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L'officialisation de la candidature d'Emmanuel Macron est attendue la semaine prochaine
L'officialisation de la candidature d'Emmanuel Macron est attendue la semaine prochaine
©LUDOVIC MARIN / AFP

Atlantico Business

Si la campagne présidentielle s’enlise dans la médiocrité, c’est qu’elle témoigne de l’appauvrissement de la classe politique

Alors qu’on attend la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron la semaine prochaine, les chefs d’entreprise considèrent dans leur majorité que la campagne présidentielle tourne en rond et ne traite pas les vrais problèmes de la France

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Les chefs d’entreprise ont été déçus par le discours de Valérie Pécresse dimanche dernier, mais il n’y a pas qu’elle. Plus généralement, ils regrettent que les candidats ne parlent pas des vrais problèmes. 

Les chefs d’entreprise sont fatigués comme tout le monde. Ils attendent d’une campagne présidentielle :

Premièrement, de pouvoir choisir un président et cette année, les cartes n’ont jamais été aussi brouillées. Il n’y a plus de gauche et la droite est coupée en trois parties. Pour couronner ce champ de ruines idéologique, il n’y a pas de personnalité qui se détache. Beaucoup attendaient Valérie Pécresse mais on ne peut pas dire que sa prestation, sur la forme comme sur le fond, ait été très convaincante. 

Deuxièmement, ils attendent forcément des promesses pour faciliter leur business, c’est logique et normal. C’est le jeu du lobbying mais personne ne trouve son compte puisque ça part dans tous les sens.
Trois : ils attendent aussi un exercice de pédagogie sur les grandes réformes, de façon à faciliter la prise de conscience du changement mais ça demande du courage politique. 

Jusqu’alors, la campagne présidentielle a tourné en rond

A gauche, à part Jean-Luc Mélenchon qui propose un changement de système, il ne se passe rien.  Toujours à gauche où les écologistes se sont réfugiés, il ne se passe plus rien. La gauche radicale est en miettes, la gauche sociale-démocrate doit s’être mise à l’abri chez Emmanuel Macron. 

A droite, Éric Zemmour s’est trouvé un couloir de nage avec l’immigration. Le courant le porte. 

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Et Valérie Pécresse fait le grand écart entre les thèses migratoires d’Éric Ciotti, très proche de Zemmour, et les thèses plus centristes, pas très éloignées de Macron, puisque beaucoup de ses partisans ont pied chez le président sortant en espérant qu‘il puisse conserver son job ce qui n’est pas garanti. Parce qu’actuellement, rien n’est écrit. 

Donc ce qui remonte à la surface des médias surexcités, ce sont des propos assez violents sur l’immigration, sur le pouvoir d’achat, avec des querelles ridicules et vulgaires sur les libertés individuelles, l’antisémitisme, il faut écouter Yannick Jadot, le candidat écologiste s’enfoncer dans l’antisémitisme et juger le personnel politique selon la couleur de la peau ou la religion.  C’est assez lamentable. Et on voit mal comment de telles assertions s’inscrivent dans l’écologie. 

Et tout cela est d’un niveau très médiocre, il n’y a pas de vue d’ensemble, pas d’analyse sociologique, pas de références idéologiques. Des petites phrases, du populisme. 

Sans faire de caricature mais la semaine dernière, on a vu des images de la rencontre entre Poutine et Macron, 5 heures de négociations, ça avait l’air sérieux. Mais difficile, en regardant ces images, d’imaginer une rencontre identique avec un des candidats actuels à la présidentielle. Ça ne le fait pas.

Cette campagne est intellectuellement pauvre parce que les candidats ne sont pas à la hauteur. D’où la démagogie, d’où le désintérêt des électeurs et sans doute l’abstention. Ça traduit d’ailleurs l’appauvrissement général de la classe politique française.

Et pourtant, les chefs d’entreprises savent exactement ce dont ils ont besoin. Ils reconnaissent que la situation économique est bonne. Bien meilleure que ce que leurs propres économistes avaient prévus, mais ils n’ont pas de visibilité sur l’avenir.

Le Medef de Geoffroy Roux de Bézieux auditionne les candidats. Le mouvement Ethic de Sophie de Menthon a convié tous les mêmes candidats à s’exprimer et les patrons n’ont pas reçu les précisions qu’ils attendaient. 

Les chefs d’entreprise ont besoin d’être rassurés parce que la situation est fragile. 

Économiquement, ça marche parce qu’il y a un rebond après le Covid mais les chefs d’entreprise ont besoin de savoir comment on va rééquilibrer les dépenses budgétaires ; comment on va absorber la dette ; comment on va gérer la mondialisation. 

Ils ont besoin de savoir comment on va redresser la situation internationale. On n’a pas de réponse de la part des candidats sur l’Ukraine, le pétrole, le nucléaire, les dépenses publiques. Il y a des dossiers précis qui devront être traités après la présidentielle. Et ces dossiers ne sont ni de droite, ni de gauche. Ils ont été recensés, ils sont défendus par les grandes et les petites entreprises   

Un. Les impôts de production qui pèsent directement sur la compétitivité. Tout le monde en parle mais personne ne dit par quoi on pourrait les remplacer. 

Deux : la fiscalité verte. Tout le monde est d’accord sur la transition écologique, mais les clivages sont sérieux sur la façon d’y arriver. 

Trois :  le dossier sur les retraites. Il faudra relever l’âge de départ mais tout le monde est très prudent parce qu’on craint une résistance et une révolte, type gilets jaunes.  

Quatre : les dépenses publiques. Nous sommes le pays qui a les dépenses publiques les plus lourdes, mais nous avons des services publics qui ne marchent pas :  l’hôpital, l’éducation.... Personne n’ose aborder cette question. Supporter des dépenses publiques très lourdes oui, à condition que le service soit à la hauteur. Sinon, mieux vaudrait confier la gestion des services publics au privé. 

Au-delà de ces quatre dossiers, il faudrait aussi revoir la durée du travail, arrêter de rêver sur la réindustrialisation et dégraisser la bureaucratie.

Alors les candidats sont capables de faire des diagnostics, mais aucun n’a présenté une solution alternative cohérente et responsable. 

On n’est actuellement qu’en campagne de premier tour, ce qui peut expliquer que chacun essaie de se faire remarquer mais il va bien falloir aborder les vraies questions. Sinon les Français finiront par se dire à quoi bon voter puisque rien ne changera.

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