, elle le fait à sa place. Quand quelqu’un cherche à joindre quelqu’un d’autre, elle se charge de la demande à traiter. Son leitmotiv est trop souvent « Je m’en charge », au point qu’elle en a plein le dos, et cela au propre comme au figuré !

Extrait de "Sous les peurs, le bonheur", de Catherine Clouzard, publié chez Eyrolles, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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