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Sans Plomb à deux euros : "L’ère de l’essence pas chère est terminée"
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Or de plus en plus noir

Sans Plomb à deux euros : "L’ère de l’essence pas chère est terminée"

Le palier des deux euros le litre à la pompe a été franchi en début de semaine dans quelques stations parisiennes. Les consommateurs vont-ils devoir prendre leur voiture moins souvent ?

Philippe Chalmin

Philippe Chalmin

Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Membre du Conseil d’Analyse Economique auprès du Premier Ministre, il est le président fondateur de CyclOpe, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières.

Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, dont le récent « Demain, j'ai 60 ans : Journal 2010 - 2011 ».

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Atlantico : Certaines stations d'essence parisiennes affichaient un prix à la pompe de deux euros le litres ce mardi. Jusqu'où ira cette flambée des prix ? Les consommateurs français font-ils finir par ne plus prendre leur voiture ?

Philippe Chamlin : Tout d’abord, nuançons un peu : l'essence à deux  euros concerne un microcosme très particulier, celui des stations-service au cœur de Paris, qui sont des endroits où traditionnellement on est à 20 ou 30 centimes de plus que dans les stations-service d’autoroute.

Toutefois, c’est vrai qu'il existe une tendance. Souvenons-nous de la déclaration de Christophe de Margerie en avril 2011 : il évoquait déjà ce cap des deux euros. On y est. L’élasticité du comportement du consommateur est réelle, et la hausse des prix va se traduire par une baisse de la consommation à la pompe. Cependant, cette élasticité  a plus d'impact sur le consommateur particulierqui face à la flambée des prix abandonnera sa voiture. Pour les transports en commun : avions ou camions de transport de marchandises, il n’est pas sûr qu’il y aura une diminution de la consommation. L.a vraie élasticité est à chercher aux Etats-Unis où la variation du prix de l’essence est plus forte.

Les consommateurs français sont donc encore protégés ?

Oui, car l’avantage de notre système c’est que l’essence est beaucoup plus imposée qu’aux Etats-Unis. Cela protège les consommateurs, et même s’il est à mon avis inutile et irréalisable de plafonner le prix de l’essence, on peut très bien imaginer remettre en place la TIPP flottante pour plafonner le prélèvement de l’Etat c’est-à-dire qu'on ne jouerait pas sur la part progressive de la TVA.

Mais jusqu’où peut-on aller, sera-t-il soutenable de monter à par exemple 5, 6 ou même 8 euros le litre ?  

De toute façon, le modèle qui est le nôtre - celui du tout automobile - n’est à terme pas tenable : à chaque fois que nous franchissons des seuils, nous déclenchons des potentialités technologiques déjà existantes, mais qui pour l’instant ne sont pas encore rentables. Si par exemple on met de l’essence à 8 euros le litre, vous rentabilisez des formes de propulsion automobile alternatives : la voiture électrique devient alors intéressante à développer tout comme les carburants de la biomasse. On libère ainsi toute une gamme de produits. Mais restons positifs, au final c’est un cadeau que nous faisons ainsi à nos générations futures.

L’essence à deux euros marque-t-elle les prémices d’une ère nouvelle ?

Ce qui est clair c’est que l’ère de l’essence pas chère est terminée. Le sans plomb à deux euros peut très bien être la réalité des Français pour les départs en vacances cet été, mais cela dépendra de facteurs économiques et géopolitiques sur lequels nous n’avons pas de maîtrise. Aujourd’hui le pétrole subit de fortes tensions liées à la menace des frappes israéliennes sur l’Iran.

On se situe à des niveaux de prix qui sont de l’ordre de 125 dollars le baril à peu près. Ce sont les niveaux les plus élevés qu’on ait connu depuis 2008 où on était à 147 dollars le baril. Heureusement, nous avons un euro qui est plus faible qu’en 2008 : il valait 1,60 dollar à l'époque alors qu' aujourd’hui il est autour 1,30 dollar. En toute logique, la récession européenne face à la dynamique américaine devrait permettre à cette situation de perdurer. Par conséquent, jamais le pétrole exprimé en euro n’a coûté aussi cher : on près du cap des 100 euros le baril.

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