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Le président français Emmanuel Macron lors d'une rencontre avec des membres du collectif Scale-Up Europe à l'Elysée le 15 juin 2021.
Le président français Emmanuel Macron lors d'une rencontre avec des membres du collectif Scale-Up Europe à l'Elysée le 15 juin 2021.
©YOAN VALAT / POOL / AFP

Les entrepreneurs parlent aux Français

Softbank : quand un fonds privé fait ce que l’Etat ne sait pas initier

Les start-ups, les PME et ETI innovantes, pourraient trouver à travers Softbank un partenaire que la réussite et la mondialisation intéresse plus que le seul fait d’exister ou de remporter des prix.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 

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Mercredi dernier j’ai vécu un moment irréel. Un moment suspendu au sens propre et figuré. Un de ces moments qui vous fait dire qu’à un moment ou un autre, le privé finit par palier à la défaillance des États d’un Continent perdu : l’Europe.

Un de ces moments où l’on se prend à rêver que le talent va enfin être récompensé à la hauteur de son ambition. A défaut d’avoir une Europe consciente de sa perte de vitesse, pour ne pas dire de son déclin, nos start-up, « scale-up », PME et ETI innovante, auront enfin un partenaire que la réussite et la mondialisation intéresse plus que le seul fait d’exister ou de remporter des prix, de s’épuiser en enfilant les mini-levées de fonds comme on enfile des perles, au lieu de faire du chiffre d’affaire et de nourrir la conquête du monde.

Mercredi j’ai dîné avec quelques belles licornes françaises, dont certaines ont entre les mains un véritable marché, à la bouche une ambition sans limite et en ligne de mire l’Asie ou les USA, qui contrairement à l’Europe, sont de véritables terres de jeu harmonieuses. Même langue, mêmes règles ou proches, et non 26 régulations à vaincre, dont l’harmonisation demande d’investir une partie de sa trésorerie en conseils, avocats et en doliprane du fait du mal de crâne garantit !! Ce dîner était organisé à la demande du Japonais Softbank, dont 2 des patrons internationaux étaient avec nous. 2 types géniaux, tellement détendus et sympas, quand on considère l’arrogance avec laquelle vous traitent la plupart des fonds français qui ne vous accordent pourtant en contrepartie, que l’aumône, au prix de valorisations ridicules et castratrices pour les fondateurs.

Le discours de ces 2 collaborateurs du désormais fameux Masayoshi Son, connu pour avoir constitué le plus gros fonds jamais levé dans le monde, (100 Milliards, excusez du peu), est simple : « Nous cherchons les stars des plus grands secteurs de l’innovation dans le monde, nous sommes capables de dépenser 1 milliard par mois pour qu’ils aient les moyens de leurs ambitions, nous ne discutons que peu ou pas les valorisations, car nous voulons des entrepreneurs motivés et la France fait partie de nos points d’attention ». En clair, là où la presse et les commentateurs se gargarisent que la France, soit l’une des premières terres d’investissement dans les start-up, avec un montant pourtant ridicule (inférieur à 2Mds), voilà un investisseur, unique, qui à lui seul pourrait multiplier ce chiffre par 6 ! Du jamais, vu.

Softbank, souvent critiqué pour ses paris chers et risqués (We Work était un exemple souvent donné), sur une ingénierie financière assez complexe, dont nombre d’acteurs anticipaient, avec un certain plaisir, la faillite programmée, sort de la crise du Covid avec un bilan « dingue », des plus-values records et un appétit renouvelé.

Ils sont devenus les plus gros investisseurs en Amérique du Sud en moins de 5 ans, et vont devenir à ce rythme les 1ers en Europe en peu de temps. 3 deals signés en 3 semaines et 10 en cours. Un tsunami bénéfique pour nos entrepreneurs, et révolutionnaire pour le capital-risque français, qui va devoir se réinventer ou se faire assécher. Se transformer ou se contenter des miettes et des canards boiteux.

Softbank est le premier investisseur dans une « petite » (humour !) boîte de l’internet Chinois, Ali Baba ! Avec 24% du capital, il en est le premier investisseur, avec au passage, une participation évaluée à 144Mds de dollars !!!!! Et ce n’est pas tout. Ils sont aussi investisseurs chez Didi, le Uber Chinois, à qui d’ailleurs Uber a été « invité » par les Chinois à céder son activité en échange d’une participation confortable, qui gonfle d’ailleurs la valeur de Uber. Maintenant que Didi va entrer en bourse, la participation de Softbank est évaluée à 44Mds de dollars. Non vous ne rêvez pas, je n’ai pas ajouté de 0 par erreur. Rien que ces 2 participations valent 200Mds de dollars. Même en euros, cela pèse…

Qu’est-ce que son arrivée en France va changer (et en Europe).

La CEE n’a aucune stratégie valide et claire, au jour où nous parlons, sur le numérique. Softbank va y palier à elle seule. Elle va financer tous ceux qui ont compris que l’IA, la data, l’automatisation et toutes ses applications allaient gouverner le monde et leur donner des ailes, partout dans le monde. Elle va donc financer et orienter, une tâche que nos gouvernements incompétents sur ces matières (notamment) auraient dû pousser pour l’une et définir pour l’autre.

Pour la France cela peut être un changement décisif, un point qui marquera le début d’un nouvel avenir. Nous avons des milliers d’entrepreneurs de talent, qui n’ont pas les investisseurs qu’ils méritent. Les investisseurs français qui font soi-disant de l’amorçage, ne vous donne rien tant que vous ne faites pas 50K€ de chiffre d’affaire, en clair quand vous n’avez plus besoin d’amorçage ! Ensuite les valorisations sont toujours basses et pénalisantes, presque humiliantes, pour des entrepreneurs à qui on explique que le fonds prend plus de risque que l’entrepreneur et doit donc lui « voler » son indépendance et son capital. Lorsqu’une start-up commence à monter un « business plan » avec une valorisation supérieure à 3 ou 5 millions, vous voyez nos « risqueurs » partir en courant en criant au fou. Pas Softbank. Et quand vous commencez à leur dire que vous visez les USA ou la Chine dès la seconde année, les investisseurs français commencent à composer le numéro de Ste Anne, afin que l’on vous pose la camisole. L’international sans être fort en France, vous n’y pensez pas !! Pensez petit, pour le grand on verra plus tard. Et quand finalement vous prouvez que vous êtes prêts pour l’international et qu’il vous faut 200 millions, si vous craignez la foule, soyez rassuré, vous n’aurez plus personne autour de vous. Le dernier français à avoir levé 500 millions, Jonathan Cherki, le fondateur de Square Content, l’a fait aux USA avec…… Softbank ! CQFD.

Les Français vont enfin avoir un partenaire à hauteur de leur talent et de leur ambition légitime. Ils ne sont peut-être pas aussi bons que leurs confères Israéliens (mais qui est meilleur qu’eux ?), mais quand même plutôt très bons et Softbank l’a remarqué. Plutôt que les PDG du « tech for good » initié par E.Macron, ce défilé convenu d’inutilité, qui suit ou précède Vivatech, dont l’Élysée est le sponsor officiel, pendant lequel les plus grands patrons américains viennent dire à quel point les français sont talentueux, mais sans jamais y investir, ou à la marge, Softbank, elle, va mettre « la main là où est sa bouche » (traduction d’une expression américaine), et traduire de façon sonnante mais pas trébuchante, sa promesse. 1Mds par mois !

Softbank va obliger les autres à ravaler leur pensée étriquée et voir aussi grand qu’elle. Je trouve cela excitant et remarquable. Je suis témoin de leurs premiers deals, et je peux vous dire que la parole est conforme à la promesse. C’est même stupéfiant.

Je suis donc très heureux de ce moment suspendu, lors d’un dîner dans le 10ème arrondissement de Paris, dans un appartement dominant du haut de son dixième étage et de sa terrasse à 360° sur la belle ville de Paris (les dégâts Hidalgotiens se voient moins d’en haut !), entouré d’entrepreneurs qui ont enfin trouvé un marieur prêt à financer leur bague de fiançailles en diamant au lieu de devoir l’acheter chez Tati. Désormais les français, au lieu de se « contenter » d’être dans le « top ten » des cadres des plus belles boîtes de la Valley, pourront en être les patrons et patronnes.

Je dois me claquer. Je ne parviens pas encore à redescendre sur terre, c’est presque trop beau pour être vrai. A partir de demain, je me nourris exclusivement de sushis. Pas besoin de remplacer mon café quotidien par du thé vert, en revanche, car c’est déjà ce que je faisais depuis toujours, n’ayant jamais bu de café. Si vous êtes ambitieux, vous savez qui appeler.

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