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"Ayant choisi d’être indéchiffrable pour éviter de trop prêter le flanc aux critiques, Hollande a décidé dès le début de son mandat d’avancer masqué."
"Ayant choisi d’être indéchiffrable pour éviter de trop prêter le flanc aux critiques, Hollande a décidé dès le début de son mandat d’avancer masqué."
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Bonnes feuilles

Roublardise et stratégie du pourrissement : François Hollande, ce nouveau Raffarin

Chômage et récession s'installent durablement. Quand la fumée se dissipera, on verra le monarque républicain nu. François Hollande a autrefois transformé le Parti socialiste en une sorte de nouvelle SFIO ; il fabrique désormais une quatrième République avec ce qu'il reste de la cinquième. En sera-t-il le dernier président avant la chute finale ? Extrait de "L'enfumeur" (1/2).

Serge  Federbusch

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président du Parti des Libertés, élu conseiller du 10 ème arrondissement de Paris en 2008 et fondateur de Delanopolis, premier site indépendant d'informations en ligne sur l'actualité politique parisienne.

Il est l'auteur du livre L'Enfumeur, (Ixelles Editions, 2013) et de Français, prêts pour votre prochaine révolution ?, (Ixelles Editions, 2014).

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La pratique « hollandaise » du pouvoir, dans ses premiers mois d’exercice, a dérouté les analystes et plongé les Français dans la perplexité. Entre les déclamations antipossédants et les annonces budgétaires rigoristes, la suppression du jour de carence dans la fonction publique et la baisse des crédits de l’administration, le discours social-démocrate et la sollicitude vis-à-vis des entreprises, pour ne pas parler des petites blagues sur le Vatican et de l’envoi concomitant d’une délégation de haut vol aux cérémonies d’installation du nouveau pape en mars 2013, le nouveau président était difficile à décrypter. Indulgents, beaucoup de Français, et pas seulement ses électeurs de mai 2012, mettaient cette illisibilité sur le compte de son habileté. Après tout, mieux valait peut-être le rusé Hollande que le tonitruant Sarkozy pour gouverner la France ?

Peu à peu, la fumée s’est dissipée et la méthode suivie est apparue au grand jour. Car il y en avait une, n’en déplaise à ses plus radicaux adversaires. Il s’agissait, manœuvrant dans un corridor étroit, de duper les Français pour leur faire avaler la couleuvre de l’austérité, épargnant toutefois les gros bataillons électoraux de la fonction publique, et d’emberlificoter en même temps nos partenaires européens et les marchés pour qu’ils ne nous prennent pas à la gorge en exigeant davantage de rigueur ou des taux d’intérêts plus élevés pour le financement de notre dette. Hélas, ce calcul était erroné car les difficultés économiques sont aggravées par ladite austérité, même en demiteinte : l’euro surévalué plombe notre compétitivité et les restrictions budgétaires pèsent sur la demande globale. En même temps, Berlin et Bruxelles veulent bien être un peu indulgents sur le report temporaire du respect de nos engagements, mais ils refusent l’abandon de ladite austérité et la mutualisation des dettes. Plus grave encore, les annonces désordonnées et l’incohérence apparente de l’Enfumeur ont créé un climat de défiance qui aggrave nos ennuis. L’ étau se resserre de plus en plus. Le paradoxe d’un président disposant de pouvoirs comme jamais sous la Ve République et pourtant impuissant rend l’air social non seulement enfumé mais vicié.

Super-Raffarin

On rappelle souvent, à propos de Hollande, la formule du père Queuille, pour qui : « Il n’est aucun problème assez urgent en politique qu’une absence de décision ne puisse résoudre… ». Elle s’accompagne d’ailleurs d’une autre, moins connue mais beaucoup plus terrible encore : « La politique n’est pas l’art de résoudre les problèmes mais de faire taire ceux qui les posent. » C’est la stratégie du lent pourrissement, fondée sur l’idée que la plupart des difficultés de la vie politique sont artificielles et voulues par des gens qui finiront peu à peu par se lasser si on ne leur prête pas attention.

Ayant choisi d’être indéchiffrable pour éviter de trop prêter le flanc aux critiques, Hollande a décidé dès le début de son mandat d’avancer masqué, insistant haut et fort sur des détails tout en faisant discrètement adopter des mesures plus significatives mais qu’il valait mieux ne pas médiatiser car elles seraient impopulaires. Sa méthode, si l’on peut employer ce terme, consiste souvent à faire deux choses contradictoires au même moment, pour désorienter ses adversaires. Par exemple, il annonce que la liste des professions ouvertes aux Roms sera étendue et augmente le rythme des expulsions en même temps, hausse le plafond des dépôts sur le livret A tout en baissant leur rémunération, fait les gros yeux à l’Allemagne et à la Banque centrale européenne pour fustiger l’austérité et se plie aux réductions budgétaires, dénonce les profits tout en commandant à Louis Gallois un rapport qui conclut au transfert de pouvoir d’achat des ménages vers les entreprises, etc.

C’est en regardant dans le détail, en comparant, en soupesant, en examinant, en rapprochant les dates des déclarations que la vérité sur l’Enfumeur apparaît. Il faut faire des efforts et les médias ne raffolent pas toujours de cet exercice un peu austère mais que nous ferons bien volontiers pour éclairer la lanterne de nos lecteurs.

François Hollande est l’incarnation de ce que l’on pourrait appeler la « France des petits malins », où la valeur suprême en politique est la roublardise. Mais la gravité des difficultés auxquelles est confronté notre pays nécessite plus que de la duplicité pour qu’on puisse un jour s’en sortir. Son choix de la dissimulation a fait que, durant les six premiers mois qu’il a passés à l’Élysée, on pouvait presque dire que Hollande allait à contre-courant de l’évolution de la communication politique à la mode. Loin des happenings et des festivités à la Delanoë par exemple, des Paris-Plages d’aujourd’hui ou des « jacklangueries » d’hier, il avait choisi la demi-teinte, l’ambiguïté, l’effacement, pour éviter de se retrouver en première ligne de l’impopularité.

Son modèle le plus récent en politique, peu de gens l’ont encore en tête alors que pourtant il occupa l’Hôtel de Matignon il n’y a guère que dix ans. Nous allons vous surprendre : il se nomme Jean-Pierre Raffarin ! Ce Premier ministre déjà un peu oublié, aux rondeurs poitevines et au profil de boxeur, avait en effet une obsession quand il fut nommé chef du gouvernement par un Jacques Chirac miraculeusement réélu grâce à la morgue jospinienne et à la percée de Jean-Marie Le Pen : il voulait éviter de faire comme son prédécesseur, Juppé, qui avait annoncé à grands fracas qu’il allait dégraisser l’État et réformer les services publics, avant de dissoudre l’Assemblée, plaçant la tête de la droite sur le billot des élections. Pour conjurer le mauvais sort et éviter de reproduire cette dure erreur, Raffarin n’avait qu’un motto, une méthode, une ligne de conduite : il faut réformer sans le dire, car les Français ne veulent pas changer, ils veulent continuer à vivre dans l’illusion que l’État leur évitera l’appauvrissement dû au déclin de leur industrie et à la montée de leur endettement. La tactique raffarine ne fut que très moyennement couronnée de succès puisque, nous reviendrons sur ce facteur essentiel, le fonctionnement de l’Union européenne place la France et son économie dans des difficultés structurelles. Mais elle fut recyclée par Hollande, qui évite les chocs frontaux, sauf s’il est sur un terrain qu’il croit au départ dominer parfaitement, comme au Mali, ou pour les questions sociétales comme le mariage des homosexuels. C’est la raison des commissions, colloques, palabres, conciliabules, parlotes, rapports et concertations à répétition auxquels il a recours : ils énervent au sens propre ses adversaires, c’est-à-dire qu’ils leur font perdre leur nervosité, finissent par les rendre apathiques.

 Extrait de "L'enfumeur" (Ixelles éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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