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Sommet de la nouvelle route de la Soie : la Chine veut échanger avec l'Europe sans les Etats-Unis
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Orient Express

Sommet de la nouvelle route de la Soie : la Chine veut échanger avec l'Europe sans les Etats-Unis

Une nouvelle autoroute commerciale allant de Pékin jusqu'à Londres : c'est le projet pharaonique que propose le gouvernement chinois à tous les pays du bloc eurasien.

Valérie Niquet

Valérie Niquet

Valérie Niquet est Maître de recherche et responsable du pôle Asie à la FRS.  Elle est l'auteure du livre "La puissance chinoise en 100 questions" aux éditions Tallandier.

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En quoi consiste concrètement cette nouvelle version du projet de "Route de la Soie" (appelé aussi par Pékin "Une Ceinture, Une Route", OBOR en anglais) présenté par Xi Jinping le week-end dernier et sensé concerner 65 nations de l'Asie à l'Europe, soit 60% de la population ?

Valérie Niquet : Plus qu’un nouveau projet , il s’agit plutôt d’un nouvel avatar du projet grandiose annoncé en 2013 et qui a depuis démontré ses difficultés à se mettre en place concrètement, y compris en termes de financements. Régulièrement, on voit de nouveaux effets d’annonce, cette année, Xi Jiping a promis un nouvel engagement financier de la Chine pour un montant de 113 milliards de dollars, assumé par les banques d’Etat chinoiseS, ainsi que de nouveaux fonds pour le corridor sino-pakistanais, qui constitue aujourd’hui la principale réalisation concrète  du projet.  Pour Xi Jinping, et la puissance chinoise, la dimension économique est importante, notamment parce qu’elle permet en partie d’exporter les surcapacités que l’économie chinoise - qui poursuit son ralentissement - n’est plus capable d’absorber. Mais la dimension politico-stratégique est au moins aussi importante pour Xi Jinping lui-même, qui défend aussi son statut de leader suprême incontesté à l’occasion du congrès du parti communiste qui aura lieu à Pékin au mois d’octobre. 

A ce titre, le sommet de Pékin sur la route de la soie est un évènement important, destiné au moins autant à l’opinion publique intérieure en Chine qu’à  l’extérieur. Les images et les chiffres comptent, même si en réalité la participation au plus haut  niveau se limite aux Etats proches de Pékin (Russie, Turquie, Pakistan), ou qui attendent la manne des investissements chinois. l’Inde, par exemple, en dépit des pressions chinoises, s’est placée en dehors du projet. des pays comme le Brésil, ont considérablement réduits leur engagement financier dans l’AIIB. En revanche, la participation de Matt Pottinger, conseiller pour l’Asie de la Maison blanche est un succès pour Xi Jinping, engagé dans une stratégie de deal avec le Président américain. 

Xi Jinping a appelé dans son discours à rejeter le protectionisme pour s'unir en un "vol d'oies sauvages". Quelle est la stratégie de Pékin dans la volonté de former une alliance continentale ? S'agit-il d'offrir une alternative stratégique à sa façade maritime, déjà suffisemment développée ?

Le projet de routes de la soie sert aussi les intérêts des provinces chinoises de l’intérieur qui, en utilisant ce label, peuvent espérer libérer l’octroi de nouveaux crédits,  pour des projets très divers et pas toujours cohérents, toujours dans les infrastructures ou l’immobilier. L’un des meilleurs exemples en est la multiplication de lignes de chemin de fer entre la Chine de l’intérieur et l’Europe, qui permettent d’offrir des images concrètes de  mise en oeuvre de la route de la soie, mais sont d’une rentabilité très limitée. Surtout, les pays inclus dans le projet en Asie centrale et en Asie du Sud font partie des plus fragiles politiquement et financièrement, offrant des opportunités de rentabilité très limitées pour les banques et entreprises chinoises. Par ailleurs, la reprise du symbole du vol d’oies sauvages par Xi Jinping est intéressante, c’est celui qui a été appliquée au modèle de développement japonais appliqué à l’Asie dans les années 1970-1980. En reprenant cette image, Xi Jinping veut imposer la Chine comme le nouveau leader économique de la région, reléguant définitivement - et symboliquement - la puissance japonaise à une place marginale. Là aussi, la dimension stratégique est au moins aussi réelle que la dimension économique.

Quels sont les dangers de cette nouvelle stratégie de la Chine ? Doit-on y voir une stratégie pour augmenter encore plus leurs exportations et inonder nos pays de marchandises chinoises ?

Plus que la menace d’invasion de produits chinois - qui s’est déjà produite - le principal danger que présente le projet de route de la soie est de susciter une adhésion  sans discernement. Pour les pays directement impliqués, les risques de déception, en matière d’investissements, peuvent être importants. Le passage sous la coupe de la puissance chinoise pour les pays les plus faibles est également réel. Au-delà, ce projet fait partie de la construction d’image d’une superpuissance chinoise incontournable, et adhérer à cette image pourrait avoir des conséquences fortement déstabilisatrices en encourageant Pékin dans ses ambitions d’affirmation de puissance, notamment en Asie. 

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