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La course à la radicalité 
des syndicats français
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Anti-réformes

La course à la radicalité des syndicats français

Critiqués par Nicolas Sarkozy à l'occasion de cette campagne présidentielle, les syndicats affichent de plus en plus une posture d'opposition systématique aux réformes afin de conserver leur nombre d'adhérents.

Nicolas Perruchot

Nicolas Perruchot

Nicolas Perruchot est membre de l'UMP, ancien député et maire de Blois (2001-2008).

Il a dirigé une commission d'enquête parlementaire sur le financement des syndicats. Son rapport, pour la première fois dans l'histoire de la Ve république, n'a pas été publié.

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Atlantico : Nicolas Sarkozy, depuis le début de la campagne, a dénoncé l’immobilisme des syndicats. Sont-ils en France des obstacles systématiques aux réformes ?

Nicolas Perruchot : La France a aujourd’hui un appareil d’Etat gangréné par les syndicalistes, et ce n’est pas comme ça qu’elle pourra mettre en place les réformes nécessaires. On sait tous qu’il y a aujourd’hui un énorme problème de dépense publique, mais les syndicats ne font que demander systématiquement plus de moyens, partout où ils passent. Ils sont très décalés par rapport à la réalité. Il ne faut pas oublier que fin 2008, début 2009, ils niaient la crise et disaient que c’était une invention de Nicolas Sarkozy.

Il y a une dérive radicale forte dans certaines organisations (chez Sud notamment) et la CGT veut éviter de perdre des membres au profit de mouvements plus radicalisés. La CFDT en fait de même, puisqu’elle avait perdu beaucoup d’adhérents au profit d’organisations plus radicales lorsqu’elle a accepté la première réforme des retraites en 2003. C’est une course à la radicalité pour peser et exister dans le débat public.

Est-il possible d’inverser cette tendance à la radicalité ?

Pour le faire, il faut se poser la question des moyens des syndicats. Mon rapport a montré que les organisations syndicales sont très riches. Depuis les années 50, le nombre de salariés syndiqués a été divisé par quatre, mais on a multiplié par 20 les moyens qui leur sont attribués.  L’Etat doit-il donc continuer à subventionner ces organisations à hauteur de plusieurs milliards d’euros par an ? Ou les syndicats, qui peuvent vivre sans, doivent-elles évoluer vers un syndicalisme à l’Allemande et vivre de leurs cotisations ? Ca en ferait des syndicats plus autonomes, plus responsables et plus représentatifs.

On a très souvent une base de responsables syndicaux qui sont complètement coupés du sommet. On entend beaucoup parler Bernard Thibault ou François Chérèque, mais beaucoup moins ceux qui sont en dessous d’eux. Quand mon rapport a été enterré, beaucoup de responsables syndicaux de la base m’ont écrit pour me dire qu’ils voulaient plus de vérité, de transparence.

La base militante est donc plus responsable ?

On a d’un côté les professionnels du syndicalisme, qui ne font rien d’autre depuis des années pour la plupart, et qui donc se coupent des réalités économiques, et les gens dans les usines  qui sont plus en prise avec la réalité. J’en connais qui sont bien plus responsables, qui ne sont pas systématiquement dans l’opposition publique, dans la volonté de nuisance.

Au sommet des syndicats, il y a une volonté de nuire qui est manifeste et très forte. Voilà un monde syndical avec des moyens importants qui a les moyens d’influencer un vote, qui se lance dans le combat présidentiel. C’est la première fois dans une campagne qu’un syndicat rompt la neutralité, avec une CGT qui demande ouvertement à voter contre le président sortant et une CFDT qui a essayé d’envahir son QG de campagne. Ce n'est bon ni pour la démocratie, ni pour l’image des syndicats qui est déjà écornée et le sera encore plus après la campagne. Comment faire pour maintenir la confiance, avoir un dialogue social utile, si Nicolas Sarkozy est réélu et se retrouve des gens qui auront fait campagne contre lui ? La CGT veut imprimer un million de tracts contre Nicolas Sarkozy, je me demande sur quel compte de campagne ça sera comptabilisé.

Je les apprendrais plus sur un projet, sur leurs valeurs, sur la défense du monde salarié, mais j’entends très peu ça. Ils sont surtout dans un « Tous contre sarkozy ». C’est leur projet, pas sûr qu’ils en sortent grandis.  Et vu la façon dont les grandes centrales syndicales se sont engagées, on ne pourra plus travailler avec elles de la même façon qu’avant.

Propos recueillis par Morgan Bourven

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