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Vous voulez fasciner ? Sachez dire "non"
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Bonne feuilles

Vous voulez fasciner ? Sachez dire "non"

Nombre d'entre nous aimeraient avoir une baguette, un philtre ou un pouvoir magique afin que ceux auxquels ils s'adressent se passionnent pour leurs propos, leur personnalité, ce qu'ils font ou les domaines auxquels ils souhaiteraient les intéresser. Combien aimeraient connaître la méthode idéale pour séduire, convaincre et persuader ? Pourtant la réponse à la question "Comment fasciner ?" n'a été que rarement explicitée. Extrait de "Le pouvoir de fascination. Les secrets de la séduction" de Jacques H. Paget, publié aux éditions Plon. 1/2

Jacques H. Paget

Jacques H. Paget

Avocat de formation, expert en négociations et conférencier international, Jacques H. Paget possède une solide formation sur l’illusionnisme. Conseiller auprès des dirigeants d'entreprises sur les principes psychologiques de persuasion utilisés en illusionnisme de haut niveau, il l'auteur du Pouvoir de l'illusion. Les clés de votre réussite (Plon, 2005), Les Grands Secrets du monde de l'illusionnisme (Eyrolles, 2005), Comment persuader les autres dans toutes les situations (Leduc.s Editions, 2012) et du Pouvoir de la force mentale. Les clés d'un moral d'acier (Plon, 2013).

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Nous avons beaucoup de mal à renoncer à tout ce qui nous est offert, lorsque cela nous ouvre de multiples possibilités. Il nous est donc toujours pénible de dire «non» aux opportunités et aux circonstances que nous offre la vie. Mais en matière de fascination, il est moins question d’exprimer un «non» que de faire ressentir qu’il existe autour de votre personne des zones de non-accessibilité. Prenons, pour comprendre cette question, l’exemple de la stature de l’acteur Lino Ventura. Il est certain que sa personnalité, telle que nous pouvons l’apprécier dans des films comme Les Tontons flingueurs, Garde à vue ou Touchez pas au grisbi, possède ce pouvoir de fasciner par son côté inaccessible. On peut retrouver cette similitude de comportement chez l’acteur américain Clint Eastwood. Chez Lino Ventura comme chez Clint Eastwood, nous percevons instantanément que ce ne sont pas des personnages à qui l’on peut se permettre de donner une bonne tape dans le dos en leur demandant : «Comment vas-tu, veille branche ? » Pour quelle raison? Parce que leur personnalité installe d’emblée une distance de respect qui engendre la fixation d’une limite de leur sphère d’autonomie personnelle, qu’il semble préférable de ne pas franchir sous peine de se voir refouler brutalement, voire violemment, hors de cette zone.

C’est cette zone d’inaccessibilité toute remplie d’un «Non, vous ne pouvez pas avoir accès ici» implicite qui crée la distance génératrice de fascination, donnant justement envie de savoir ce qui se cache derrière ce qui nous est interdit. Et cette attitude donne une force qui accroît l’intérêt. Les illusionnistes experts utilisent exactement cette force du « non » pour susciter la fascination. Comment ? Par une attitude initiale apparemment dépourvue de toute empathie. Sans que cela signifie pour autant qu’ils n’en soient pas capables. Mais parce que l’empathie n’est pas obligatoirement une vertu. Car tout dépend du contexte et du moment au cours duquel nous l’exprimons. Et nous touchons là une question cruciale de notre époque. L’empathie, notion dont beaucoup estiment de manière spontanée et sans beaucoup de réflexion qu’elle constitue une valeur relationnelle essentielle chez un individu évolué, n’est en réalité un sentiment et une attitude positifs que dans des cas précis et finalement peu nombreux.

En effet, le comportement empathique, bienveillant, qui se veut à même de comprendre les problèmes d’autrui et de se mettre à sa place, est souvent beaucoup plus révélateur d’une faiblesse de caractère que d’un véritable altruisme. Son authenticité va dépendre de l’instant et des personnes envers lesquelles nous allons la témoigner. En effet, il n’est possible d’avoir une réelle empathie qu’à l’égard de personnes proches de soi. Nous ne pouvons sincèrement prétendre ressentir ce qu’éprouve quelqu’un que si les émotions de cette personne nous sont connues et présentent des points communs avec ce que nous ressentons nous-mêmes. Nous pouvons éprouver une réelle empathie pour un membre de notre famille, un ami proche, une personne avec laquelle nous sommes en liens étroits, professionnels ou personnels, et avec laquelle nous partageons les mêmes aventures ou mésaventures. C’est cette possibilité de compréhension fondée sur les points de similitude de conditions de vie qui nous permettent de ressentir de l’empathie réelle pour les souffrances de l’autre. Mais c’est une idée étrange, souvent empreinte d’une forte vanité, que de prétendre avoir de l’empathie pour tous les humains de la planète, et bien souvent davantage pour ceux qui sont très loin de soi, plutôt que pour ceux qui nous sont proches. Cette empathie ne peut être réelle, à l’égard de ceux qui souffrent, que si nous allons à leur contact, comme le faisait mère Teresa. Le reste n’est que littérature ou bonnes intentions sans matérialité. Croire que l’on puisse partager des sentiments identiques pour des êtres lointains géographiquement, ou très différents de soi par la culture et les origines, est dans ce cas une illusion équivalente à celle de se mentir à soi-même. C’est par ailleurs le sens du dicton populaire « charité bien ordonnée commence par soi-même », signifiant que, avant de s’estimer capable d’assumer les problèmes d’autrui, il est préférable d’avoir résolu ses propres problèmes. Et qui peut prétendre aujourd’hui avoir surmonté toutes les épreuves de sa propre vie pour gérer celles des autres ? Même pas un dirigeant politique, dont cela est pourtant la vocation. Ayons la lucidité d’admettre que personne n’a le cœur assez vaste, ni assez d’argent, pour soulager toute la misère du monde. Même Bill Gates. Il est plus sain pour l’esprit d’avoir l’humilité d’en admettre la difficulté pour sortir du formatage d’un monde qui, sans en avoir les capacités, se veut débordant d’amour et de bons sentiments. Cette compassion exagérée surgissant dans tous les débats médiatisés constitue probablement la preuve de la grande faiblesse de l’Occident, où chacun n’a plus peur de se prendre pour Dieu, s’estimant capable d’une compassion pour le monde entier. Voire au-delà.

Dans le domaine du « close-up magic », les vrais professionnels se gardent d’afficher trop ouvertement une relative bienveillance envers leurs spectateurs. Cela pourrait effectivement les conduire à compatir vis-à-vis de leur déception, née de leur incompréhension, alors qu’ils ont tout fait pour les mettre dans cet état. Il y aurait là un comportement schizophrène équivalent à celui qui se réjouit de vendre des armes puis s’indigne des crimes commis avec en se portant au secours des victimes. Les illusionnistes de haut niveau conservent leur lucidité et savent que manifester de l’empathie pour quelqu’un que l’on ne connaît pas est une marque de faiblesse. Et que, dès lors, tout spectateur peut inconsciemment se prévaloir de cette fragilité perceptible pour bouleverser le bon déroulement du tour. De manière plus juste, il est préférable d’attendre d’avoir des raisons tangibles pour afficher ouvertement de la compassion et de l’empathie. Développer une empathie immédiate et spontanée fondée sur des paramètres encore intangibles ou inexistants serait curieux, voire suspect, et réveillerait instantanément méfiance et esprit critique pouvant contrarier les opérations nécessaires à la survenance de l’effet «magique ».

Comment est-il possible de ne pas montrer d’empathie à l’égard d’autrui dans les circonstances où il apparaîtrait illogique d’en montrer trop rapidement ? Par un procédé simple dans son principe mais plus délicat dans son application quotidienne : il convient d’éviter de tourner la tête trop rapidement et trop aisé- ment en direction de la personne qui s’adresse à vous pour lui répondre ou engager une conversation. Ce qui permet d’instaurer une distance évoquant une certaine inaccessibilité. Ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas regarder celui à qui l’on s’adresse. Mais il faut le faire en faisant ressentir que cela vous pèse, que cela vous demande un effort. Le secret de cette attitude particulière, qu’il n’est pas utile de pratiquer en dehors des situations où vous souhaitez fasciner, consiste à déplacer vos yeux sans bouger la tête en direction de celui qui s’adresse à vous, ce qui signifie que vous avez identifié l’origine du son de la voix que vous avez perçu, puis à tourner la tête là où votre regard s’est porté. Pas l’inverse. La plupart d’entre nous avons pour réflexe de tourner d’abord la tête puis de fixer notre regard sur notre interlocuteur. Ce n’est pas bon car cela manque de force. Et ceci doit être fait lentement. Très lentement. Sans aucune précipitation. Ce qui fait ressentir une force établie et éveille alors un intérêt considérable à l’égard de ce que vous allez dire. Revoyez les films avec Lino Ventura. Ou ceux avec Robert De Niro. Ils appliquent le principe de la manière suivante : s’ils veulent jouer quelqu’un d’ordinaire, ils tournent la tête d’abord et fixent ensuite leur regard comme la plupart des gens. S’ils veulent que leur personnage fascine, comme De Niro dans Taxi Driver, ils font le contraire. Il est certain que ce n’est pas une attitude très spontanée.

Extrait de "Le pouvoir de fascination. Les secrets de la séduction" de Jacques H. PAGET, publié aux éditions Plon.

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