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Une photo du livre d'Eric Zemmour, "La France n'a pas dit son dernier mot" lors de l'une de ses séances de dédicaces.
Une photo du livre d'Eric Zemmour, "La France n'a pas dit son dernier mot" lors de l'une de ses séances de dédicaces.
©NICOLAS TUCAT / AFP

Bonnes feuilles

Succès littéraire ou échec abyssal… : quand les politiques cèdent à la tentation de la biographie ou du livre programme

Jean-Louis Beaucarnot publie « Le Tout-Politique 2022 » aux éditions de L’Archipel. L'auteur revient sur les origines et parentés inattendues de 90 hommes et femmes politiques qui comptent. Extrait 2/2.

Jean-Louis Beaucarnot

Jean-Louis Beaucarnot

Jean-Louis Beaucarnot est l’auteur de best-sellers. Comment vivaient nos ancêtres, Entrons chez nos ancêtres … Généalogiste de grande réputation, il travaille pour de nombreux médias et tient en particulier une chronique hebdomadaire dans le Journal Du Dimanche.

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Outre que dès qu’elle commence à peser sur la scène politique, toute personnalité à sa bio, beaucoup ont par ailleurs la plume facile. L’écriture, en effet, en démange plus d’un et d’une : sans parler des livres-programmes et politiques, étudiés ci-après, et hormis des professionnels comme Schiappa et Autain (avec respectivement vingt-cinq et dix-sept livres à leur actif), on voit Blanquer écrire depuis l’âge de sept ans et n’ayant nulle peur des vers, tout comme Édouard Philippe, capable de rédiger un discours en alexandrins. Leurs publications sont donc aussi nombreuses que variées, s’étalant sur des registres très divers, comme autrefois Pompidou, publiant avant de devenir Premier ministre une Anthologie de la poésie française, ou Bayrou signant des biographies d’Henri IV, comme le jeune Blanquer avait écrit celle du père de son ami Baroin, alors que Cazeneuve mène un travail sur la vie d’un de ses ancêtres. Sans parler des romans que certains s’amusent à écrire, tel naguère feu VGE avec La Princesse et le Président (2009) ou les deux signés par Aurélie Filippetti, dont un roman d’amour (2006) aux passages aussi scabreux que ceux de Bruno Le Maire (2004), grand habitué quant à lui de ce genre littéraire, pour avoir fourni – sous pseudonyme – plusieurs titres à l’eau de rose, lorsqu’il était étudiant, à la fameuse collection Harlequin. Tout autre registre aussi pour Faure, qui a donné dans la BD, ou pour Larcher, coauteur d’un livre sur les animaux avec Yann Artus-Bertrand.

Un autre exercice littéraire qu’affectionnent les politiques est celui des mémoires. Un exercice auquel ils s’adonnent souvent après un retrait : VGE et Chirac y ayant sacrifié, mais aussi en 2012, dès le changement de gouvernement, Roselyne Bachelot racontant la présidentielle (À feu et à sang) et Guaino ses souvenirs de plume du président, comme Sapin raconta en 2014 son expérience de « ministre du travail par gros temps ». Parallèlement, certains ayant été tentés par l’autobiographie, comme Taubira.

Mais beaucoup utilisent surtout le livre pour diffuser leur programme, ainsi Valls, en 2008 (Pour en finir avec le vieux socialisme) ou Bartolone, avec son Plaidoyer pour un socialisme populaire, qui fi t un flop en 2014. D’autres exploitent leur notoriété pour témoigner, comme David Douillet, signant en 2007 Notre grande famille, histoire d’une tribu recomposée, alors que quelques-uns se contentent d’ouvrages sur leur domaine, tel Le Guen, médecin, publiant en 2011 Sauvons notre santé, avant qu’il ne soit trop tard.

Quelques-uns sont des auteurs particulièrement prolixes, comme Aubry, Bayrou, Dupont-Aignan et Royal, auteurs d’une quinzaine de livres – souvent en coécriture –, suivis de Mélenchon et Montebourg (une douzaine), beaucoup se contentant de sept ou huit (Fabius, Juppé, Hollande, Le Maire, J.-M. Le Pen, Taubira, Valls), Marine Le Pen arrivant curieusement à la queue, avec seulement deux titres à ce jour (en 2006 et 2012).

En fait, on observe que le livre est manifestement devenu un outil de communication. Pionnier, VGE avait en 1976 réalisé une excellente opération de com en publiant Démocratie française, alors qu’il était au pouvoir. Un livre vendu à 800 000 exemplaires en quelques semaines, avec réversion des droits d’auteur. Il réitérera l’expérience à la veille des élections de 1981, imité par son adversaire François Mitterrand, qui publiera à nouveau en 1995. Les candidats fourbissant leurs armes sortent désormais leurs plumes. Sarkozy, qui a tiré la leçon, publiera un livre dès 2001, et en 2007 les libraires proposeront aux côtés du sien celui de Royal, avant de recevoir en 2011-2012 des ouvrages d’Aubry, Chevènement, Hollande, Borloo, Bayrou et Marine Le Pen.

Aujourd’hui, il n’est donc pas de candidature sans publication d’un livre et la perspective du scrutin de 2022 a fait arriver, parfois dès 2018, des œuvres d’auteurs désireux de travailler leur image en vue des diverses primaires. Conséquence : la popularité peut désormais se mesurer autant par les tirages que par les classiques sondages, d’où un nouveau petit baromètre, avec les chiffres suivants (arrêtés au 1er décembre, arrondis et donnés toutes éditions confondues, y compris celles au format poche) :

255 000 Zemmour (La France n’a pas dit son dernier mot, Rubempré, 2021)

251 000 Pierre de Villiers (Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, Albin Michel, 2015)

174 000 Sarkozy (La France pour la vie, Plon, 2016)

172 000 Taubira (Murmure pour la jeunesse, Ph. Rey, 2016)

167 000 Sarkozy (Le Temps des tempêtes, L’Observatoire, 2020)

126 000 Fillon (Faire, Albin-Michel, 2015)

115 000 Zemmour (Destin français, Albin-Michel, 2018)

76 000 Pierre de Villiers (L’équilibre est un courage, Fayard, 2020)

55 000 Mélenchon (Le Hareng de Bismarck, Plon, 2015)

48 000 Juppé (Pour un État fort, Lattès, 2016)

40 000 J.-M. Le Pen (Fils de la nation, Muller, 2018)

35 000 Le Maire (Ne vous résignez pas !, Albin-Michel, 2016)

20 000 Barnier (La Grande Illusion : journal secret du Brexit, Gallimard, 2021)

14 000 Montebourg (L’Engagement, Grasset, 2020)

13 000 M. Le Pen (Pour que vive la France, 2012)

9 000 Dupont-Aignan (France, lève-toi et marche !, Fayard, 2016)

7 000 Juvin (Je ne tromperai jamais leur confiance, Gallimard, 2021)

6 000 Copé (Le Sursaut français, Stock, 2016)

6 000 Kosciusko-Morizet (Nous avons changé le monde, Albin Michel, 2016)

5 000 Valls (L’Exigence, Grasset, 2016)

4 000 Pécresse (Et c’est cela qui change tout, Robert-Laffont, 2019)

3 000 Mélenchon (Députés du peuple humain, Robert-Laffont, 2021)

2 000 Hidalgo (Une femme française, L’Observatoire, 2021)

1 300 Duflot (Le Grand Virage, Les Petits Matins, 2015)

1 200 Jadot (Aujourd’hui tout commence !, Les liens qui libèrent, 2019)

1 200 Cambadélis (À gauche, les valeurs décident de tout, Plon, 2015)

1 000 Roussel (Ma France : heureuse, solidaire et digne, Le cherche midi, 2021)

462 Placé (Pourquoi pas moi, Plon, 2015)

Mais tous sont battus à plate couture par le best-seller publié en 2015 par Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment, traduit dans plusieurs langues, record des ventes de cette année-là, avec 603 000 exemplaires. Il s’en vendra au total plus de 732 000…

A lire aussi : "Fils de", Nordistes, descendants d'immigrés..., ces origines mouvantes de la classe politique française

Extrait du livre de Jean-Louis Beaucarnot, « Le Tout-Politique 2022, Origines, cousinages, personnalités, la face cachée de nos politiques », publié aux éditions de L’Archipel.

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