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Syndicalistes et chefs d'entreprises : pour vraiment dialoguer, assumons nos convictions et différences
©Reuters

All together but all different

Syndicalistes et chefs d'entreprises : pour vraiment dialoguer, assumons nos convictions et différences

Un dialogue social fécond et apaisé doit se faire à deux, entre syndicats et patrons, estiment la chef d'entreprise Sophie de Menthon et le syndicaliste Joseph Thouvenel. L’État, en cherchant constamment à s'y intégrer, ne crée que complexité et effets d'annonce.

Joseph Thouvenel

Joseph Thouvenel

Joseph Thouvenel est Secrétaire Général Adjoint de la CFTC (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens).

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Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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La situation de la France mérite mieux que les effets de posture des uns et des autres, elle exige même des différents acteurs un sens des responsabilités, bien éloignée du psychodrame de la conférence sociale. 

J’y vais, je n’y vais pas, je participe un peu, beaucoup, pas du tout.

Nos concitoyens, à juste titre, sont lassés des querelles de chapelles des politicailleries stériles et des empoignades idéologiques.

C’est le principe de réalité qui doit nous guider en tenant compte des légitimes différences entre les uns et les autres.

Les entreprises comme des syndicats ne peuvent être assimilés les uns aux autres, grandes, moyennes, petites, multinationales, constructifs,  révolutionnaires, réformistes, catégoriels. Il est parfaitement stérile, sauf à vouloir aller à la catastrophe, d’invoquer en permanence des « cadeaux aux patrons » ou le « diktat syndical », d’utiliser la menace de grève ou de boycott comme outil de négociation sociale.

De leur côté l’Etat et le Parlement doivent cesser d’interférer en permanence dans la vie économique et sociale, déstabilisant constamment le cadre collectif de travail par un empilement de textes et de normes devenant incompréhensibles.

Ils doivent respecter la signature des partenaires sociaux sans modifier les équilibres bâtis avec pragmatisme comme par exemple dans la réglementation sur le temps partiel.

Chef d’entreprise et syndicaliste, nous affirmons que la collectivité de travail, dirigeants, salariés, actionnaires, a des intérêts convergents plus importants que les légitimes divergences que nous pouvons rencontrer.

Sans prise de conscience collective de cette nécessité d’associer et non d’opposer capital et travail en utilisant le dialogue social,  nous courrons au désastre.

Nous sommes certains que notre pays a les atouts nécessaires pour réussir ensemble, mais plus on parle de dialogue social moins il semble exister, en tous les cas, aux yeux de l’opinion publique. 

Le Gouvernement actuel, qui semblait prédestiné à être celui qui favoriserait le dialogue social et le porterait à son apogée, semble être celui qui l’étouffe peut-être involontairement mais certainement.

Le dialogue social ne supporte pas le ménage à trois, l’Etat est de trop.

Jamais les jeux de pouvoir, les menaces, le mépris des intérêts économiques n’ont été aussi malmenés, et ce, au moment où le Gouvernement tente sincèrement de faire preuve de bonne volonté pour favoriser la croissance des entreprises donc de l’emploi. Il faut d’urgence arrêter d’utiliser un vocabulaire ou des éléments de langage qui exaspèrent les Français, démotivent les salariés et les entrepreneurs, et instaurent un clivage politique là où il ne devrait pas y en avoir.

Cet échec d’un dialogue social suivi d’effet vient aussi de notre terrible vice qu’est la complexité. Lorsque l’on s’accorde sur le principe de la pénibilité par exemple, force est de constater que la pénibilité trois mois après est devenue le monstre du Loch Ness. Les effets de seuils, les exceptions, les détails inutiles font que tout ce qui était bien parti échoue. Ajoutez à cela un Parlement qui veut exister et qui fait de la politique avant tout, et vous obtenez un cocktail Molotov qui finira par provoquer un semblant de guerre civile. Les exemples concrets récents sont la parfaite illustration de cette embrouillamini politico-juridico administratif. 

Syndicats et patronat doivent balayer devant leur porte et avoir un autre comportement face à la parole donnée : il est par exemple inadmissible que des syndicats attaquent des accords validés par les élus du personnel dans d’autres entreprises (exemples : nocturnes de grands magasins, ouverture des hypermarchés, etc.). Sachant que la loi prime sur les accords collectifs et c’est là-dessus que jouent des syndicats par ailleurs minoritaires.

Cet état de fait provoque l’indignation de l’opinion publique et affaiblit considérablement les corps intermédiaires. Ajoutez à cela que les représentants patronaux et syndicaux sont débordés par leurs bases respectives et vous avez un état des lieux désespérant qui récuse d’autant l’inéluctable réforme de la France.

Seul le courage politique peut nous sortir de ce piège car l’intérêt de la France doit primer sur les intérêts particuliers. Lorsqu’il s’agit de trouver un équilibre social et économique commun est peut être une sorte de libération  pour ceux qui en leur âme et conscience s'estiment "réformistes" comme la grande majorité des Français qui ont évolué beaucoup et vite ces dernières années, plus vite que leurs élus et leurs représentants.

Reste maintenant à soutenir ceux qui proposent des réformes sans s'attacher à des camps politiques qui ne trouvent plus aujourd’hui leurs frontières sinon dans des extrêmes regrettables. L'Assemblée nationale aura une responsabilité historique si elle demeure sur une approche partisane caricaturale sans autre ambition que de satisfaire sa clientèle supposée.

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