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Sortir la politique française de la préhistoire : leçon 4 - La force de l’habitude
©Reuters

Série militantisme

Sortir la politique française de la préhistoire : leçon 4 - La force de l’habitude

Tout est une question d'habitude. Okay, mais le vote aussi alors ! Après les liens entre psychologie et abstention, la personnalisation des campagnes, la pression sociale du vote, voici le quatrième volet de notre série sur les expériences américaines qui pourraient nous inspirer.

Amélie de Montchalin

Amélie de Montchalin

Amélie de Montchalin  diplômée d'HEC et de la Harvard Kennedy School. Elle participe au groupe de réflexion la Boîte à idées.

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 La Boîte à idées

La Boîte à idées

La Boîte à idées est un groupe de réflexion. Composée de hauts fonctionnaires et d'experts du secteur privé, elle émet régulièrement des propositions afin de peser sur la ligne politique de l'UMP.

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Nombre de nos actions sont régies, non par notre libre-arbitre, mais par nos habitudes. Et notre comportement électoral n’échappe pas à cette règle.

Contrairement à ce que nous aimerions croire, notre quotidien est largement régi par nos habitudes. Selon des chercheurs en psychologie de l’Université de Duke, ce "pouvoir de l’habitude" sur nos vies régirait jusqu’à 40 % de nos actions quotidiennes. Une fois adoptée, l’habitude nous offre en effet un certain confort : elle donne de la cohérence à nos vie, relie les actions entre elles à travers le temps et, surtout, nous épargne de longues réflexions sur le bien-fondé de tel ou tel choix.

Est-ce à dire que nous sommes condamnés à reproduire les mêmes gestes, jour après jour, jusqu’à ce que mort s’ensuive ? Heureusement pas. Mais nombre d’entre eux sont gravés en nous au point de nous paraître innés. Brian Wansink, chercheur en sciences comportementales et nutrition à l’Université de Cornell, a ainsi montré dans une étude bien connue que le fait de finir son assiette déclenchait en nous une sensation de satiété. Ainsi, par la force de l’habitude, notre esprit associe l’assiette vide à la fin du repas. A contrario, placés face à un bol de soupe qui ne se viderait jamais, nos repères se brouillent et nous sommes plus tardivement repus.

Keep voting

Dans un tout autre domaine, des chercheurs américains ont évalué l’impact des "habitudes" en matière électorale. Il en ressort que, pour un électeur donné, la participation ou l’abstention aux scrutins passés rend facilement prévisible le comportement au prochain scrutin.

L’habitude de voter serait même un indicateur plus fort que des caractéristiques socio-économiques, pour prévoir la participation électorale future. Dans un article publié en 1999, Donald Green de l’Université de Yale et Roni Schahar de l’Université de Tel Aviv, ont étudié en détail des échantillons d’électeurs américains sur les cycles électoraux nationaux de 1972/1974/1976 et 1992/1994/1996. Ils observent que, pour une catégorie d’électeurs dont le profil socio-économique prédirait une participation de 16 %, le niveau atteint en réalité 50 % si l’on se concentre sur ceux ayant voté au moins une fois lors des deux dernières élections nationales.

Créer des "habitudes électorales" pourrait ainsi constituer un outil intéressant de lutte contre l’abstention. On pourrait par exemple, en prévision d’un scrutin, remémorer aux électeurs leurs comportements passés en termes de vote, en ciblant naturellement ceux qui ont voté.

Aux Etats-Unis, cette méthode est déjà largement utilisée. Les partis rappellent ainsi aux électeurs leur "historique de participation" : à quelles élections ils ont participé, auxquelles ils se sont abstenus – sans connaitre ou mentionner le candidat soutenu, mais en ciblant des zones connues pour leur adhésion aux idées démocrates ou républicaines. "You voted in the past 2 elections, keep going ! ".

Fier d’être un électeur

Si ces campagnes de rappel des comportements passés ont des effets positifs sur la participation électorale, il reste néanmoins difficile de faire clairement la part entre les nombreux effets susceptibles d’influencer la participation : le fait de participer à une étude et d’être encouragé à voter, le sentiment de se sentir surveillé ou celui, enfin, de se voir remémorer ses comportements passés.

Il n’en reste pas moins que cette démarche, qui permet de créer un sentiment de continuité, de cohérence entre les différentes élections, mérite réflexion. Elle fait naître une "histoire" entre des exercices politiques souvent perçus comme une série de points isolés et distants dans la vie des électeurs.

  • La France possède à cet égard, un outil aussi redoutable que sous exploité : la carte d’électeur, porteuse de notre mémoire électorale. Utilisée plus efficacement, celle-ci pourrait encourager une continuité électorale et rappeler à chacun ses habitudes à la veille d’un scrutin. On pourrait par exemple numériser les données de participation électorale, et envoyer à l’électeur, avant un vote, non seulement  une carte – comme cela se fait déjà –, mais également tout son historique de participation.

Au-delà de la seule formation d’habitude et d’une certaine "routine", cette initiative pourrait également faire naitre chez certains une forme de fierté personnelle d’être un électeur, sinon fidèle à un parti, du moins au processus démocratique lui-même.

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