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La récession économique 
est-elle misogyne ?
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La récession économique est-elle misogyne ?

Alors que la récession avait plus durement touché les hommes en termes d'emploi, il semble que le phénomène s'inverse avec la reprise de l'économie : la précarité et le chômage frappent désormais principalement les femmes. Simple contrecoup de la crise ou grand retour en arrière pour l'emploi des femmes ?

Françoise Milewski

Françoise Milewski

Françoise Milewski est économiste à l'OFCE (Centre d'Economie de Sciences Po).

Elle a co-dirigé, avec Hélève Périvier, Les discriminations entre les femmes et les hommes (Presses de Sciences Po, mars 2011).

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Atlantico : Les hommes et les femmes ont-ils été indistinctement touchés par la récession économique en termes d'emploi ?

Françoise Milewski : Pendant une récession, les femmes sont favorisées par rapport aux hommes du fait qu'elles travaillent davantage dans les services, et moins dans l'industrie. La récession récente ayant été essentiellement industrielle, elles ont été naturellement moins touchées par les suppressions d'emplois.

Toutefois, si le tertiaire est généralement beaucoup moins sensible aux fluctuations conjoncturelles, il reste sujet à une forme d'ajustement par le sous-emploi : bien que moins touchées par les suppressions d'emploi, les femmes ont donc subi davantage de diminutions d'horaires et des temps partiels contraints.

Cette différence est très visible dans les chiffres : pour le chômage de catégorie 1 (chômeurs sans emploi), l'augmentation a été plus forte pour les hommes que pour les femmes pendant la crise ; en revanche, pour les chômeurs en activité réduite, il n'y a pas de décalage sensible, et les femmes y restent largement sur-représentées.

Qu'en est-il de la reprise économique ?

Il se produit à peu près l'inverse du phénomène de récession : les femmes sont désavantagées. Les plans de soutien à l’emploi ayant surtout concerné l'industrie et le bâtiment, il est logique qu'ils aient davantage bénéficié aux hommes, qui sont majoritaires dans ces secteurs. On assiste donc à un phénomène de rattrapage et de convergence entre le chômage des femmes et celui des hommes.

Autre effet de la crise décalé dans le temps, les coupes franches dans les budgets sociaux induites par la crise touchent aujourd'hui plus fortement les femmes, car elles sont très largement employées dans les secteurs des services à la personne, comme la garde d'enfants ou l'aide à domicile.

La récession sera-t-elle une parenthèse, ou pourrait-on assister à un véritable pas en arrière structurel pour l'emploi des femmes ?

Le pas en arrière n'est pas uniquement lié à la crise, mais au fait que le développement très fort du temps partiel contraint implique une précarité croissante et une pauvreté en emploi, qui est encore accentuée dans les familles monoparentales. C'est une nouveauté, car la pauvreté était autrefois essentiellement liée au chômage.

Toutefois, si l'on raisonne non plus en termes conjoncturels de crise mais en termes structurels de long terme, on observe quand même une tendance au rapprochement des taux de chômage des hommes et des femmes. Malgré tout, la précarité touche principalement les femmes, et cela restera vrai, d’autant que les emplois de services se développent.

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