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Y-a-t-il une asymétrie du couple face au désir ?
Y-a-t-il une asymétrie du couple face au désir ?
©Reuters

Mauvais genre

Sexe, amour, désir : l'homme est-il une femme comme les autres ?

Tout ce qu'on a oublié de dire lors de l'affaire DSK...

Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet est psychiatre, ancien Chef de Clinique à l’Hôpital Sainte-Anne et Directeur d’enseignement à l’Université Paris V.

Ses recherches portent essentiellement sur l'attention, la douleur, et dernièrement, la différence des sexes.

Ses travaux l'ont mené à écrire deux livres (L'attention, PUF; Sex aequo, le quiproquo des sexes, Albin Michel) et de nombreux articles dans des revues scientifiques. En 2018, il a publié le livre L'amour à l'épreuve du temps (Albin-Michel).

 

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L’affaire DSK a une dimension générale à laquelle on a accordé assez peu d’attention : c’est la question de l’asymétrie du couple face au désir, qui rappelle combien hommes et femmes diffèrent dans ce domaine. Pour exposer le fait, simulons la démonstration mathématique et résumons  par leurs initiales les protagonistes de ce couple exemplaire. Si la relation DSK-AS était bien symétrique, AS et DSK seraient permutables : autrement dit tout ce qui concerne AS pourrait être assigné à DSK et réciproquement.  Prêtons-nous maintenant à une expérience mentale : peut-on se représenter une Anne subissant une procédure pour harcèlement, pendant que son Dominique la couverait du regard ?

Si DSK et AS ne sont pas permutables entre eux, en revanche on peut aisément substituer à AS toute personne de sexe féminin,  et à DSK par n'importe quel individu de sexe masculin. Par exemple, dans le couple improbable que formerait Christine Lagarde (CL) avec Olivier Besancenot  (OB), c'est bien OB que l'on peut, en s’efforçant, imaginer devant les jurés,  mais en aucun cas CL.

CQFD : DSK appartient à une classe dont les éléments sont interchangeables, celle du masculin ; et AS à une autre classe de même ordre, celle du féminin. Le masculin constitue le groupe potentiellement capable de relever une jupe anonyme dans des conditions hasardeuses, voire suicidaires. Une conduite qui apparait inconcevable chez le féminin - que les pantalons des hommes laissent à peu près indifférent. Certes, la culture porno fait évoluer les mentalités, mais cela reste superficiel  : ce sont les hommes qui constituent plus de 90% du public des vidéos pornos ;  et comme l’indIquent toutes les enquêtes sur la sexualité,  voir et toucher l’autre sexe demeure une préoccupation spécifiquement masculine. Récemment, les neurosciences en ont établi une démonstration supplémentaire en révélant combien le cerveau masculin se montre attentif aux jolies femmes, sans qu'on observe la réciproque.  

L’obsession du  « même » hante à ce point aujourd’hui  les esprits que de telles évidences sont volontairement ignorées. Le masculin et le féminin s'opposent pourtant dans le domaine du désir depuis des temps immémoriaux et les représentations qu’en a dressées l’humanité en témoignent. Déjà, 3000 ans avant notre ère, des statues-menhirs exposaient le féminin sous la forme de la parure et le masculin sous la forme de l'instrument : la femme plaît - parfois trop; l'homme agit - pas toujours bien. Les représentations des mystiques sont encore plus éloquentes. Les saints sont des êtres de chair qui subissent  la tentation : celle-ci prend la forme d'un désir de femmes - bien noter le pluriel. Mais les saintes ? Rien de tel. Le risque pour elles est d'une autre nature : il est de se sentir unies à Dieu dans des élans extatiques, à la façon de Sainte Thérèse d'Avila (ou de AS ?).

De nos jours, il va de soi que seul le contexte social est responsable de la forme que prend le désir. L'impériosité du désir masculin est présumée résulter de la déformation du regard que porte l'homme sur la femme, dans une société qui donne la priorité à l’homme. Et la concentration de la femme sur un homme (non les hommes) provient de cette même société qui, pour les besoins de la domination masculine, a procédé symboliquement  à une vaste ablation clitoridienne.

Si la société a fait l’homme, elle doit pouvoir le défaire. Voilà sans doute ce qui justifie qu’on procède aujourd’hui à grands coups  de juridiction : mise à l’amende des clients des prostituées ; plaintes pour harcèlement sexuel.

Puisque l’on parle de ce dernier, prévoit-on des procès-verbaux pour les  femmes qui provoquent le désir des hommes ? Sait-on bien ce que ressent chaque homme quand il croise une jolie femme ? Et les tenues féminines n’ont-elles pas été toujours conçues pour attirer le regard de l’homme ? Il serait juste de concéder que l’homme est en situation de permanent harcèlement : comment  parvenir à éliminer ce fichu corps féminin sur lequel ils lorgnent, pour aboutir enfin à l’asepsie souhaitable dans les rapports entre les deux sexes ?  A moins que… couvrir d’un voile toutes les femmes ?

Plutôt que de tenter de contenir le désir masculin par des lois, il serait sage de comprendre que  l’homme n’est pas une femme comme les autres. Et chercher à le responsabiliser  en lui faisant prendre conscience que son désir ne s’adresse qu’à des leurres s’il ne s’inscrit pas dans une vraie relation – celle-ci ne se concevant que dans le respect de l’autre.  Mais dès lors que la société  use et abuse constamment de l’aveuglement masculin pour satisfaire, en toute innocence, ses besoins promotionnels et commerciaux – cet appel au bon sens relève sans doute de la pure utopie.

Est-on prêt à sortir de l’acharnement au « même » et à renoncer au plaisir revanchard de faire marcher droit ces bougres d’hommes dont l’inconduite fait souffrir tant de femmes ? Etrangement, la gauche qui se veut, sur les questions sensibles, compréhensive plus que répressive, adopte pour le désir masculin des positions purement répressives qui ne mèneront qu’à des modifications de surface.  Et risquent d’être contre-productives en accroissant la méfiance entre les sexes.

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