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©MICHAL CIZEK / AFP

Union sacrée?

Steve Bannon à l’assaut de l’Europe : ce que va vraiment apporter l’ex-éminence grise de Donald Trump aux populistes européens

Steve Bannon devrait se rendre en Europe pour le lancement de sa fondation "Le Mouvement". Mais l'accueil que lui réservent les partis populistes européens semble plus froid que prévu.

Jean-Yves Camus

Jean-Yves Camus

Chercheur associé à l'Iris, Jean-Yves Camus est un spécialiste reconnu des questions liées aux nationalismes européens et de l'extrême-droite. Il est directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès et senior fellow au Centre for the Analysis of the Radical Right (CARR)

Il a notamment co-publié Les droites extrêmes en Europe (2015, éditions du Seuil).

 

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Atlantico : Steve Bannon a annoncé le lancement d'une fondation nommée "Le mouvement" destinée à organiser les différents courants de droite radicale à travers l'Europe pour "mettre l'Union européenne à terre". Dans les prochaines semaines, l'ex conseiller de Donald Trump devrait se rendre en Europe pour concrétiser son projet. Mais dans les faits, que peut vraiment apporter Steve Bannon aux différents partis populistes européens?

Jean-Yves Camus : Steve Bannon arrive en Europe à un moment où les droites radicales ont déjà tracé leur route. Ni lui, ni aucun autre consultant étranger ne peut s'attribuer l'émergence des populismes scandinaves et leur marche vers le pouvoir ( qui démarre dans les années 80), le succès d'Orban, du PiS polonais, de la Lega Nord qui appartenait déjà à la première coalition formée par Berlusconi au milieu des années 90. Jean-Marie Le Pen et sa fille se sont "faits tous seuls". Ou plutôt, ce sont des traditions idéologiques nationales qui, dans un contexte politique favorable, ont permis aux droites radicales de contester aujourd'hui la prééminence du conservatisme traditionnel. Ce que Bannon, fort de son expérience de consultant politique américain, peut apporter, ce sont des pistes de financement, des méthodes efficientes de levées de fonds et des techniques de marketing politique. Et encore: les législations européennes dur le financement de la vie politique, l'interdiction des campagnes de dénigrement de l'adversaire, rendent la chose compliquée. Admettons qu'il puisse apporter une aide à la professionnalisation de certains partis. Il faudra alors qu'il se fasse à l'antiaméricanisme qui subsiste dans certaines formations qui, avec raison pour le coup, pensent qu'on ne l'on ne décide pas de l'avenir de leur pays avec des conseils venus d'outre-Atlantique, donc fondamentalement, principiellement hostiles à ce qu'émerge une Europe forte, fut-elle une Europe des Nations.

Pensez-vous que Bannon soit vraiment utile aux partis populistes considérant leurs succès électoraux ? Que penser du "scepticisme" affiché par ces derniers qui est rapporté par le journal Le Monde ?

L'annonce par Nigel Farage de son retour actif en politique, en faveur d'un Brexit "dur", est peut-être une opportunité spécifique pour Bannon car l'ancien dirigeant de UKIP est sans doute le plus proche du courant que l'ancien conseiller de Trump représente. Ceci étant, il n'y aura en principe pas d'élections européennes au Royaume-Uni, sauf à ce que celui-ci revienne sur sa sortie de l'Union européenne. Mis à part ce cas, stratégiquement important car le Brexit a vraiment miné l'Union telle qu'elle est, je doute des capacités de Bannon. D'abord parce que sa culture politique n'est pas européenne. Ensuite parce qu'il ne représente plus, loin s'en faut, la majorité de ceux qui soutiennent Trump, que ce soit idéologiquement,financièrement ou médiatiquement ( Breitbart a rompu avec lui): il ne pourra pas "vendre"l'idée que le président des Etats-Unis soutient les mêmes partis que lui. Enfin, de manière pragmatique, mettez-vous à la place des dirigeants des droites radicales: qui d'entre eux voudra, en cas de victoire aux européennes, mettre cette victoire au crédit, même partiel, de Bannon et non au sien? 

A supposer que le plan de Steve Bannon se concrétise et que ce dernier arriver à rallier les partis populistes en transcendant leurs divisions, quel serait l'intérêt des américains si un tel scénario se concrétise ? Qu'auraient-ils vraiment à y gagner ?

Ils ont à y gagner l'affaiblissement politique, économique, militaire, du continent européen et le retour, qu'à mon avis Trump comme Bannon espèrent, d'un retour au condominium américano-russe sur les affaires du monde. Stratégie qui   me semble aussi être celle du pouvoir russe, occupé à reconstituer à l'est de l'Europe un glacis composé de pays gouvernés par des partis qui ne lui sont pas hostiles (le FIDESZ hongrois par exemple) ou qui du moins, travaillent à l'instauration d'un régime national-conservateur qui réfute les idées-phares de l'Union européenne ( ainsi le PiS polonais). Si Bannon comprend quelque chose à la géopolitique, il a deux choses à faire: s'intéresser aux pays baltes et à ceux qui, dans les Balkans, doivent constituer le prochain train d'adhésion à l'UE. Détacher ces pays de l'Europe ou les empêcher d'y accéder, c'est la briser totalement.

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