"On va évidemment nier avoir versé une rançon" | Atlantico.fr
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Stéphane Taponier et Hervè Ghesquière libres...
Stéphane Taponier et Hervè Ghesquière libres...
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Ghesquière/Taponier

"On va évidemment nier avoir versé une rançon"

Stéphane Taponier et Hervè Ghesquière, les deux journalistes de France Télévisions enlevés en Afghanistan en décembre 2009, viennent d'être libérés. Gérard de Villiers, bon connaisseur de ce pays et spécialiste des relations internationales, livre ses impressions sur l'envers du décor de la libération des deux otages français.

Gérard de Villiers

Gérard de Villiers

Gérard de Villiers, est un journaliste, écrivain et éditeur français. Il est diplômé de l'IEP Paris et de l'ESJ Paris. Il a été reporter à Rivarol, Paris-Presse, France-Dimanche. Il est célèbre dans le monde entier pour ses romans d'espionnage S.A.S, traduits en plusieurs langues. Son dernier ouvrage, récemment paru, s'intitule Le chemin de Damas[1].


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Atlantico : Que savez-vous de cette libération ?

Gérard de Villiers : La DGSE avait une équipe sur place depuis très longtemps, ils ont beaucoup travaillé, ils avaient des contacts permanents et se sont mis d'accord avec les talibans sur les otages à libérer, puisque je pense qu'au niveau de l'argent il n'y a jamais eu de véritables mésententes. Il y a une semaine environ, un de mes amis qui entretient des liens avec la Maison [les services de renseignements français, NDLR], qui a été visiteur à Guantanamo et qui connaît très bien les talibans, est parti à Kaboul pour voir s'il pouvait faire quelque chose pour les otages. Mais ce n'était pas le premier. L'annonce de Sarkozy du début du retrait des troupes françaises d'Afghanistan a forcément joué un rôle. A mon avis, c'est quelque chose qui était déjà dans les tuyaux. Mon ami est parti et a terminé le travail puisqu'il a de très bons contacts à Kaboul. C'est un succès, surtout pour la DGSE, ils ont beaucoup travaillé et ils ont toujours gardé le contact. La dernière phase est toujours un petit peu délicate parce que les gens qui relâchent des otages ont peur de se faire sécher tout de suite après.

Quelles ont été les contreparties de cette libération ?

Les contreparties sont classiques. Tout d'abord de l'argent, puis la libération de personnes. Mon ami qui a travaillé à Kaboul à la libération des otages, étant afghan, parlant pachtoune, dari, français et anglais, a pu négocier des choses que des étrangers ne pourraient pas négocier. Par exemple si un taliban demande qu'on libère son frère et que ce n'est pas possible, il ira le voir pour lui expliquer qu'on peut libérer son cousin mais pas son frère, entre Afghans cela peut marcher.

Je pense aussi que les Américains n'ont pas levé le petit doigt pendant très longtemps alors qu'ils avaient la clé de certaines libérations.

Que pensez-vous du rôle des accompagnateurs, alors qu'on sait que ceux détenus avec les journalistes ont été libérés avant, et que cela n'a pas été rendu public ?

Tout d'abord, il est certain que sur les trois accompagnateurs, l'un d'entre eux a balancé tous les autres, c'est a dire les journalistes et les autres accompagnateurs. Après je ne sais pas lequel et je ne pense pas qu'ils le sachent non plus. C'est en tout cas ce que l'enquête de la DGSE a prouvé. Pour ce qui est de la libération des accompagnateurs non rendue publique, cela tient à une chose très simple : la peau d'un Afghan n'est pas celle d'un Européen. C'était un geste de bonne volonté qui ne coûtait rien. Par exemple, quand Aqmi a libéré, parmi les sept otages qu'ils détenaient, deux Africains et une femme malade, cela ne leur a pas coûté grand chose. Ils ont dû toucher un peu d'argent. Et ils ont pu par la suite continuer sereinement les négociations.

Que pensez-vous du timing de cette opération ?

Le retrait des troupes françaises d'Afghanistan a sûrement dû jouer un rôle. En tout cas ce que je savais, c'est que les personnes qui détenaient les otages n'appartenaient ni au clan de Goulgoudin Ekhmatziar, ni au clan d'Haqqani, qui est le plus radical. Ce qui veut dire qu'il est probable qu'ils relevaient de l'autorité du Mollah Omar. Or, il très vraisemblable que le Mollah Omar ait participé aux négociations.

Tout est-il dit autour de cette libération ?

On va évidemment nié avoir versé une rançon, c'est un grand classique. Je ne connais aucun otage libéré sans le versement d'une rançon. Cela s'appelle les frais de pension.

Allons-nous en rester là ?

Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de risquer la vie de soldats français pour venger une prise d'otage, surtout au vu de notre imminent retrait du pays. L'histoire le montre, à Bagdad ou au Liban, nous en somme restés là. Il existe de très rares cas de représailles.

Que pouvez-vous nous dire sur leur captivité ?

Je connais bien l'Afghanistan, lorsque vous êtes dans le pays vous êtes aux mains de votre accompagnateur. S'il vous embarque dans un coup pourri, c'est fini. Mais ils n'ont probablement jamais été en danger de mort puisqu'un otage mort ne vaut plus rien. On ne tue jamais les otages. Quand vous tenez un tas de dollars vous n'allez pas le brûler. Mais, ils ont tout de même passé plus de 500 jours en captivité, moi qui connais l'Afghanistan, j'imagine ce que leur captivité à dû être. Ça a dû être extrêmement difficile. Même en admettant qu'il aient vécu comme leurs ravisseurs, ils ont dû vivre extrêmement mal puisque les ravisseurs vivent très mal. Les conditions climatiques sont très difficiles, il fait horriblement chaud l'été et extrêmement froid l'hiver. Ils ont dû établir des filières pour obtenir des médicaments et ce genre de choses parce qu'ils en avaient besoin, mais la vie de tous les jours a dû être très difficile.

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