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Un homme tient dans sa main des billets en euros et s'apprête à payer pour son plein d'essence dans une station-service à Lille.
Un homme tient dans sa main des billets en euros et s'apprête à payer pour son plein d'essence dans une station-service à Lille.
©Philippe HUGUEN / AFP

Inflation sur l’énergie

Sommes-nous prêts à assumer le coût du paradoxe des énergies fossiles ?

Compte tenu de la baisse structurelle à long terme de la demande d'essence et de diesel, les raffineurs sont confrontés à un dilemme sur la question des investissements à mener et sur le maintien de la capacité existante.

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec est un spécialiste de l’énergie et en particulier du pétrole et professeur à l’Ecole du Pétrole et des Moteurs, où il a dirigé le Centre Economie et Gestion. 

Il a publié plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur des sujets touchant à l’économie et à la géopolitique de l’énergie et en particulier Exploitation et Gestion du Raffinage (français et anglais), Recherche et Production du Pétrole et du Gaz (français et anglais en 2011), l’Energie à Quel Prix ? (2006) et Géopolitique de l’Energie (français 2009, anglais 2011).

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Atlantico : Alors que les prix des carburants sont en forte hausse depuis le depuis le début de l’année 2022, les raffineurs de pétrole investissent toujours plus pour maintenir la capacité existante. Comment expliquer cette décision, compte tenu de la baisse structurelle à long terme de la demande d'essence et de diesel ?

Jean-Pierre Favennec : Le prix de l’énergie a considérablement augmenté récemment. En 2021, avant la crise Ukrainienne, le prix du gaz a été multiplié par cinq sur les marchés internationaux. Le prix du pétrole a également augmenté. En début d’année, avant l’invasion de l’Ukraine, le prix du baril était proche de 100 dollars. L’invasion de l’Ukraine par la Russie n’a pas beaucoup modifié le prix du pétrole. IL n’en est pas de même pour l’essence et le gazole.

L’augmentation du prix des carburants à la pompe (mais également du fuel domestique et du carburéacteur) s’explique :

- Bien entendu par la hausse du prix du brut. On remarquera cependant que le prix du brut a déjà été largement supérieur à 100 dollars par baril entre 2008 et 2014 alors que le prix de l’essence et du gazole restait très inférieur à la barre des 2 Euros par litre

- Par la forte baisse du taux de change de l’Euro par rapport au dollar. Il était proche de 1,20 dollars pour un Euro il y a peu. Il se rapproche d’un dollar pour un euro actuellement, taux que l’on avait pas observé depuis de nombreuses années

- Surtout par une très forte augmentation de la marge de raffinage, c’est-à-dire de l’écart entre la valeur moyenne des produits pétroliers et le prix du pétrole brut. Cet écart, de l’ordre de quelques dollars avant la crise ukrainienne est désormais de plusieurs dizaines de dollars. L’explication tient au fait que la Russie était une source très importante, non seulement de pétrole brut mais également de produits pétroliers pour l’Europe et l’Afrique. La guerre en Ukraine a de fait empêché les importations européennes de produits russes et conduit à de très fortes tensions sur les marchés des produits.

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Faut-il vraiment s’étonner de ces investissements ? Peut-on parler d’un dilemme pour les raffineurs de pétrole ? S’exposent-ils à des risques en cas de baisse de la demande dans les prochaines années ?

Les capacités de raffinage ont diminué en 2021. Nous sommes dans une situation complexe. La reprise économique après le COVID se traduit au niveau mondial par une forte augmentation de la demande de produits pétroliers, en particulier dans les pays émergents. Mais la menace du changement climatique, les avertissements du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) conduit les grandes compagnies de secteur pétrole et gaz à ralentir leurs investissements dans le secteur du pétrole. Ces investissements ont été divisés par deux entre 2014 et 2021 passant de 750 milliards de dollars à environ 350 milliards. Les capacités de raffinage ont effectivement diminué en 2021. Si l’on prend le cas français, le nombre de raffineries est passé de 23 en 1973 à 8 en 2021. Les seules régions où des raffineries de pétrole sont en construction sont le Moyen-Orient (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis) qui exporte désormais des produits vers l’Afrique et vers l’Europe et l’Asie pour ses besoins intérieurs et pour l’exportation.

Selon BloombergNEF, le pic de la demande d’essence sera atteint en 2026, contre 2029 pour le diesel. Comment expliquer que ces pics aient été repoussés par rapport aux précédentes prévisions ? Faut-il craindre un long cycle de prix élevés ? Avec quelles conséquences ?

S’il est très probable que la consommation de pétrole (comme celle de charbon et un peu plus tard de gaz naturel) devra diminuer à terme pour limiter les émissions de gaz à effet de serre qui sont responsables du changement climatique, il est hasardeux de fixer une date pour le déclin de la consommation de pétrole même si la situation en cet été 2022 montre les effets catastrophiques du changement climatique. Il est probable que la demande de produits pétroliers et en particulier d’essence et de gazole restera forte au niveau mondial dans les toutes prochaines années. Forte demande et investissements limités pour y faire face devraient conduire au maintien de prix élevés.

Une fois ces pics de la demande passés, les prix des carburants devraient-ils baisser ? Avec quelles conséquences pour les raffineurs ?

Il est probable que les investissements dans le raffinage du pétrole, en Europe et en Amérique, resteront très limités dans le futur. D’où le maintien de prix élevés pour l’essence et le gazole avant que l’impact de mesures d’économie d’énergie et le remplacement des moteurs thermiques des véhicules, qui fonctionnent avec de l’essence et du gazole, par des moteurs électriques se fasse sentir.

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