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En s'attaquant à la lutte contre la pensée unique, Nicolas Sarkozy vise surtout la gauche et Alain Juppé.
En s'attaquant à la lutte contre la pensée unique, Nicolas Sarkozy vise surtout la gauche et Alain Juppé.
©Reuters

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Rendez-vous de La Baule : Nicolas Sarkozy à l’assaut de la pensée unique et de ceux qui l’incarnent… y compris à droite

Mercredi 2 septembre, dans une tribune publiée sur Facebook, Nicolas Sarkozy annonçait les grandes lignes de son discours qu'il tiendra samedi prochain 5 septembre à la Baule. L’un des sujets du congrès : la lutte contre la pensée unique.

Jean-François Kahn

Jean-François Kahn

Jean-François Kahn est un journaliste et essayiste.

Il a été le créateur et directeur de l'hebdomadaire Marianne.

Il a apporté son soutien à François Bayrou pour la présidentielle de 2007 et 2012.

Il est l'auteur de La catastrophe du 6 mai 2012.

 

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Atlantico : Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy a publié sur son compte Facebook un teaser du discours qu'il va faire samedi aux universités d'été des Républicains. Ce dernier est centré autour de la "pensée unique". Qu'entend-il par pensée unique et qu'y a-t-il derrière cette tirade ? Cherche-t-il lui aussi à rejeter un système dénoncé de tous ?

Jean-François Kahn : Avant tout, qu’est-ce que la pensée unique ? Lorsque j’ai inventé le concept, il s'agissait du mélange de bien-pensance post-soixante-huitarde sur le plan sociétal et de ralliement à l'orthodoxie néo-libérale sur le plan économique. C'est-à-dire ce mélange de gauche bobo bien-pensante et de néolibéralisme sur le plan économique. A l’origine, c’est cette définition que j’ai donnée à la pensée unique, dans la mesure également où elle était une idéologie commune à 95% des médias. Il s'agit médiatiquement d'une pensée tendanciellement unique. 

Celui qui a incarné au mieux la pensée unique c'est Nicolas Sarkozy. D’un côté, il a pris des mesures fiscales en faveur des plus riches et des mesures libérales, mais en même temps, il a aboli la double peine, a pris Amara comme ministre, Bernard Kouchner comme ministre des affaires étrangères… Il est typiquement dans ce que j’appelle la pensée unique : le mélange entre tout ce qui brille, les paillettes, " il est interdit d’interdire", l'orthodoxie libérale et le progressisme sociétal (avec le grenelle de l’écologie). C’est l’homme qui a le mieux incarné la pensée unique.

Maintenant, qu’est-ce que, lui, comprend par la pensée unique ? Il entend ce que Copé entendait par la droite décomplexée. Ce qui l’obsède, ce sont les primaires. Il cherche à mobiliser l’électorat de droite pour les primaires. Lorsqu’il emploie le mot "pensée unique", cela signifie pour lui tout ce qui est "pensée centristo-progressisto-libérale". Bref, c’est non seulement la gauche, mais c'est surtout Alain Juppé. Quelque part, lorsque Nicolas Sarkozy s’impose en disant "moi je vais dire les choses, avec franchise, il ne faut pas avoir peur…", c’est une façon d’attaquer Alain Juppé, bien évidemment dans l’optique des primaires des Républicains.

En employant cette expression, le président des Républicains se dit "moi je vais dire les choses, tant pis si l’on m’accuse de raciste, de xénophobe, tant pis si l'on me dit que je parle comme le Front national. Moi je dis les vérités, sans tabou, sans politiquement correct". Simplement l’expression n’est pas adaptée, car cela signifierait que tous les médias sont sur cette ligne, ce qui n'est pas le cas.

Est-ce que ce discours que nous entendions dans les années 1990 marche encore aujourd'hui ? Pourquoi ?

Oui il marche toujours aussi bien. Dans un premier temps, il y a toujours une pensée médiatique univoque. Ensuite, cela fonctionne parce que l'électorat de droite l'entend ainsi : " moi j'ose dire ce qu'il est interdit de dire, j’ose transformer les tabous ". Exactement comme Copé ! C’est également pour Nicolas Sarkozy une manière de récupérer des voix au Front national. Il va dire : "je suis contre le Front national, mais j’ose dire ce que jusqu’à présent seul le Front national osait dire ». En le disant, il prend également des voix au Front national. La droite apprécie ce discours. Il ne veut pas du tout être rassembleur. Son souci aujourd’hui est de gagner les primaires et de mobiliser la droite. Il sait pertinemment que les Français qui vont voter aux primaires sont ceux issus de la droite de la droite. Il cherche réellement à mobiliser ces gens-là. Il ne veut pas être rassembleur : le rassembleur c'est Juppé, lui qui veut rassembler la droite modérée, le centre et la gauche modérée. Au contraire, Nicolas Sarkozy joue l’opposition frontale: droite/gauche. Il essaie en revanche d'être rassembleur au sein des Républicains en vue des régionales. 

Pourquoi le congrès de la Baule est-il si important pour lui à quelques mois des régionales et à quinze mois de la primaire ?

Le message était très clair sur ce post Facebook. Il écrit et sous-entend "j'appelle les candidats à ne pas s'engager dans les primaires trop vite car cela fait mal à notre famille". Il accuse Juppé et Fillon d'être des diviseurs car ils font déjà campagne pour les primaires, contrairement à lui, qui est au-dessus de la mêlée et qui veut rassembler toutes les tendances des Républicains. Le discours qu’il fera au congrès de la Baule, où tout le monde sera, lui donnera son image de rassembleur, et il espère surfer là-dessus pour gagner les primaires.

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