StopCovid : les dangers d’un mirage | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Société
StopCovid : les dangers d’un mirage
©AFP/Archives

Lutte contre le virus

StopCovid : les dangers d’un mirage

Le débat sur l'application StopCovid aujourd'hui à l'Assemblée Nationale soulève la question de l'articulation entre la légitimité d'un objectif politique et la restriction des libertés publiques. Après avoir parfois excessivement restreint les libertés publiques dès le début de l'épidémie le gouvernement est-il aujourd'hui dans une impasse face à l'impossibilité d'imposer cette application aux Français ?

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

Voir la bio »

Atlantico.fr : En quoi le débat sur l'application STOP COVID, soumis aujourd'hui à l'Assemblée Nationale, pose la question de l'articulation entre légitimité d'un objectif politique et restriction des libertés publiques ? Comment doit-on placer le curseur ?

Edouard Husson : Je pense que pour bien répondre à cette question, il faut se référer à l’urgence de la situation. Lorsque la Corée a mis en place, en février et mars dernier, un traçage informatique, ce pays limitrophe de la Chine avait beaucoup de raisons de restreindre les libertés publiques pour des raisons de protection sanitaire. Le plus frappant dans l’application française, c’est que nous sommes fin mai, en fin d’épidémie. Prenons le temps de mesurer l’effet « Ligne Maginot ». On crie « Stop Covid » après la bataille. Du coup, il est évident que, s’il n’y a plus d’urgence, la question de la légitimité politique redevient la question prépondérante. Dans une démocratie, il faut particulièrement se méfier de tout ce qui permet la collecte de données personnelles par le gouvernement central. Surtout quand celui-ci coopère avec des entreprises à tendance monopolistiques portant les réseaux sociaux ou pourvoyeuses de big data. Nous sommes dans une situation d’inopportunité, au sens plein du terme, de ce qui est proposé au vote des députés. 

Afin de mettre en place cette application, le gouvernement a du ratifier certaines conditions concernant les libertés individuelles. Après avoir parfois excessivement restreint les libertés publiques dès le début de l'épidémie le gouvernement est-il aujourd'hui dans une impasse face à l'impossibilité d'imposer cette application aux Français ? Peut-on qualifier la mise en oeuvre de cette application de "gâchis sur les libertés publiques" ? 

Quand vous regardez de près, vous voyez que le gouvernement, effectivement, a pris des précautions. Le système est moins intrusif que ce qui a été mis en place en Corée. Ou, a fortiori, dans la Chine néo-totalitaire de Xi.  Et puis il est basé sur le volontariat ! C’est très différent de ce qui s’est passé en Asie. Mais la construction de la « Ligne Maginot » numérique surgit alors que de nombreux utilisateurs des réseaux sociaux font, depuis l’élection d’Emmanuel Macron, l’expérience de la censure sur les réseaux sociaux; après le vote de la loi Avia. YouTube vient de retirer une vidéo du Professeur Raoult datant de mars, sous prétexte qu’elle contreviendrait aux conditions générales du site - en fait parce qu’elle témoigne qu’il y avait un autre chemin de lutte contre l’’épidémie; et il est évident que pour qu’une telle décision soit prise, il faut une connivence entre les pouvoirs publics et les prescripteurs d’opinion . Nous sommes dans un climat d’affrontement: médias mainstream contre réseaux sociaux et gouvernement contre opinion publique. Le débat « Stop Covid » surgit aussi à un moment où dans les pays anglophones, en Allemagne, dans les pays du groupe de Visegrad, la constitutionnalité des mesures de confinement sont scrutées de près par juristes et citoyens. Alors, oui, on peut parler de « gâchis sur les libertés publiques », avec cette composante spécifiquement française, ne nous lassons pas de le souligner: le gouvernement mène la bataille précédente, celle qui aurait dû être livrée en février/mars. 

La mise en place de cette application, qui arrive au moment du déconfinement, doit être utilisée par au moins 65% des Français pour être efficace sur le plan sanitaire. La question de l'utilité de cette application est-elle légitime ? Si l'application devait-être utilisée par tous les Français, les infrastructures actuelles mis en place par le gouvernement seraient-elles à la hauteur de l'enjeu ?

Il faut d’abord comprendre que seulement 3/4 des Français ont un smartphone. Il faudrait donc que 85% de ceux qui ont un téléphone intelligent utilisent l’application. Dans le contexte que nous venons de décrire, c’est très peu probable. Il va y avoir une sorte de référendum et je suis prêt à parier, pour ma part, qu’il y aura une infime minorité de Français à télécharger l’application. En réalité le gouvernement devrait devenir coercitif pour que l’application ait une efficacité. Et même dans ce cadre il y a un risque pour les pouvoirs publics de désobéissance civile. Lorsque Madame Borne, ministre, déclare, ce 27 mai, qu’elle est favorable au port du masque, « tant qu’il n’y a pas de traitement ni de vaccin », il est facile de mesurer l’impact que l’attitude fondamentale du gouvernement peut avoir sur une application comme Stop Covid. 1. Le gouvernement, jusqu’à la fin avril, a mis en doute l’utilité des masques. 2. Le traitement existe: les résultats du traitement de l’épidémie à Marseille comparés au désastre sanitaire francilien montrent sans aucune hésitation possible l’efficacité de la méthode Raoult (multiplication des tests, minimisation du risque d’évolution grave de la maladie grâce à la combinaison hydroxychloroquine + azithromicine, hospitalisation chez les patients les plus atteints sans attendre les insuffisances respiratoires; peu de morts de moins de 70 ans à l’IHU de Marseille). 3. On n’a aucune certitude sur un vaccin (on n’a toujours aucun vaccin contre le SIDA 35 ans après la diffusion de l’épidémie). Et puis les promoteurs du vaccin se sont comportés de telle manière (pensons à Bill Gates, qui incarne, par excellence, le risque de dérive numérique liberticide) qu’ils ont fait peur, en parlant, par exemple, de vaccination obligatoire. Comment voulez-vous que les Français aient confiance dans la parole publique dans ces conditions ? Non, « Stop Covid » va faire un flop. Ce n’est pas une raison pour ne pas s’y opposer, au nom de la défense des libertés. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !