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Résilience made in France : le sondage exclusif qui montre que les terroristes ne sont pas parvenus à déstabiliser le pays
©SEBASTIEN BOZON / AFP

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Résilience made in France : le sondage exclusif qui montre que les terroristes ne sont pas parvenus à déstabiliser le pays

Un sondage exclusif Ifop pour Atlantico montre que la proportion de Français considérant la menace terroriste comme "très élevée" est en chute libre (30%, contre 68% en novembre 2015), malgré l'attaque menée à Strasbourg.

 Ifop

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L'Ifop est un institut de sondages d'opinion et d'études marketing.

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Quels sont les grands enseignements de ce sondage ?

Jérôme Fourquet : Cette enquête a été réalisée après l'annonce de l'attaque survenue sur le centre-ville de Strasbourg. Elle avait vocation à essayer de faire un point sur le sentiment de menace ressentie sur la population française et son évolution. Nous voulions aussi mesurer le degré de confiance accordé à la fois aux personnels "de terrain" et à l'exécutif pour protéger la population.

Nous avons maintenant une série statistique très fournie depuis 2001 qui nous permet de faire des comparaisons sur le "long terme". Dans le contexte dans lequel nous réalisons l'enquête, 90% des Français considèrent que la menace terroriste est élevée. On est très en phase avec ce qu'on observe depuis le début de la vague terroriste en France en 2015.

Ce qui est très intéressant c'est de remarquer que la proportion de Français considérant la menace comme "très élevée" est clairement en chute libre (30%) alors que les mesures ont été faites pendant la traque de Chérif Chekatt.

Ce qui veut dire que tout le monde a intégré le discours ambiant que "le risque zéro n'existe pas" et, qu'à échéance régulière, la dernière fois Trèbes, des attaques surviennent pour rappeler la réalité de la menace.

90% des Français pensent que la menace est élevée mais si l'on regarde le graphique d'après on se rend compte que l'intensité de la menace a tendance à décroitre. De 68% de Français qui considéraient la menace comme étant "très élevée" en novembre 2015, puis 60% à l'été 2016 (attentat de Nice), nous sommes resté aux alentours de 50% pendant longtemps. Depuis un an alors que la France a continué d'être frappée, l'intensité perçues de la menace tend à perdre du terrain alors même que l'on a vu que le traitement médiatique n'avait rien à envier avec ce que l'on a connu au firmament de la perception de la menace. Même si les "éditions spéciales" et les émissions thématiques s'enchaînent, la perception de l'intensité de la menace a tendance à décroitre.

Les attaques sont peut-être plus espacées et sans doute progressivement la société Française s'habitue à vivre avec cette menace et la considère comme élevée mais c'est là plus le signe que la résilience se développe.

Il n'y a plus cette psychose et cet état d'esprit "à vif" que l'on a pu connaître par le passé.

Autre élément, on avait développé l'idée d'un effet de stéréo entre ce qu'il se passait en France et ce qu'il se passait en Syrie et en Irak. Ce qu'il se passait là-bas faisait écho avec ce qu'il se passait chez nous et ces mêmes événements étaient revendiqués par la structure implantée dans ces pays. Ce qui faisait redoubler la peur ressentie dans l'Hexagone. À partir du moment où les attaques se sont espacées et que le foyer a été sur le déclin, la perception de la menace l'a été tout autant.

La société française a développé des anticorps et une certaine résilience aidée en cela part le fait que les forces de sécurités sont très actives et déjouent beaucoup d'attaques. La société apprend à vivre avec la menace et à la gérer comme elle le peut.

De plus, si auparavant les attaques en province faisaient grimper le sentiment d'une menace très présente car "cela ne se passe pas qu'à Paris", le phénomène ne semble plus être de mise après cet attentat à Strasbourg.

Enfin, on remarque que la perception de la menace est très uniforme dans la société.

Il y a des différences bien sûr sur le plan politique. L'électorat frontiste et de droite semble plus ressentir cette menace terroriste. On comprend donc la sortie de Laurent Wauquiez sur les fichés S.

Il y a tout de même ce côté très homogène dans les réponses qui appelle à traiter le phénomène de manière globale. On voit que tout le monde a à peu près le même regard sur cette menace. C'est un phénomène avec lequel nous avons appris collectivement à vivre. Quand vous faites des enquêtes sur la délinquance ou la criminalité dite "conventionnelle" vous allez observer de vrais écarts entre les jeunes et les moins jeunes, les femmes et les hommes… Ce n'est pas le cas ici.

Le grand enseignement de ce sondage, si l'on revient à l'étymologie du terrorisme (qui a pour but de terroriser les populations), est que ce dernier a produit des effets et il y a eu des chocs d'effroi énormes en 2015 et 2016. Toutefois on remarque que la baisse du ressenti "très élevé" de la menace signe un réel échec aujourd'hui pour les organisations terroristes et les terroristes dans leur entreprise de terreur.

Même si la menace reste élevée pour 90% des Français, c'est plus le résultat d'une société française a appris à vivre avec cette menace. On peut le regretter mais on peut aussi interpréter cela comme un signe de maturité et de développement de la résilience dans notre pays.

 

On remarque également une confiance toujours très élevée envers les forces de l'ordre au contraire de l'exécutif.

Il y a un différentiel abyssal entre la confiance accordée aux "professionnels de terrain" et les autorités politiques. Quand 82% des Français déclarent accorder leur confiance aux forces "de terrain", ils ne sont plus que 45% à faire confiance à Emmanuel Macron et en l'exécutif.

Si vous regardez ce qu'il en est des réponses "tout à fait confiance", on remarque que l'on est à 34%, proche du record des 38% de juin 2017 et de janvier 2015. Il y avait eu un "coup de mou" après Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray mais l'on est remonté.

Une bonne nouvelle car un haut degré de confiance envers les services de police, de gendarmerie ou de renseignement est une nécessité au développement de cette résilience dont nous parlions. Cette grande confiance que donnent les Français aux forces de terrain devrait inciter certains politiques à balayer devant leur porte avant de formuler des critiques.

Du côté de l'exécutif maintenant

Macron et le gouvernement ont commencé son quinquennat avec 58% de gens qui lui faisaient confiance. Depuis, la confiance ne s'est pas tant effrité que cela. La lutte contre le terrorisme demeure un des secteurs où la confiance reste la plus haute même si elle est minoritaire le concernant aujourd'hui (45%)

Dans le détail politique, on peut constater que seulement 41% des Républicains accordent leur confiance en l'exécutif ce qui révèle un vrai axe de bataille pour la droite. Au contraire 60% des gens qui se déclarent proche du Parti Socialiste font confiance en l'exécutif.  Les électeurs des partis de gouvernement accordent un satisfecit aux autorités en place pour nous prémunir, contrairement aux extrêmes (22% LFI et 15% RN).

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