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Le Conseil d'Etat a émis jeudi 10 octobre un avis négatif sur le dispositif des "salles de shoot".
Le Conseil d'Etat a émis jeudi 10 octobre un avis négatif sur le dispositif des "salles de shoot".
©Pixabay

Ayrault-in (ou pas)

Salles de shoot : quand le Conseil d'Etat en vient à recadrer un gouvernement qui se croit au-dessus des lois

Après l'autorisation accordée il y a six mois par Matignon pour l'expérimentation d'une salle de consommation de drogue à moindre risque à Paris, le Conseil d'Etat vient d'émettre un avis négatif quant à ce dispositif. Une première victoire pour l'association "Parents contre la drogue" qui conteste la décision du Premier ministre.

Serge  Lebigot

Serge Lebigot

Président de l'association Parents contre la drogue, Serge Lebigot est également l'auteur de l'ouvrage Le dossier noir du cannabis (éditions Salvator) et de Cannabis : ce que les parents doivent savoir (éditions Lethielleux).

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Atlantico : Le Conseil d'Etat a émis jeudi 10 octobre un avis négatif sur le dispositif des "salles de shoot" qu'il estime non conforme à la loi de 1970 sur les stupéfiants. En essayant de contourner cette loi qui prône la prohibition totale de la consommation de drogue, le gouvernement n’a-t-il pas tenté d’usurper la loi ?

Serge Lebigot : Le gouvernement a effectivement cru qu’il pouvait passer en force. Si nous n’avions pas fait de recours au mois de juillet, les premières salles de shoot auraient été ouvertes de façon totalement illégale. Le problème est qu’il ne s’attendait pas à avoir une épine dans le pied à savoir notre dépôt de plainte contre des ministres. Ce qui l’a poussé à consulter l’avis du conseil d’Etat dont on connait le résultat aujourd’hui. Il se retrouve maintenant coincé dans un bourbier. Le problème est que le gouvernement ne consulte uniquement les associations qui sont favorables aux salles de shoot et à l’utilisation des drogues. En réalité, on ne concerte pas tout le monde.

La position tenue par la majorité, qui consiste à  mettre en avant la prévention plutôt que la répression, ne peut-elle pas être considérée comme vertueuse ?

Cela fait justement partie des mensonges du gouvernement et de la mairie de Paris. En réalité, on nous fait miroiter que l’on va arriver à attirer les toxicomanes dans les salles de shoot pour les placer dans des conditions de sevrage. Le gouvernement se base sur les conclusions du centre d'injection Insite de Vancouver, qui, à la suite de cette expérimentation, a déclaré avoir sevré 30% de toxicomanes. Or, il existe un contre-rapport produit par un groupe d’experts totalement indépendants qui dressent les conclusions inverses après s’être rendus sur place. C’est là tout le non-sens de cette réforme qui se base sur des éléments contradictoires.

La nature de ce "mensonge gouvernemental" est-elle d’ordre moral ?

Moral et sanitaire. Les pouvoirs publics se sont également appuyés sur deux études en France : d’une part, le rapport INSERN  qui consacre à peine 15 pages sur 600 aux salles de shoot en n’en n’explicitant jamais la promotion, mais en proposant seulement une étude de faisabilité ; et d’autre part une étude de l’ESPT (association nationale "Elus, Santé Publique & Territoires") qui se fait passer pour une association indépendante alors que huit de ses neuf membres sont issus du Parti socialiste. Il est important de savoir que cette association a été subventionnée à hauteur de 40.000 euros pour rédiger son rapport, tout comme l’association Gaïa. Face à ce genre de situation, il y a de quoi se scandaliser sur les répartitions et le gaspillage de l’argent public.

Anne Hidalgo, en campagne pour briguer la mairie de Paris, ainsi que d’autres membres de la majorité ont tendance à minimiser la situation. Maintenant que le débat est relancé et qu’un projet de loi est nécessaire, ne craignez-vous pas que vos convictions soient assujetties à de l’opportunisme politique ? 

Effectivement. De notre côté, depuis le 4 juillet ou nous avons déposé un recours en légalité devant le juge administratif, nous avons toujours répété que notre combat était uniquement de nature associative. De plus, je note que depuis que le Conseil d’Etat a rendu son verdict, les positions hypocrites des hommes et femmes politiques se multiplient dans les médias. Notre combat rentre maintenant malheureusement dans un jeu politique où la forme va prendre comme toujours le dessus sur le fond.

Par ailleurs, je suis sceptique sur notre futur rôle au sein de ce débat, car les associations plébiscitées dans ce genre de situation sont toujours celles qui sont financées par l’Etat, souvent à coup de millions d’euros. C’est un éternel problème en France car on donne toujours de l’importance et de la visibilité aux organisations associatives favorables à l’utilisation des drogues. C’est assez choquant, d’autant plus que le débat à venir est clivant à l’image de la réforme du mariage pour tous.

Propos recueillis par @SachaConrard

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