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Les élections régionales et départementales ont lieu ce dimanche.
Les élections régionales et départementales ont lieu ce dimanche.
©FRED TANNEAU / AFP

Double scrutin, doubles problèmes

Régionales et départementales : le cauchemar de l’organisation des élections

Le premier tour des élections régionales et départementales aura lieu ce dimanche. Ce double scrutin n'est pas sans poser des problèmes organisationnels aux villes.

Charlotte Libert-Albanel

Charlotte Libert-Albanel

Charlotte Libert-Albanel est maire de Vincennes et candidate UDI aux Régionales sur la liste de Valérie Pécresse.

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Atlantico : Les élections régionales et départementales ont lieu ce dimanche et vous souhaitiez alerter les graves soucis organisationnels que posent ces scrutins. Quels sont-ils ?

Charlotte Libert-Albanel : Aujourd’hui, le double scrutin oblige les collectivités à avoir un nombre d’assesseurs et de présidents de bureau assez important, même si des souplesses ont été proposées par le gouvernement. Ce double scrutin pose des problèmes à bon nombre de villes, à Vincennes comme ailleurs. Dans notre commune nous avons la chance d’avoir des salles qui sont suffisamment grandes pour permettre aux deux tables (celle du scrutin régional et celle du départemental) d’être dans un même bureau. Avec cette configuration, il est donc possible de n’avoir qu’un seul président. Mais toutes les villes ne disposent pas forcément de lieux si grand et sont donc obligées de dédoubler les salles et par conséquent d’avoir deux présidents de bureau. En règle générale, les présidents sont les élus du conseil municipal, ce double scrutin et ces contraintes ont obligé certaines communes à faire appel à d’anciens élus pour présider des bureaux. Ce sont les premières difficultés auxquelles ont été confrontées certaines communes.

La deuxième difficulté est le recrutement des assesseurs qui gèrent les tables de scrutin. En effet, ceux-ci sont désignés par les listes ou les candidats. Or, dans le contexte actuel de faible participation, comme on a pu le voir aux municipales, et du manque d’engouement pour l’engagement au sein des partis politiques, de la période choisie qui augure de nombreux départs en week-end, et de la fin des restrictions du confinement il a été très difficile que chaque liste ou candidat fournisse un nombre d’assesseurs suffisant. Année après année nous constatons que l’organisation des scrutins est de plus en plus difficile à tenir. Certaines villes vont sans doute se retrouver avec des difficultés pour ouvrir certains bureaux, faute d’assesseurs désignés par les candidats. Evidemment, il existe des solutions de repli. Par exemple, quand il y a besoin d’un peu plus d’assesseurs dans certains bureaux, certains assesseurs peuvent être des « citoyens désignés par le maire ». Ils ne sont, dès lors, associés à aucune liste et ils peuvent par conséquent aider à tenir le bureau de vote. Certaines villes ont trouvé comme solution de faire appel à des personnels ou des personnes de leur commune qu’ils rémunèrent. Si je comprends leur souci de faire en sorte que le scrutin puisse se dérouler, c’est une solution qui risque d’avoir des conséquences préjudiciables pour les autres communes. En effet, les médias ont largement communiqué sur ces « solutions » et le risque est que cela fasse tâche d’huile. Certaines personnes demanderont bientôt à être payées. Ce qu’il faut savoir c’est que l’Etat ne rembourse pas l’organisation des scrutins qui relève des compétences du maire. Vous le voyez, nous arrivons à mon sens que nous sommes à la fin d’un système.

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Que voulez-vous dire par « la fin d’un système » et comment le changer ?

Tant que les assesseurs devront être affiliés à un candidat, il sera compliqué de ne s’appuyer que sur leurs soutiens ou militants pour tenir les bureaux. Nous l’avions vécu au second tour de la présidentielle ou aux dernières législatives. Les candidats En Marche qui pourtant ont fait des scores très élevés n’avaient pour autant pas suffisamment d’assesseurs. Pour la présidentielles de 2017 nous n’avions aucun assesseur de Marine Le Pen. Imaginez, l’an prochain, ce que je ne souhaite pas, un second tour Mélenchon-Le Pen qui, à chaque élection, sont les candidats qui fournissent le moins d’assesseurs par bureau dans ma ville. Si le maire n’a pas recouru à la mobilisation des citoyens en amont les présidents devront faire des réquisitions d’assesseurs parmi les électeurs, le jour du vote, pour tenir le bureau de vote. Est-ce la conception que l’on se fait d’une élection ? En laissant planer le risque d’être réquisitionné ne risque-t-on pas de faire fuir encore des électeurs ? Enfin, cela peut poser des questions sur la sincérité du scrutin. Il faut donc repenser les choses, avancer avec notre époque et réaliser que l’organisation du scrutin, telle qu’elle existe aujourd’hui, rend compliqué la tenue des élections. La solution passe à mon sens par le vote électronique dans toutes les collectivités. Avec le vote électronique généralisé on pourrait réduire le nombre d’assesseurs. Les partis ou les candidats n’auraient plus qu’à contrôler le bon déroulement du vote en mettant un délégué par bureau pour surveiller. Quoiqu’il en soit il faut permettre que les assesseurs ne soient plus obligatoirement rattachés à un candidat. Les modalités de vote d’aujourd’hui sont dépassées et ne correspondent plus ni aux attentes des citoyens ni aux moyens que les collectivités peuvent avoir pour y répondre.

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A Vincennes, l’organisation des élections des 20 et 27 juin est effective depuis de nombreuses semaines car nous avions pressenti qu’elles seraient compliquées. Ces difficultés actuelles que vivent de nombreux maires, risquent de lever des questions sur la légalité – je ne parle pas de tricherie – du vote. Je crains que si quelqu’un de pointilleux décide de déposer un recours, il y a de forte chance qu’il y ait matière dans certaines villes. Et je pense que sur 36.000 communes il y aura malheureusement des exemples. Je crois en la sincérité des élus, mais au regard de la règle électorale et des conditions que j’ai évoquées, il me semble important d’alerter sur le sujet. Chaque maire vous le dira, il devient de plus en difficile d’organiser les votes. Il faut donc que les pouvoirs publics revoient les procédures. Elles datent quasiment de « l’âge de pierre » comparés aux outils numériques qu’utilisent les Français au quotidien pour s’exprimer. Si nous voulons que la démocratie puisse s’exprimer, il convient d’adapter rapidement l’organisation des scrutins.

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